Comment le gouvernement va (artificiellement) faire baisser le chômage

Le président Hollande ne se représentera pour un second mandat que si le chômage  baisse durablement Source: Reuters
Le président Hollande ne se représentera pour un second mandat que si le chômage baisse durablement

Alors que François Hollande conditionne sa candidature en 2017 à «une baisse durable du chômage», RT France a interrogé le syndicat Sud Emploi. La réponse est sans ambages: «oui le chômage baissera...mais artificiellement». Décryptage.

Les attaques entre le président en exercice et son prédécesseur et futur candidat pour 2017, Nicolas sarkozy, n'ont jamais vraiment cessé. Mais avec l'échéance qui se rapproche, la courbe du chômage risque de devenir le point principal de friction entre les deux hommes. 

En savoir plus: Hollande/Sarkozy : la guerre du chômage est déclarée… à vos calculettes !

Daniel Mémain est le porte-parole national du syndicat Solidaire Sud Emploi, il dénonce les pressions constantes exercées par les politiques et les techniques utilisées par les gouvernements pour inverser la courbe...le tout au détriment d'une réflexion de fond sur le chômage et sa gestion.

RT France: François Hollande a lié sa future candidature en 2017 à une baisse du chômage, est-ce que cela a des conséquences sur votre travail ?

Daniel Mémain: Depuis toujours les chiffres du chômage sont un instrument politique, et sont utilisés par nos gouvernants. Mais la particularité de ce gouvernement, c'est qu'il s'est mis une pression supplémentaire en faisant des annonces en début de mandat. Ainsi pour faire baisser les chiffres du chômage et arriver à l'objectif affiché, ils utilisent toute une panoplie d'outils qu'ils ont à leur disposition. Et en réalité, les manipulations sur les chiffres et les catégories de chômeurs [ndrl: c'est sur ce point que Nicolas Sarkozy attaque le gouvernement dans Valeurs Actuelles], restent assez marginales.

RT France: Pouvez-vous nous décrire les techniques que vous évoquez ?

Daniel Mémain: Celle qui est la plus utilisée en ce moment, c'est ce qu'on appelle la gestion sociale du chômage avec une «sortie» [du chômage] par les contrats aidés. Il y a par exemple une augmentation très importante des aides accordées aux entreprises qui embauchent des personnes en difficulté d'insertion et de l'autre côté on allège les critères permettant aux chômeurs d'avoir accès à ce dispositif. Résultat: les gens retrouvent du boulot, mais dans des conditions extrêmement précaires, souvent du temps partiel, etc. Bref, leur insertion durable sur le marché de l'emploi n'est pas au rendez-vous mais cela fait quand même baisser les chiffres ! L'autre moyen, que nous dénonçons et qui est utilisé par ce gouvernement, consiste à dissuader les demandeurs d'emploi de rester inscrits. Comment ? Notamment en les «mettant à distance». Les demandeurs d'emploi ont de plus en plus de difficulté à rencontrer des conseillers disponibles, certaines agences fermant désormais quatre demi-journées par semaine. On leur propose à la place un suivi virtuel. Vous rajoutez le fait que le gouvernement n'a de cesse d'accroître les contrôles, les gens n'ont plus envie de rester inscrits et se disent «à quoi bon ? Ces dispositifs sont peu visibles mais sont une véritable lame de fond. 

RT France: Mais alors pourquoi, malgré toutes ces mesures,  la baisse du chômage n'est-elle pas encore au rendez-vous ?

Daniel Mémain: Eh bien parce qu'il y a un effet de résistance dans le réseau. Ceux qui ont de la bouteille, de l'expérience, empêchent ces mécanismes de jouer à plein. Mais l'automatisation d'un certain nombre de tâches fait que ces techniques vont devenir de plus en plus «efficaces». Par exemple, il existe en ce moment des systèmes de suivi à distance des demandeurs d'emploi qui se font via le web et qui sont parfois sous-traités à des organismes privés. C'est la porte ouverte à toutes sortes d'abus: vous pouvez vous faire radier pour non-présentation à une visio-conférence, pour non-réponse à un appel téléphonique, etc. Ces systèmes automatiques vont générer mécaniquement une hausse des radiations-sanctions, qui sont également une méthode très utilisée pour faire baisser les chiffres. Et sans être Nostradamus, on peut affirmer que si le Président vous dit «la courbe va s'inverser», elle va s'inverser ! En tout cas, le gouvernement met tout le paquet: la gestion statistique du chômage, la gestion sociale-faire sortir les gens par des petits contrats aidés, des prestations ou des formations bidons- et puis jouer sur le dégoût des demandeurs d'emploi. Toute cette panoplie devrait bientôt produire ses effets.

RT France: Que vous évoquent les discours des hommes politiques sur la baisse, supposée ou à venir, du chômage ?

Daniel Mémain: C'est de la langue de bois donc on essaie de ne pas y prêter trop attention. Je crois que personne n'est dupe, et surtout pas nous. Car dans nos agences, nous voyons les gens qui s'inscrivent et se réinscrivent, et le nombre de personnes que nous devrions suivre sans pouvoir y parvenir. Dernièrement ce qui nous a fait exploser, ce sont les propos du ministre du Travail. En octobre dernier, François Rebsamen a déclaré: «il faut contrôler la réalité de la recherche des demandeurs d'emploi». Du coup une cellule de 200 agents, désormais chargés de contrôler les chômeurs, a été créée. Dans notre optique, notre boulot, ce n'est pas de "fliquer" les demandeurs d'emploi mais de les accompagner efficacement vers un retour au travail. Oui les fraudeurs existent, c'est une réalité, mais sans faire d'angélisme, je vous assure que la majorité des gens cherchent effectivement du travail et se débattent comme ils le peuvent. Avec ces mesures systématiques et généralisées de contrôles, on passe complètement à côté de notre mission et on ne résoud pas le problème de fond. Nous plaidons dans notre syndicat pour un partage du temps de travail, en maintenant les salaires.

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