Expert en économie: l’accord sur le nucléaire iranien n’aura pas d’incidence sur le prix du pétrole

 Des unités de pompage des champs de pétrole
Des unités de pompage des champs de pétrole

Dans une interview à RT, Pierre Noel, chercheur pour l’économie et la sécurité énergétique à l'Institut international d'études stratégiques (IISS), a expliqué que l’accord sur le nucléaire iranien n’affectera pas beaucoup le marché pétrolier.

RT France : Maintenant que l’accord est atteint, comment les prix du pétrole vont-il être affectés ?

Pierre Noel : On a vu la réaction, je dirais à court terme, du marché. Le cours du pétrole a baissé relativement fortement. Le marché est en situation d’offre excédentaire depuis plusieurs mois et la nouvelle de l’accord avec l’Iran a immédiatement fait passer dans les prix cette offre excédentaire, même avant que la production, les exportations iraniennes ne croissent réellement.

Ce que ça va changer à court terme c’est que les Iraniens ont été forcés d’exporter leur pétrole à un prix très inférieur au prix du marché parce que seuls quelques acheteurs en Asie étaient prêts à acheter leur brut et maintenant lorsque les sanctions seront levées, ils vont retrouver des revenus des prix unitaires conformes aux prix du marché. Ainsi, leurs revenus d’exportation vont augmenter. Dans le même temps ils vont être capables de placer plus de brut sur le marché, et ça va encore renforcer l’augmentation à court terme de leur revenu pétrolier.

Quand à ce qui attend l’Iran à long terme, je ne pense pas que Téhéran, à la différence de l’Irak, ait vraiment des marges importantes de croissance de leurs exportations. L’Iran est un pays pétrolier qui repose sur quelques très grands champs très matures et anciens qui produisent depuis des décennies et qui ont besoin d’un apport en technologie pour ralentir les rythmes de déclin. L’Iran n’est pas un pays pétrolier à très fort potentiel de croissance comme l’est l’Irak.

RT France : Quant au marché pétrolier, comment va changer la situation pour les autres ?

Pierre Noel : Pour tous les autres exportateurs, c’est plutôt une mauvaise nouvelle mais encore une fois il faut replacer ça dans un contexte plus global. L’Iran n’a pas de potentiel de croissance de ses exportations très important, les grand enjeux de ce point de vue-là, c’est les pétroles non-conventionnels d’Amérique du nord et le potentiel irakien d’autre part. Et si on se place du point de vue de l’Arabie saoudite, disons des producteurs arabes du Golfe qui ont un intérêt très fort à l’équilibre du marché, leur problème porte plutôt un caractère politique vis-à-vis à l’Iran, pas pétrolier.

RT France : Pensez-vous que la levée des sanctions de l’Iran fera baisser le cours du pétrole ?

Pierre Noel : Non, je ne pense pas, il y a un effet psychologique sur le marché à court terme, comme je l’ai dit, le marché est en situation d’offre excédentaire, les prix devaient baisser, tout le monde s’y attendait sur le marché, et la nouvelle de l’accord avec l’Iran a précipité cette chute. Cependant, la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui est structurellement la même que celle dans laquelle nous étions avant l’accord. Si on se projette dans les mois et les deux ou trois années qui viennent, ce n’est pas l’Iran qui est le facteur décisif. Le facteur décisif c’est l’interaction entre les décisions de production saoudiennes d’une part, et la dynamique de l’offre de pétrole non conventionnel américain d’autre part.

RT France : Et qu’est-ce qui va changer dans l’arène internationale ?

Pierre Noel : Pas grand-chose. L’Iran va offrir aux compagnies pétrolières internationales dont les compagnies européennes, des contrats, on ne connaît pas encore la nature de ces contrats, pour revenir opérer dans le monde pétrolier iranien. Mais il y a une longue histoire de relations entre les compagnies pétrolières internationales et l’Iran. C’est une histoire faite de beaucoup d’espoirs déçus notamment autour de la négociation de contrats, les Iraniens se montrent extrêmement difficiles en général, offrent des conditions économiques qui sont très peu rémunératrices.

Ainsi je pense que nous allons connaître un nouveau cycle de négociations entre les compagnies internationales, notamment européennes et américaines et l’Iran qui va vouloir obtenir des services technologiques de la part de ces compagnies qui elles, vont être beaucoup plus intéressées par des contrats très rémunérateurs du type contrat partagé de production que l’Iran sera très réticente à offrir. Ainsi, il y aura beaucoup d’intérêt pour l’Iran dans les mois qui viennent de ces compagnies mais je ne pense pas que cela se traduira par des accords très prometteurs. L’Iran va vouloir acheter simplement les services technologiques dont ils ont besoin pour remettre leur champ à niveau.

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