Le porte-parole de l’ONU : les flux de migrants doivent être maîtrisés en respectant leur dignité

Stephane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon
Stephane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon

L’afflux sans précédent de réfugiés et de migrants dans l’Union européenne doit être maîtrisé d’une manière qui respecte leur dignité et le droit international, a déclaré à RT le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stephane Dujarric.

RT : L’ONU est assez critique de l’approche européenne envers la crise des migrants. A votre avis qu’est-ce que l’UE pourrait faire de plus ?

Stephane Dujarric (S.D.) : Premièrement, je pense qu’il faut se concentrer pour le moment sur le sauvetage des vies et le traitement des personnes avec dignité. Il y a des dizaines ou des centaines de milliers de réfugiés et quelques migrants qui sont en route à travers la Méditerranée ou à travers l’Europe. Il y des conventions internationales mises en œuvre qui doivent être respectées.

Cet afflux de réfugiés doit être maîtrisé. Et je pense que ce que nous voyons aujourd’hui que quelques pays portent un fardeau injuste alors que les autres y prennent une part bien plus restreinte. Nous devons procéder à une meilleure répartition de ce fardeau. L’Italie, l’ex-Yougoslavie et la Macédoine ainsi que la Grèce sont ceux qui portent le plus lourd fardeau.

De plus, nous détestons nous rappeler d’où viennent ces migrants. Ils sont arrivés de Syrie, d’Irak et de pays voisins. On peut faire beaucoup plus en terme de gestion des flux tout en respectant les droits de ces personnes et leur dignité.

RT : Est-ce que c’est le moment pour l’ONU d’intervenir ?

S.D. : Ce n’est pas à l’ONU d’intervenir. Il y a des lois, la convention sur les réfugiés est en vigueur depuis 1951. Les pays sont au courant de la loi et ils doivent la mettre en application. Il faut traiter les demandes légitimes de ceux qui demandent le refuge.

Mais nous devons aussi lutter contre la racine du problème : le conflit en Syrie, les combats en Irak. L’autre partie de cette équation c’est le manque de financement des opérations humanitaires en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Turquie. Nous ne sommes pas en mesure de fournir un logement adéquat et un abri aux réfugiés syriens parce que nous n’en avons pas les moyens.

RT : Votre organisation a pour but de maintenir la paix, de protéger les droits de l’homme, de respecter le droit internationale et de livrer l’aide humanitaire. Il semble que cela fasse beaucoup. Mais concrètement, que pouvez-vous faire pour soulager ces souffrances ?

S.D. : En termes pratiques, nos collègues du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies sont sur les lieux. Nous nous trouvons sur les îles grecques, sur la frontière avec les Balkans et en Italie, pour essayer d’aider et de maîtriser cet afflux et de donner de l’aide en termes de nourriture et de l’eau en partenariat avec les organisations locales. Ce que nous essayons, c’est de garantir les Etats-membres qui ont des responsabilités les assument, partagent leur fardeau et traitent ces personnes dignement.

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On voit de jeunes enfants, des femmes qui ont parcouru des centaines de kilomètres pour être en sécurité, qui ont peur de la persécution et ils doivent être traité de manière correcte.

RT : Evidemment, on peut se demander si tous ces gens sont de véritables réfugiés. Pourquoi est-il important de distinguer les réfugiés de ces «migrants» qui veulent simplement déménager dans un autre pays à la recherche d’une vie meilleure ?

S.D. : Ce sont deux catégories très différentes. Chaque cas doit être examiné. Les réfugiés fuient la violence, la persécution. Ce sont des gens qui savent que s’ils retournent dans leur maison, ils seront tués ou pourchassés. Ces personnes bénéficient des droits de la Convention internationale sur les réfugiés. Ils ont les droits de s’établir et d’être pris en charge.

Les migrants sont une catégorie différente. Les migrants doivent passer à travers des procédures d’immigration qui sont propres à chaque pays.

Et c’est là que l’ONU intervient : en marge de l’Assemblée générale, nous tiendrons une réunion spéciale sur les flux de réfugiés et de migrants.

Nous devons trouver un moyen de maîtrises ces afflux. Nous devons réunir tous ensemble les pays d’où viennent ces gens, les pays qu’ils traversent et les pays qu’ils essaient d’atteindre.

Les points sensibles de l'Europe
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Parce que ces flux peuvent être maîtrisés. Nous ne pouvons plus regarder ces images de bateaux surchargés en Méditerranée, laisser ces gens être exploités par des bandes criminelles parce que le seul moyen d’atteindre l’Europe, c’est de passer en contrebande. Et cela enrichit ces bandes criminelles.

RT : Il y a des milliers d’étrangers qui apparaissent. Comment pouvez-vous distinguer ceux qui ont des vraies raisons d’être ici de ceux qui n’en ont pas ? Est-ce que c’est possible dans la pratique ?

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S.D. : Les personnes sont interviewées, les cas sont examinés. Cela a été fait dans le passé, cela a lieu dans différents pays. Evidemment, certains pays en Europe sont surpeuplés, par exemple, la Grèce et l’Italie. Ils ont besoin de l’aide des autres pays. Nous sommes encouragés par les réunions de l’UE qui auront lieu bientôt car elles montrent qu’une politique cohérente au niveau de l’Union est en train de se mettre en place. Mais je pense que chaque pays a un rôle à jouer.

RT : Vous avez souligné qu’il y avait une différence importante entre les mots «réfugié» et «migrant». Est-ce que c’est inquiétant que les hommes politiques importants européens utilisent «migrant» comme un terme générique pour tout le monde ?

S.D. : Je pense que nousavons tous un rôle à jouer. Que vous soyez journaliste ou politicien, nous devons nous s’assurer d’utiliser les mots justes. Les mots sont importants. Premièrement, nous parlons d’hommes, de femmes et d’enfants, qui méritent chacun mérite le respect.

La différence entre les migrants et les réfugiés est critique. Les réfugiés ont des droits. Il y a un organe du droit international qui décrit ces droits. Les réfugiés sont les personnes qui fuient la guerre, fuient la persécution. 

Ce que nous observons en Méditerranée doit forcer la communauté internationale à redoubler d’efforts pour régler le conflit en Syrie, faire face à la menace de Daesh et des autres groupes extrémistes. C’est ce qui a poussé une grande majorité de ceux qui arrivent en Europe à s’enfuir.

D'où viennent les migrants?
D'où viennent les migrants?

RT : Mais pour l’instant ils passent à travers les clôtures érigées par quelques pays européens et les soldats qui ont été déployés pour les contrôler. Que pensez-vous de ce type de réponse ?

S.D. : Tous les pays doivent gérer des problèmes de sécurité. Mais je veux revenir sur la question de la dignité : nous ne voulons pas voir des gens parqués derrière des fils barbelés. Nous voulons que les gens soient traités de façon correcte et conformément au droit existant. Les pays ont eux-mêmes des droits et des responsabilités. Il faut trouver un meilleur moyen de gérer les flux de population. L’homme se déplace depuis qu’il a commencé à marcher. A travers les siècles, nous avons vu que les murs ne fonctionnaient pas bien. Nous devons nous réunir et faire en sorte que les bonnes mesures soient appliquées, que la loi soit respectée et que les flux de migrants soient gérés correctement.

 

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