«Il est urgent de légiférer», affirme le député socialiste Laurent Grandguillaume à propos d'Alcatel

François Hollande, ici avec Michel Combes, patron d'Alcatel-Lucent, doit s'attaquer aux parachutes dorés estime le député Laurent Grandguillaume. Source: Reuters
François Hollande, ici avec Michel Combes, patron d'Alcatel-Lucent, doit s'attaquer aux parachutes dorés estime le député Laurent Grandguillaume.

Député, Laurent Grandguillaume a travaillé sur les «Golden Hello» et les retraites chapeaux. Suite à l'annonce du bonus de 13 millions d'euros accordé au patron d'Alcatel-Lucent, il plaide pour que le gouvernement agisse contre les parachutes dorés.

Michel Combes, le patron d'Alcatel-Lucent qui doit quitter l'entreprise ce mardi avec près de 14 millions d'euros, continue de faire parler de lui. Dans la classe politique, les réactions scandalisées se succèdent. L'Autorité des marchés financiers (AMF) s'est saisie de l'affaire et examine de possibles «irrégularités». Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, a aussi laissé entendre que le gouvernement pourrait légiférer sur les rémunérations des dirigeants d'entreprises privées.

D'ailleurs François Hollande, «l'ennemi de la finance», s'était fait remarquer en 2007 sur le sujet des parachutes dorés. Il avait demandé la démission de Thierry Breton, alors ministre de l'Economie, suite aux indemnités de licenciement accordées à Noël Forgeard, patron d'EADS. Au pouvoir depuis 2012, François Hollande n'a en tout cas pas encore mis fin à ces parachutes dorés, même si le Sénat a alourdi la fiscalité sur ces derniers. Pour Laurent Grandguillaume, député PS auteur d'un amendement à la loi Macron visant à encadrer les «Golden Hello», il est temps de s'attaquer aux parachutes dorés.

RT France : Que pensez-vous de cette prime de départ que va verser Alcatel-Lucent à Michel Combes ?

Laurent Grandguillaume : Il y a là une forme d'injustice. Ce que je défends, que nous devons défendre, c'est le travail, le mérite, et non pas l'esprit de la rente. A un moment, il faut que les cadres dirigeants soient rémunérés par rapport aux performances de l'entreprise. On ne peut pas créer des inégalités extrêmes comme celles-ci entre les plus hauts et les plus bas salaires. Une prime comme celle-ci ne correspond même pas à la réalité des résultats de l'entreprise.

RT France : Votre parti, le PS, est au pouvoir depuis maintenant trois ans, et semble découvrir cette pratique des parachutes dorés ?

Laurent Grandguillaume : Des mesures ont déjà été prises. J'ai par exemple porté des amendements à la loi Macron sur les retraites chapeaux (une retraite financée intégralement par l'entreprise qui est exonérée de cotisations sociales et de CSG, ndlr) et les «Golden Hello» (prime de bienvenue dans une entreprise pour un dirigeant, ndlr). Désormais, ces retraites chapeaux et ces bonus sont encadrés par la loi. Il est donc important d'élargir ce principe de régulation à d'autres primes qui n'ont pas de justification.

RT France : Pensez-vous qu'une mesure sur les parachutes dorés aurait dû être prise dans les trois premières années du mandat de François Hollande, qui s'était décrit comme un ennemi de la finance ? 

Laurent Grandguillaume : Oui, on aurait pu prendre des mesures il y a trois ans... Mais il n'y avait pas d'exemple fort dans les trois dernières années. La question se posait avant tout sur les retraites chapeaux et les «Golden hello». Désormais, la législation doit s'adapter, et il est urgent de légiférer pour éviter ce type de décision qui indigne tout le monde.

RT France : Dans un système économique comme celui de la France, l'Etat peut-il vraiment empêcher une entreprise de donner un bonus à son patron ?

Laurent Grandguillaume : L’Etat n'a pas à gérer l'entreprise au quotidien, il s'agit juste de mettre en place des instruments de régulations pour éviter les abus, comme on a pu le faire sur les «Golden hello». C'est une question de travail, pas de libéralisme. On a dans ce cas une prime qui est créée sans que personne ne puisse rien dire, ce n'est pas normal. A un moment, il faut une régulation, les dirigeants ne doivent pas pouvoir prendre des décisions à l'encontre des intérêts de l'entreprise, des salariés, et des actionnaires, qui devraient d'ailleurs réagir.

RT France : Lors de l'adoption d'un texte sur les parachutes dorés en Suisse, un chef d'entreprise avait déclaré que peu importe la loi, «si une entreprise veut verser 25 millions à un haut dirigeant, elle trouvera toujours le moyen de le faire». N'est-ce pas une des limites de l'intervention de l'Etat ?

Laurent Grandguillaume : Ce qui est certain, c'est que les entreprises évoluent vite, mais la législation peut s'adapter à ces mutations. Il faut laisser des libertés, mais éviter des dérives qui vont à l'encontre même de l'esprit d'entreprendre. Si des primes doivent exister, elles doivent se baser sur la performance de l'entreprise. C'est un principe de base à poser : des primes sur la performance de l'entreprise. Le temps de présence du dirigeant doit aussi être pris en compte. Déjà, cela donnera des primes qui correspondent à la réalité. En tout cas il faut agir, car le comportement d'un patron rejaillit négativement sur les entreprises, les patrons de PME... Ce genre de coup leur fait du mal. 

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