Les Britanniques s’étonnent d’être mêlés à des bombardements en Syrie sans leur consentement

Londres© Kieran Doherty Source: Reuters
Londres

Le membre du parti travailliste Keith Vaz a confié à RT qu’il était persuadé que son gouvernement répondrait à des questions difficiles après l’engagement des troupes britanniques en Syrie et au Yémen contre l’avis du parlement exprimé en 2013.

Hier, le ministère de la Défense britannique a annoncé que ses pilotes avaient participé à des frappes aériennes sur la Syrie à bord d'avions de la coalition internationale qui lutte contre Daesh mais en dépit de l’interdiction formulée par le parlement britannique en 2013. Selon le porte-parole du Premier ministre, David Cameron était au courant de l’implication des forces britanniques.

RT : Le ministère de la Défense admet que des pilotes britanniques ont bombardé la Syrie mais ne précise pas s’ils étaient «intégrés» à l’assaut mené par les Etats-Unis. Est-ce que c’est une bonne raison pour contourner le parlement ?

Keith Vaz (K. V.) : Ce qui s’est passé est une surprise totale pour beaucoup d’entre nous. Je ne me rappelle pas que cela ait été discuté au parlement dans aucune des déclarations faites par les ministres. Et je me serais attendu à ce que cela soit le cas. La semaine dernière encore, se déroulait la séance de questions au ministère des Affaires étrangères. Et donc, c’est bel et bien une surprise. Quant à ce qu’il font exactement en étant impliqués dans cette force, je crois que tout le monde aura hâte de le savoir lundi prochain.

RT : Le Premier ministre a outrepassé ses pouvoirs. Que peuvent faire les parlementaires ?

K. V. : Je crois que nous devons maintenant obtenir des réponses du ministre de la Défense ou du ministre des Affaires étrangères Philip Hammond devant le parlement. On doit savoir exactement ce qu’ils font là-bas, car comme nous le savons tous, c’est le parlement qui décide si, oui ou non, nous participons à une action offensive, y compris dans le cadre d’une coopération avec des forces qui bombardent des populations. J’ai constaté moi-même lors d’une récente visite en Italie et à Calais en France, que quand on commence à bombarder des endroits comme la Syrie, il s’ensuit une terrible crise humanitaire.

Jusqu’à présent 174 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord et sont arrivées en Italie. La moitié de ce nombre est arrivée depuis janvier à cause des événement qui se sont produits en Syrie. Près de 60% de ceux qui arrivent dans les îles grecques de Lesbos et de Kos viennent de la Syrie et fuient l’éventualité de nouvelles frappes aériennes sur leur pays. Cela veut dire qu’il faut trouver une meilleure façon de faire à la place de bombarder ces pays. Et je pense c’est ce que les parlementaires voudront faire comprendre aux ministres lorsqu’ils viendront au parlement lundi.

RT : Les parlementaires devront se prononcer sur l’autorisation de bombarder officiellement Daesh en Syrie, ce qui est déjà le cas en Irak. Quelles seront, d’après vous, les résultats de ce vote au vu de ces dernières révélations ?

K. V. : Il y a beaucoup de questions stratégiques. Celle de Daesh préoccupe l’Europe et le monde entier depuis quelque temps déjà. Daesh ne représente pas l’islam et au moment de la fête de l’Aïd, ce n’est pas le bon moment pour parler d’eux en termes d’islam. Il y a tellement de dissensions entre eux, ils ne servent que leurs propres intérêts et ils ne suivent pas les enseignements de Coran. Je crois donc qu’il est extrêmement important que nous prenions des mesures effectives, ensemble, au sein de la communauté internationale, pour essayer d’abattre Daesh. On doit s’abstenir de faire quoi que ce soit qui crée un climat et des conditions favorables pour que le groupe terroriste devienne plus fort. Je crois que lundi, nous aurons besoin de poser des questions véritablement difficiles aux ministres.

RT : La menace incarnée par Daesh exige une réponse dure. Mais il y a des doutes sur les répercussions que peuvent provoquer ces frappes aériennes américaines. Par exemple, le nouveau chef des libéraux démocrates a déclaré que les terroristes pouvaient profiter de cette campagne de bombardement pour recruter davantage de personnes. Est-ce que cette crainte est à votre avis fondée ?

K. V. : Bien sûr ! Je ne crois pas que ce soit une bonne idée d’entamer ce type d’activités sans que le parlement l’ait décidé. Mais ce qui est plus important et plus sérieux, c’est qu’on suppose que les forces britanniques sont engagées dans ce qui se passe au Yémen, dans un pays où je suis né. Et si c’est le cas, nous devons examiner la chose très minutieusement. Le ministère de la Défense devra donc répondre à un grand nombre de questions.

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