Analyste financier : La Grèce n’a plus d’autre choix que de vendre ses bijoux de famille

Une petite fille avec les drapeaux grec et chinois Source: Reuters
Une petite fille avec les drapeaux grec et chinois

Les investisseurs chinois ont été dernièrement un peu préoccupés en achetant des propriétés à travers toute l’Europe. L'analyste des marchés financiers David Kuo, interrogé par RT estime qu’il ne faut pas avoir peur d’investissements chinois.

Les investisseurs chinois ont été dernièrement un peu préoccupés en achetant des propriétés à travers toute l’Europe. David Kuo, interrogé par RT estime qu’il ne faut pas avoir peur d’investissements chinois.

Récemment, l’entreprise chinoise Tzaneen International a annoncé son intention de racheter un «aéroport fantôme» en Espagne. La construction de l’aéroport de Ciudad Real s’est élevée à un milliard d’euros et s’est achevée en 2011, mais la crise de 2008 et l’explosion de la bulle spéculative immobilière espagnole qui a suivi lui a fait perdre toute sa valeur et a dû fermer trois ans plus tard à l’issue d’une longue procédure d’insolvabilité.

On a supposé que l’aéroport serait vendu aux enchères pour au moins 40 millions d’euros, mais il n’a reçu qu’une seul offre, haute de 10 000 euros. Dans une interview à RT, David Kuo, analyste de marchés financiers, a expliqué pourquoi la Chine investi aussi activement en Europe.

RT : Récemment, des investisseurs chinois se sont montrés prêts à investir près de 100 000 euros dans l’«aéroport fantôme» touché par la crise. Certains supposent que de cette manière la Chine veut «coloniser» le marché européen. Que pouvez-vous en dire ?

David Kuo : En ce moment la Chine étudie des opportunités hors de Chine, parce que la Chine ne se développe pas aussi vite qu’elle le voudrait. Et si vous êtes investisseur en Chine vous devez penser «si je n’investis pas en Chine, alors où puis-je le faire ?»Et il est de notoriété publique que l’Europe offre beaucoup d’opportunités et l’aéroport espagnol qui intéresse des investisseurs chinois représente une possibilité. En privatisant l’aéroport, cela leur donne une porte d’accès directe à l’Europe.

Mais ils tournent aussi leurs yeux vers la Grèce en ce moment, persuadés qu’il y a des affaires à y faire. La Grèce doit faire face à la privatisation de ses industries ; des réseaux de transport d’électricité jusqu’au télécoms et aux aéroports, ce qui ouvre beaucoup d’opportunités à la Chine.

RT : Les investisseurs venus de Chine rachètent à tour de bras des vignobles en France. L’Italie est un autre pays préféré pour la Chine, les investisseurs se sont rués sur plusieurs marques leaders comme Fiat, des marques de yachts de luxe comme Ferretti. Est-ce que la même chose attend la Grèce ?

David Kuo : La Chine devra rivaliser avec d’autres parce que certains de ces biens sont de grande valeur. Par exemple l'opérateur de télécommunications grec intéresse non seulement la Chine mais aussi des sociétés de télécommunications européennes. Et ces investisseurs ont déjà voulu acheter ces actifs grecs par le passé mais ils se sont heurtés à la réticence de la Grèce à vendre ses bijoux de famille. Mais le pays n’est maintenant plus en position de refuser.

Et il est à noter, qu’il y aura beaucoup d’entreprises, non seulement européennes, mais aussi des investisseurs privés ainsi que des compagnies américaines qui souhaitent placer leurs pions sur place. Il y a aussi le cas des îles grecques. Il est vrai que la Grèce possède beaucoup d’îles très attractives aux yeux des investisseurs. Je dirais qu’il ne faut pas avoir peur de la Chine, le fait qu’elle a de l’argent ne veut pas dire qu’elle va tout racheter, il y a d’autres acteurs qui ont leurs propres intérêts.

RT : Ainsi, la Grèce sera ciblée par plusieurs investisseurs ?

David Kuo : Bien entendu, tous ceux qui ont de l’argent vont se tourner vers la Grèce et ceux qui ont beaucoup d’argent seront capables de surenchérir sur les autres. Mais au final la Chine ne veut pas surpayer ces actifs. Par exemple cet aéroport fantôme au Sud de Madrid, les investisseurs y voient une opportunité de développement en l’utilisant comme un moyen d’importer des produits chinois sur le marché européen via l’Espagne.

Mais la même chose ne peut pas vraiment être dite de la Grèce. Si on jette un coup d’œil sur la Grèce, certains de ses biens pourraient être mis en vente, y compris les stades olympiques qui n’ont pas été développés. La Chine en voit le potentiel en quelque sorte. Mais au-delà de la Chine, il ne faut pas oublier qu’il y a un homme très riche à Hong Kong qui achète beaucoup d’infrastructures, en particulier au Royaume-Uni. Il a acheté des sociétés de télécommunications, ainsi que des entreprises de distribution d’eau. Ainsi la Chine n’est pas sur la voie royale, elle aura son mot à dire mais elle ne sera pas la seule.

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