Le crime de monsieur Onfray

Le crime de monsieur Onfray© JOEL SAGET Source: AFP
Michel Onfray durant une session photo le 8 octobre 2018 à Paris.

Le projet «Front populaire» lancé par Michel Onfray, par lequel il souhaite réconcilier souverainistes de droite et de gauche, fait l'objet de nombreuses indignations dans la classe politique française. Analyse de Claude Nicolet.

Voilà des jours, des semaines et peut-être même des mois, qu'au fur et à mesure que l'initiative de Michel Onfray et de Stéphane Simon prend de l'ampleur, que l'opprobre s'abat sur ce projet de Front populaire. 

Rarement une revue, avant même sa publication, avant même d'en découvrir le contenu, n'aura soulevé une telle vague d'indignation et de protestations scandalisées. Voilà qui est curieux de la part notamment d'esprits qui se disent guidés par la raison, élevés par l'amour des Lumières et de la rationalité. Il ne s'agit que d'une revue, dans laquelle se succéderont j'imagine des articles, des tribunes, des prises de positions... finalement un grand classique et on pourrait même dire qu'il n'y aura rien de bien neuf sous le soleil.

Au contraire, cette naissance devrait être saluée, notamment au regard de la situation particulièrement morose, voire critique, de tout une partie de la presse. Je ne peux imaginer que l'une des motivations de cette offensive contre un futur confrère soit la jalousie...il faut dire qu'en ayant déjà 25 000 souscripteurs à son actif, «Front populaire» peut légitimement faire des envieux. Mais à ce moment là, il faut se poser – me semble t-il – une autre question: pourquoi ces milliers de personnes ne se sont pas ruées sur ce qui existe déjà ? 

J'écarte donc la jalousie et la colère, toujours mauvaises conseillères, qu'elles pourraient éventuellement susciter. Et si c'était plutôt une forme de peur? De crainte? De rage? Certes mais pour quelles raisons que diable? Peut-être pour une raison très simple, c'est que Michel Onfray et ses amis refusent de capituler. Mais il se peut qu'il ait également la volonté, voire l'outrecuidance de poursuivre le combat. Mais lequel voyons?! Celui qui a commencé en 1983 et qui a connu de nombreuses batailles. 1992 traité de Maastricht, 21 avril 2002 présidentielles, 29 mai 2005 Traité constitutionnel européen, février 2008 vote par le Congrès du Traité de Lisbonne, juin 2008 «il n'y a pas de peuple européen» tribunal constitutionnel de Karlsruhe, 5 juillet 2015 référendum en Grèce,  2 mars 2012 TSCG, mai 2020 ultimatum du tribunal constitutionnel à la BCE et à la CEJ... la liste est longue de cette guerre de 40 ans. Oui voilà qui fait peur. Car il semblerait, les esprits ayant évolués, que celles et ceux qui ont eu raison hier refusent toujours de considérer qu'ils ont tort aujourd'hui.

Bien des intérêts se sont coalisés afin de forger l'alliance nécessaire pour trahir le vote des Français du 29 mai 2005. Cette alliance est minoritaire dans le pays mais elle est redoutablement puissante et ne craint rien de plus que la fin de sa domination. La violence de l'attaque est proportionnelle à la peur, à l'arrogance et au mépris que suscite cette perspective. Car de quoi s'agit-il si ce n'est –d'après ce que j'en ai compris – de faire débattre des hommes et des femmes qui, venant d'horizons politiques différents ont un point commun: le néolibéralisme c'est peut-être pas si formidable que ça! Oui, ils viennent de la gauche. Oui, il viennent de la droite. Oui, ils viennent d'ailleurs. Mais ils réfléchissent et pensent à partir de leur histoire, de leurs combats et du temps passé et de la situation dans laquelle nous sommes. Il n'est finalement pas surprenant que les thuriféraires des choix d'hier, responsables en (grande) partie de la situation de crise dans laquelle nous sommes plongés, éructent, hurlent, s'indignent et s'érigent en défenseurs des libertés outragées, eux qui surent s'asseoir sur le suffrage universel.

Les liens du forfait sont puissants. Voilà le crime, la marque du diable! Alors tout le bréviaire y passe, populistes, racistes, antisémites, nationalistes, chemises brunes (oui je l'ai lu), fascistes, mais surtout, insulte suprême «souverainistes» ou républicains, qu'à l'instar de Jean-Pierre Chevènement je préfère... tout ça parce que Michel Onfray et Stéphane Simon veulent faire débattre... mais c'est l'essence même de la démocratie, de la République et dans une certaine mesure de l'identité même de la France. J'ai des désaccords avec Michel Onfray, et heureusement. Mais il a du courage et il propose. Il tente. Oui, de faire se parler et peut-être travailler ensemble les républicains des deux rives parce que l'essentiel est en jeu, peut-être aussi parce que les rives en questions ne sont plus celles que l'on croit. Parce que les ravages du néolibéralisme depuis 40 ans, passager clandestin de l'Union européenne, détruit nos sociétés et détruira l'Europe. Parce que certains de celles et ceux qui écriront pour cette revue le disent depuis des décennies et que l'histoire leur donne raison. Et ce n'est pas après avoir lancé un appel en ce sens, qu'il conviendrait de ce déjuger.

Alors on jette les bras au ciel! On s'exclame! On s'arrache les cheveux! On se griffe le visage! Quoi, Chevènement, de Villiers, Raoult, Devecchio, de Castelnau, Pina, Mouraud... je comprends la frayeur. Tout ce petit monde séparément ne pèse que ce qu'il pèse, mais si par un hasard incroyable et une farouche volonté après quatre décennies de maturation, de désenchantement, de déconstruction de la République, celles et ceux qui avaient dit, annoncé, décrit ce qui allait advenir se parlaient enfin... alors tout redevient possible.

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