Alexandre del Valle : La stratégie russe en Syrie ne peut être que meilleure que celle de Washington

Source: RT

Au lendemain des premières frappes de la Russie en Syrie, qui ont tout de suite fait la une des médias internationaux, RT a interrogé un analyste politique français, Alexandre del Valle, sur le nouveau paysage des forces dans le conflit syrien.

RT : La France se montre prête à coopérer avec la Russie, mais s’inquiète que la Russie pourrait poursuivre ses propres intérêts politiques dans la région avec ces frappes aériennes. Croyez-vous que c’est effectivement le cas ?

Alexandre del Valle : Je ne peux pas dire si c’est le cas, mais au fond, il n’ y a rien de mal si quelqu’un a, au-delà de ses objectifs militaires des buts politiques. C’est absolument normal. La solution pour la Syrie ne réside pas seulement dans les bombardements, mais aussi dans le dialogue politique entre toutes les parties. La Russie ne veut pas seulement bombarder Daesh et les djihadistes, elle a cherché depuis le début du conflit à rassembler toutes les parties prenantes au conflit devant la table de négociations, et pas seulement ceux qui soutiennent les djihadistes, comme la Turquie et certains Etats de Golfe, mais aussi l’Iran et le gouvernement syrien lui-même. Comment peut-on bombarder Daesh et les autres djihadistes sans en informer le gouvernement du pays et sans collaborer avec lui ? La stratégie de l’Occident et de ses alliés turcs et arabes a été un échec complet, parce qu’ils oublient la règle principale de leur stratégie : il faut d’abord identifier un ennemi, et ensuite réunir tous ceux qui sont capables de le combattre.

Paris a récemment entamé des frappes aériennes contre Daesh en Syrie, mais sans en informer le gouvernement de Damas. Est-ce qu’une telle démarche est conforme à la loi internationale ?

Alexandre del Valle : Je ne voudrais pas critiquer le gouvernement français, dont la position sur le conflit syrien à mon avis s’améliore. On ne peut pas bombarder sans l’autorisation des autorités syriennes Daesh et Al-Qaïda, j’insiste sur ce dernier, parce que nous évoquons souvent Daesh comme seul ennemi, mais en fait ce sont tous les djihadistes. Il faut coopérer avec le gouvernement si on veut savoir où ils sont stationnés, si on veut être efficace. Comment peut-on bombarder l’ennemi si l’on ne veut pas coopérer, informer, échanger des renseignements avec les autorités du pays ? C’est pourquoi pas seulement la France, mais tout l’Occident, peut-être à l’exception de l’Italie qui est plus réaliste, commet une faute extrêmement grave lorsqu’il critique le fait que la Russie, la Syrie, l’Irak et l’Iran échangent des informations. Il est bien sûr normal de coopérer dans le domaine technique avec les pays qui partagent un ennemi commun. Cela n’implique pas que nous acceptons l’idéologie des régimes tels qu’en Irak et en Syrie, c’est du pur pragmatisme. Quand on luttait contre les nazis, on ne partageait pas les convictions du reste de l’Europe, mais on était obligé de s’unir face à l’ennemi majeur. La stratégie consiste toujours à l’établissement d’un ennemi commun.

RT : Les premiers raids aériens de la Russie, effectués en coopération avec Damas, ont déjà atteint leurs buts. Selon vous, est-ce que la campagne aérienne de la Russie aura un impact différent de celle de coalition des Etats-Unis ?

Alexandre del Valle :La stratégie de la Russie est beaucoup plus réaliste, et, je n’en suis pas sûr, mais elle pourrait s’avérer plus efficace, parce que mieux coordonnée et disposant des informations concernant la localisation des combattants extrémistes. Je ne sais pas si cette stratégie fonctionnera à merveille, mais elle ne pourra pas être pire que ce qui est utilisée depuis le début du chaos en Syrie, voire même depuis le début de la vague des conflits dans la région, provoqués par des opérations absolument non préparées, pas justes, contreproductives et franchement stupides. Les guerres en Irak et en Libye, de même que l’idée de bombarder la Syrie au début de la guerre dans ce pays, toutes ces stratégies de l’Occident sont complètement contreproductives.

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