Jacques Myard, «Pour trouver une solution, il faudra prendre en compte le régime de Bachar al-Assad»

Un pays dévasté par quatre ans de guerre Source: Reuters
Un pays dévasté par quatre ans de guerre

Depuis quatre ans, la Syrie est dévastée par la guerre. Des forces soutenues par divers pays combattent sur le terrain. Jacques Myard, député Les Républicains, qui s'était rendu sur place en février dernier, appelle à une solution politique réaliste.

RT France: Les Etats-Unis n'excluent plus désormais de bombarder tous ceux qui attaqueraient les groupes  entraînés par eux. Que pensez-vous de cette inflexion dans leur stratégie ?

Jacques Myard : Pour ce qui est des affaires de terrain, du soutien des Etats-Unis à certains groupes sur le terrain, on n'y voit pas très clair. Car souvent les Etats-Unis passent des accords avec certains groupes sur le terrain et ces groupes passent ensuite à Al Nosra par exemple. On ne comprend pas très clairement quelle est la politique des Etas-Unis. A un moment, il semble clair qu'ils souhaitent se rapprocher du régime pour trouver une solution diplomatique à cette guerre; à d'autres moments ils se raidissent contre ce régime. Il faut être très informé des tenants et des aboutissants de la politique américaine en Syrie pour comprendre quelque chose. Pour ma part je suis très dubitatif pour savoir s'ils ont vraiment une ligne politique, une cohérence dans leur action. 

RT France: Vous ne voyez aucun fil conducteur dans cette politique ?

Jacques Myard : Je suis vraiment en peine de trouver une cohérence dans l'action des Etats-Unis en Syrie et parfois aussi, il faut le dire, dans l'action de la France. C'est une politique un peu au fil de l'eau, un peu au jour le jour, sans qu'on voit véritablement où l'on va. Or, pour trouver une solution, il faut d'abord lutter contre l'Etat islamique, contre Al Nosra, contre Al Qaïda qui sont en train de déstabiliser toute la région. Pourtant, nous savons bien que certains Etats jouent un double jeu dans la région: la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite aussi. C'est une partie de poker menteur. Pour trouver une solution, il faudra prendre en compte le régime de Bashar al-Assad. Certes ce n'est pas un grand régime démocratique. Mais il est sur le terrain et il tient une grande partie de la Syrie. De plus il ne représente pas que la partie alaouite de la population.  Il est marié à une sunnite et de nombreux sunnites le soutiennent ainsi que bien sûr toutes les minorités chrétiennes de la région. Donc croire qu''on va trouver une solution sans son régime est illusoire et constitue une faute politique. Voilà pourquoi je recommande une solution avec tous les éléments du terrain. La signature sur l'accord nucléaire avec l'Iran doit nous permettre d'aller dans ce sens car l'Iran fait partie aussi de la solution. 

RT France : Mais ne craignez-vous pas que l'élargissement de ces bombardements ne soit un moyen de faire tomber Bashar al-Assad, puisque les troupes qui le soutiennent peuvent être potentiellement bombardées ?

Jacques Myard : Je crois qu'il est illusoire de croire que son régime va tomber bientôt. Cela fait 4 à 5 ans qu'on nous dit qu'il va tomber et il est toujours là. Il a le soutien de la Russie, de l'Iran et d'une partie de la population syrienne. Celle-ci sait que s'il tombe, la situation sera pire encore et qu'on sera dans une situation pareille à celle de l'Irak. S'il tombe, la déstabilisation va continuer et c'est le Liban qui sera à son tour déstabilisé. En recherchant coûte que coûte sa chute, certains pays jouent les apprentis sorciers. 

RT France: Vous vous êtiez rendu en Syrie avec une délégation de parlementaires en février dernier. Quel message souhaitiez-vous passer, notamment par rapport à la politique française dans la région ?

Jacques Myard : Les députés en France sont libres. Nous voulions voir ce qu'il se passait sur place. Nous étions arrivés à la conclusion que si nous voulions trouver une solution à la crise, il fallait intégrer ce régime aux discussions. Ensuite, ce sera aux Syriens et à eux seuls de se prononcer sur le régime qu'ils souhaitent. Il faut cesser de se donner des postures et de faire semblant de considérer que Bachar al-Assad est égal à Al-Qaïda.

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