«Accusés de trahison pour avoir révélé à leurs concitoyens que leurs droits étaient bafoués»

L'entrée du siège du BND à Pullach Source: Reuters
L'entrée du siège du BND à Pullach

L’ancien agent du MI5, Annie Machon interrogée par RT sur la question des journalistes allemands accusés de trahison, estime que la liberté de la presse en Allemagne n’est qu’une façade qui est en train de se craqueler.

RT : Le code criminel allemand a qualifié les actions des journalistes accusés de trahison de viser «à explicitement causer du tort à la République fédérale ou à favoriser un pouvoir étranger». Est-ce vraiment ce qu’ils ont fait ?

Annie Machon : Je crois qu’ils n’ont voulu qu’informer la population sur ce que Berlin fait en secret, et apparemment aussi de manière inconstitutionnelle. Ainsi, le BFV, le service allemand de renseignement, sert à protéger la constitution qui est elle-même là pour protéger la vie privée des citoyens. Cela est basé sur les amères leçons du passé sous la Gestapo et la Stasi. Et c’est réellement impressionnant que ce soit le BFV qui ouvre une d’enquête à l’encontre de ces deux journalistes et de la source anonyme, qui est selon toute vraisemblance un lanceur d’alerte très important.

RT : Il y a quelques semaines Berlin se vantait de respecter la liberté d’expression. «Nous savons à quel point la liberté d’expression est importante pour les gouvernements, surtout à le nôtre qui considère cette liberté comme un des meilleurs choses», a indiqué le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert. Est-ce qu’il était sincère ?

Annie Machon : Malheureusement, non. Durant ces dernières décennies chaque fois qu’un dénonciateur se lève, le gouvernement débarque et le lanceur d’alerte en paye le prix fort. Mais les journalistes ont jusque-là été protégés par cette idée de «liberté de la presse», par l’idée qu’ils travaillent pour l’intérêt public. Selon l’article 94 du Code criminel allemand, similaire à la Loi britannique sur les secrets officiels, le lanceur d’alerte est automatiquement criminalisé tandis que les journalistes sont normalement protégés.

Mais, d’après cet article 94 allemand, il s’avère que le gouvernement peut traduire les journalistes allemands en justice pour avoir fait du tort au pays, et la punition semble être dure. Au Royaume-Uni ce n’est que deux ans d’emprisonnement au maximum, alors qu’en Allemagne cela va d’un an au minimum, à la prison à vie. Et qualifier de «trahison» l’acte d’informer ses concitoyens sur leurs droits en train d’être bafoués, ceci est une grande exagération.

RT : La surveillance semble être une question brûlante à Berlin, surtout après les révélations de Snowden sur l’Allemagne et ses liens avec la NSA ?

Annie Machon : Il était vraiment intéressant d’observer la réaction du gouvernement allemand au cours de ces deux dernières années suite aux révélations d’Edward Snowden concernant la coopération entre la BND [Services de renseignement extérieurs allemands] et la NSA. Et elle a, de plus, espionné ses alliés à travers l’Europe, la France, la Belgique. Ainsi les choses vont de pire en pire, et il reste d’importantes questions à répondre. Si le BFV veut protéger la constitution allemande, il devrait commencer par regarder ce qu’il se passe chez lui.

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