Le député Gérard Bapt de retour de Syrie: «Les Syriens se sentent abandonnés par la France»

Gérard Bapt, député socialiste (capture)
Gérard Bapt, député socialiste (capture)

Le député socialiste Gérard Bapt revient d'un voyage en Syrie entrepris avec deux autres parlementaires, Jérome Lambert et Christian Hutin. Pour RT France, il décrit la situation du pays après quatre ans de guerre civile.

RT France : Vous revenez d'un voyage en Syrie avec deux autres parlementaires. Qu'avez-vous constaté sur place ?

Gérard Bapt (G.B.) : Cela a été un voyage très dense. Nous avons pu aller à Lattaquié, Homs et Damas. Je retiens quatre points de ce voyage. D'abord nous nous sommes rendus à Lattaquié, une ville dont la population a doublé du fait de l'arrivée de réfugiés de l'intérieur. Tout en ayant subi des attaques terroristes, elle n'a pas subi de destructions majeures. Mais ce passage nous a permis de visiter un centre de réfugiés venant de la région d'Alep notamment. Nous avons pu rencontrer ensuite le maire de Kessab [Ndlr : une ville syrienne peuplé d'Arméniens], petite ville qui possède sept églises arméniennes et qui avait été prise par les djihadistes d'Al-Nosra et reprise par l'armée syrienne. Selon le maire, la population qui est restée exposée aux tirs de roquettes, est néanmoins rassurée depuis le renforcement militaire russe à Lattaquié. D'autres nous ont dit que depuis le renforcement de l'implication russe, ils ressentent une nette amélioration de leur moral, alors que ces derniers temps, l'armée syrienne subissait des échecs.

Ensuite, nous sommes allés à Homs. Cette ville a subi de grandes destructions, notamment dans ses quartiers chrétiens. Nous avons pu constater les rénovations des églises et des mosquées. Des centaines de familles chrétiennes ont pu revenir. Le gouverneur de la ville a d'ores et déjà des plans de reconstruction.

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RT France : Les réfugiés rencontrés, qui fuyaient-ils ?

G.B. : Dans le secteur d'Alep et Homs, ils fuyaient les groupes islamistes du Front al-Nosra et de al-Sham.

RT France : Avez-vous rencontré des officiels, des dignitaires religieux? Que vous ont-ils dit ?

G.B. : Notre voyage n'était pas politique ni diplomatique. Nous étions uniquement du côté des zones gouvernementales. Mais nous avons rencontré des responsables d'adminitration civile, d'ONG et bien entendu de communautés religieuses. Tous nous ont dit être attachés à leur mode de vie qui est fait de coexistence sans problème entre communautés et cultes, dans un contexte laïc et avec une liberté religieuse. Ils disent également qu'ils sont attachés à l'espoir d'un retour de la paix. Ces communautés chrétiennes nous ont aussi dit se sentir abandonnées par la France et par l'Europe.

Ce sentiment d'abandon, nous avons pu aussi le constater au Lycée français Charles de Gaulle de Damas. Les enseignants syriens ou franco-syriens se sentent oubliés par la France. Ils n'ont plus aucune relation avec l'administration française alors qu'il enseignent toujours selon les programmes de l'Education nationale. Nous avons pu nous rendre au musée de Beyrouth dont nous avons rencontré le directeur. Lui est désespéré par le fait qu'il n'a plus aucun contact, si ce n'est individuel et officieux, avec des responsables français alors que cela fait 40 ans que l'archéologie française travaille avec l'archéologie syrienne, notamment sur le site de Palmyre. Il ne comprends pas pouquoi il n'y a plus ce genre de liens alors qu'il continue à travailler avec l'Italie et l'Allemagne.  

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RT France : Les Syriens rencontrés comprennent-ils la politique et la position de la France par rapport au conflit qui touche leur pays ?

G.B. : Non, ils ne la comprennent pas. Ils estiment être le seul pays, avec le Liban, dans lequel toutes les communautés vivent ensemble. Ils ne comprennent pas pourquoi on laisse détruire cela. Ce ne sont pas forcément des partisans du président el-Assad mais ils souhaitent protéger leur Etat, leur constitution et rester dans cet Etat là, ne pas subir la Charia.

RT France : Comment percevez-vous l'ouverture d'une enquête pour crime de guerre contre Bachar el Assad ? 

G.B. : On parle de ce dossier depuis deux ans, il est un peu curieux que cela soit sorti le jour de la réunion de l'ONU. Au-delà de cette coïncidence, si les preuves sont apportées et que la démarche est juridiquement fondée, il faut que cela aboutisse. Mais ceci étant dit, ce genre de procédure peut prendre beaucoup de temps. Et on ne doit pas perdre de temps, justement pour soulager au plus vite les souffrances du peuple syrien et restaurer par une solution politique ou un cessez-le-feu sa sécurité. Je suis d'accord sur ce plan avec le Ministre espagnol des Affaires étrangères qui estime que les combats doivent cesser le plus vite possible. 

RT France : Pensez-vous que la France a encore une voix audible en Syrie et plus largement au Moyen-Orient ?

G.B. : Ce qui m'inquiète c'est que, quand on parle de réunion internationale sur le dossier syrien, quand le Secrétaire général de l'ONU cite les pays dont dépend le sort de la Syrie, la France ne soit pas de ceux-là. Nous aurons, je l'espère, des occasions de revenir à nos liens avec ce pays avec lequel nous avons des relations historiques et des affinités constitutionnelles, dont la laïcité par exemple.

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