Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est ancien élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm) et de l’Ecole nationale d’administration, chercheur en philosophie politique, analyste politique et observateur de la vie internationale.

Covid-19 : «La faillite d’un système»

Covid-19 : «La faillite d’un système»© CARLOS GARCIA RAWLINS Source: Reuters
Des officiers paramilitaires chinois marchent dans les rues de Pékin.

Au moment où l'Europe lutte contre la propagation du virus sur son territoire paralysé par les mesures préventives, la Chine – premier foyer de la maladie – semble avoir inversé la courbe avec zéro nouvelle contamination. Analyse par Bruno Guigue.

On aura tout lu, tout vu, tout entendu : «le régime chinois a fait faillite», la Chine est «au bord du gouffre», le «système s’écroule», Xi Jinping est «politiquement en danger » et «pris au piège», la «dictature est chancelante», le «totalitarisme est ébranlé» et «avoue son échec», «rien ne sera plus comme avant»... 

Une chose est sûre en effet, c’est que rien ne sera plus comme avant, et pour une bonne raison : la République populaire de Chine a manifestement vaincu l’épidémie du Covid-19 en deux mois.

Les oiseaux de mauvais augure diront que c’est faux, que les chiffres sont truqués, que l’épidémie peut rebondir. Mais les experts internationaux affirment le contraire, et les faits parlent d’eux-mêmes. Le nombre quotidien de nouvelles contaminations est désormais 50 fois plus élevé dans le reste du monde qu’en République populaire de Chine. Sur les 80 000 cas recensés depuis janvier dans ce pays, 55 000 patients sont déjà guéris. Les restrictions aux déplacements sont progressivement levées et l’activité économique redémarre.

On comprend que cette réalité attriste les ennemis de la Chine qui pullulent dans les médias du soi-disant monde libre, mais il va falloir qu’ils s'y fassent. La Chine a réussi ce qu’aucun pays n’a jamais réussi à faire : vaincre une épidémie par une mobilisation massive de la société et de l’État. Après avoir signalé le virus à l’OMS le 31 décembre 2019, la Chine s’est mise en ordre de bataille. Sans précédent dans l’histoire, le confinement de 50 millions de personnes, dès le 23 janvier, a ralenti la progression de l’épidémie. Apparu masqué à la télévision le 8 février, le président Xi a décrété «une guerre du peuple contre le nouveau démon».

Des dizaines de milliers de volontaires ont afflué dans le Hubei, des dizaines d’hôpitaux ont été construits en quelques semaines, des milliers d’équipes ont été envoyées pour tracer les contacts entre les malades et leur entourage. Un seul exemple : à la fin des festivités du Nouvel An chinois, 860 000 personnes sont rentrées à Pékin. Le gouvernement leur a ordonné de rester chez elles pendant deux semaines et la municipalité a mobilisé 160 000 gardiens d’immeubles pour s’assurer du respect de cette consigne.

Si l’épidémie est en recul, ce n’est pas parce qu’on a fait tourner des moulins à prière, mais parce que le peuple chinois a déployé des efforts gigantesques. En Europe, on critique la Chine, on tergiverse, on «privilégie l'économie», et en attendant la pandémie se répand. En 2009, le virus H1N1 apparu au Mexique et aux USA a infecté 1 600 000 personnes et en a tué 284 000 dans le monde entier. Washington a brillé par sa nullité dans le traitement de cette pandémie, et les médias occidentaux ont préféré regarder ailleurs. Aujourd’hui, le vice-président des Etats-Unis Mike Pence peut toujours parler du «virus chinois» : il ne déshonore que lui-même et l’administration qu’il représente. 

Désormais, il va falloir admettre que notre système est inopérant, tandis que le socialisme chinois a fait une nouvelle démonstration de sa supériorité. Car pour combattre un telle menace, encore faut-il avoir un Etat. Mais le nôtre, où est-il ? La santé publique est-elle sa priorité ? Serait-il capable de construire de nouveaux hôpitaux, alors même qu’il s’acharne à détruire ceux qui existent ? Dans un pays où la propriété publique est négative en raison de la dette extérieure, où l’on a privatisé et démantelé les services publics, où l’État est l’otage volontaire des milieux financiers, serions-nous capables d’effectuer 10% de ce que les Chinois ont fait ?

Il est vrai qu’à Pékin on n’applique pas les consignes néolibérales, les banques obéissent au gouvernement, la propriété publique pèse 50% de la richesse nationale, l’Etat a une obligation de résultat, il est jugé par 800 millions d'internautes sur sa capacité à régler les problèmes, il sait qu'il est comptable de l'intérêt national, que son mandat n’est reconduit qu’à condition de faire ses preuves dans les faits et non en paroles. Dictature totalitaire, ce système ? Étrange dictature où le débat est permanent, les erreurs dénoncées, les manifestations fréquentes, les institutions soumises à la critique.

Ce serait un régime totalitaire parce qu'il astreint des populations entières au confinement massif, dont tous les experts disent qu’il est la seule mesure efficace ? Parce qu’il impose des restrictions aux comportements individuels dans le seul but de préserver la santé des populations ? C’est un système imparfait sans doute, mais qui fonctionne et tient compte de ses erreurs lorsqu’elles sont commises. Tandis qu’en Occident, l’autosuffisance tient lieu d’autocritique, le dénigrement des autres remplace la prise de responsabilité et le bla-bla permanent l’action efficace.

L’éditorialiste du Monde, ce nouveau coryphée de la science, a bien raison : «C’est la faillite d’un système». A ceci près que le système en faillite n’est pas celui qu’on croit.

 

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