Diplomate américain : «Après la Libye, Moscou ne se laissera pas duper en Syrie»

Jim Jatras Source: RT
Jim Jatras

Alors que les présidents Poutine et Obama ont exposé deux points de vue totalement divergents sur la crise en Syrie et sa solution possible, RT a interrogé un ancien diplomate et sénateur américain Jim Jatras sur leur possible entente sur le sujet.

RT : D’après le discours de Barack Obama à l’ONU, est-ce que vous croyez qu’une coopération quelconque avec Assad, même à court terme, est hors de question pour les Etats-Unis ?

Jim Jatras : Je ne crois pas qu’on puisse s’attendre à une telle coopération, sauf d’une façon très indirecte. Nous avons vu que les russes et les américains ont d’abord besoin de coordonner leurs activités en Syrie afin de résoudre le conflit. Déjà que Moscou est proche du gouvernement de Bachar el-Assad, je dirais que c’est une coopération très lointaine, et à mon avis, cela n’ira pas plus loin.

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RT : Obama a aussi appelé à une réponse unifiée face à la menace de l’Etat islamique, aussi longtemps que Bachar el-Assad n’est pas impliqué. Est-ce qu’une telle coalition pourrait être efficace ?

Jim Jatras : Soyons honnêtes : cette soi-disant «coalition» dirigée par les Etats-Unis qui comprend des pays tels que l’Arabie saoudite, la Turquie, les Etats du Golfe persique, soutiennent tous Daesh, le Front Al-Nosra et d’autres groupes djihadistes en Syrie. Cette coalition n’a pas de crédibilité et est franchement inefficace. Je crois que Vladimir Poutine a bien exprimé que la Russie pourrait agir dans le cadre d’une coalition très efficace qui comprend la Russie, l’Irak, l’Iran et, bien sûr, l’armée syrienne. Il est maintenant aux américains et à nos alliés de décider si nous allons coopérer avec les créateurs d’un plan qui a réellement du sens ou continuer d’être un empêcheur de tourner en rond.

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RT : Après la rencontre entre les présidents américain et russe, peut-on s’attendre à un changement dans leurs stratégies ?

Jim Jatras : En fait, je crois qu’il ne peut y avoir que de petites concessions. Le président Obama pourrait par exemple se déclarer prêt à coopérer quant à la période de transition politique, à quoi elle ressemblera, combien de temps, tout en continuant bien sûr à réclamer le départ d’Assad. Mais en effet, Obama tire à blanc : il n’a rien avec quoi travailler. Nous n’avons pas de forces crédibles au sol, les «terroristes modérés» que nous avons entrainés ne sont tout simplement pas une force effective sur le terrain. Cependant, il continue à reprendre ses phrases et slogans rassis qui ont été écrits pour lui par une bande de bureaucrates.

RT : Le président français François Hollande a profité de son intervention à l’ONU pour appeler à l’établissement d’une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Syrie. C’est de la même façon que l’intervention en Libye avait commencé – par l’établissement d’une telle zone. Y a-t-il une chance de voir l’histoire se répéter en Syrie ?

Jim Jatras : Je ne le crois pas, parce que dans le cas de la Libye, la Russie a fait l’erreur de croire ce que les puissances occidentales lui disaient, en l’assurant qu’il s’agirait d’une action limitée dans le but de prévenir une catastrophe humanitaire à Benghazi. Ils ont par la suite interprété la réaction russe comme un feu vert pour le renversement du régime. Moscou ne se laissera pas duper une seconde fois. Le Kremlin a très clairement laissé entendre qu’il sera présent en Syrie, et c’est pourquoi je ne crois pas que la France, ou qui que ce soit d’autre, sera aussi stupide pour agir unilatéralement en Syrie. Les puissances occidentales ne se risqueront pas à une confrontation directe avec les forces militaires syriennes.

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