Spécialiste des questions européennes, Pierre Lévy dirige la rédaction du mensuel Ruptures. Précédemment, il a été journaliste au sein du quotidien L’Humanité, ingénieur et syndicaliste. Il est l’auteur de deux essais et un roman.

Verhofstadt en croisade contre la Hongrie

Verhofstadt en croisade contre la Hongrie© REUTERS/Vincent Kessler
Illustration : Guy Verhofstadt

Dans une tribune, le chef de file des libéraux au Parlement européen appelle les Etats-Unis à se joindre à l'UE pour arrêter «immédiatement» Viktor Orban. Tordant lui-même le cou au mythe d'une Europe visant à faire contre-poids à Washington.

Vous avez goûté l’Afghanistan ? Aimé l’Irak ? Adoré la Libye ? Réjouissez-vous : un nouveau bonheur se prépare : la Hongrie. C’est en tout cas ce dont semble rêver le chef du groupe libéral au parlement européen, Guy Verhofstadt.

Celui-ci vient de publier une tribune accordée à la chaîne américaine CNN, qui somme les dirigeants occidentaux, et Washington tout particulièrement, d’«intervenir» pour contrer Viktor Orban, le premier ministre hongrois. Le texte se conclut par cette invite pour le moins martiale : «Nous devons le stopper. Maintenant.»

Certes, l’ancien Premier ministre belge n’imagine probablement pas qu’une opération punitive armée contre ce pays – membre de l’OTAN – soit possible (même s’il ne faut jamais sous-estimer les subconscients guerriers de certains «Européens fervents»…). Il évoque plutôt les «coûts financiers et politiques» que les gouvernements de l’UE et des USA ont «le devoir moral» d’imposer – une formulation anglo-saxonne classique pour désigner des sanctions. Il exhorte également ceux-ci à «fournir du soutien» aux ONG sur place. Un peu comme on avait financé la «société civile» ukrainienne afin de préparer l’insurrection puis le coup d'Etat issu de Maïdan.

Au moins, la rhétorique et les motivations du Torquemada strasbourgeois sont claires : «Nous ne pouvons pas laisser les gouvernements populistes d’extrême droite entraîner les Etats européens démocratiques dans l’orbite de Vladimir Poutine.»

Son argumentation s’appuie sur le rapport voté le 12 septembre par le parlement européen demandant la mise au ban de la Hongrie au motif d’atteintes répétées à l’Etat de droit, à la liberté de la presse, aux libertés des associations pro-migrants. Autant d’accusations que Viktor Orban est venu contredire face aux parlementaires européens. Il a rappelé qu’il s’était vu confier un troisième mandat lors des récentes élections générales, c’est même le dirigeant qui dispose du plus large soutien électoral parmi les 28 Etats membres.

On peut parfaitement être en désaccord avec les idées politiques du parti de monsieur Orban mais le plaidoyer de monsieur Verhostadt relève d’un autre registre : il rappelle que quand un pays est membre de l’UE, les règles de celles-ci (les «valeurs», comme on dit au CAC 40) doivent prévaloir sur le vote des électeurs.

On le savait, certes, mais il faut savoir gré au fédéraliste échevelé de le rappeler de manière quelque peu virile. On ne peut s’empêcher cependant de relever une petite bizarrerie dans l’appel du dirigeant belge : celui-ci ne manque jamais de plaider avec ferveur pour l’«unité de l’Europe» moyennant cet argument maintes fois martelé : celle-ci doit pouvoir décider de manière «indépendante» de sa politique et «faire contrepoids» dans le monde face aux Etats-Unis.

Ces mêmes Etats-Unis qu’il exhorte cette fois-ci à prendre la tête de la campagne de Hongrie. Peut-être Donald Trump s’en amusera-t-il dans un prochain tweet. A supposer bien sûr que le nom de Verhofstadt lui dise quelque chose.

Peu probable, à vrai dire.

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