«les Etats-Unis ne veulent pas de coexistence pacifique avec l’Iran et la Russie»

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif© Carlos Barria Source: Reuters
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif

Les Etats-Unis ont testé une bombe atomique factice en plein milieu des négociations sur le programme nucléaire iranien. Une preuve de leur hypocrisie estime expert en géopolitique Soraya Sepahpour-Ulrich, dans une interview accordée à RT.

RT France : Que penser d’un pays si préoccupé par le programme nucléaire iranien, et qui teste sa propre bombe pendant une phase décisive des négociations?

Soraya Sepahpour-Ulrich : On peut sans aucun doute parler d’hypocrisie de la politique étrangère américaine. Mais si vous voulez passer du temps à dénoncer cette hypocrisie et cette politique du deux poids, deux mesures, cela ne plaira à personne y compris aux américains.

 Je pense qu’il faut bien comprendre que la politique étrangère américaine n’a pas changé depuis des décennies. En ce qui concerne l’Iran ou la Russie, les Américains n’ont jamais accepté l’idée d’une coexistence pacifique. La coexistence pacifique, c’est ce que cherchait en son temps à obtenir l’Union Soviétique, et c’est ce que Barack Obama prétend aujourd’hui rechercher dans le cas de l’Iran. Mais en réalité, cela signifierait pour Washington que l’adversaire a gagné la guerre sans confrontation militaire.  Or, ce que recherchent les Etats-Unis depuis des décennies, c’est l’hégémonie absolue.

RT France : Est-ce que cela pourrait influencer des négociations ? A votre avis, est-ce que l’Iran pourrait écouter et impacter les négociations sur cette étape cruciale ?

Soraya Sepahpour-Ulrich : Je ne pense pas que l’Iran apprécie la contrainte, pas plus que la Russie ou n’importe quel autre pays. Mais le fait est que si les Etats-Unis pouvaient en effet attaquer l’Iran et s’en tirer sans subir de dommage, on n’aurait pas négocié avec l’Iran. En fait, il y avait un projet d’attaquer l’Iran et dans lequel les Etats-Unis examinaient  ce qui se passerait en cas d’attaque. On est arrivé à la conclusion, que cela ne correspondait pas aux intérêts américains, d’attaquer l’Iran. Et c’est pourquoi les Etats-Unis ont repris les négociations. Mais je crois que les Etats-Unis voulaient intimider les pays impliqués.  Je ne pense pas qu’ils visaient seulement l’Iran mais aussi la Russie, la Chine, les pays européens sont aussi impliqués. Ils pensent si l’Amérique attaque l’Iran, l’Iran va riposter en  se défendant en bloquant le Détroit d’Ormuz, au bout d’un jour ou d’une semaine.  Et l’impact que cela pourrait avoir sur les marchés globaux, particulièrement européens et chinois - cela est inimaginable. Donc, je crois que les Etats-Unis veulent intimider leurs alliés et les forcer à ne pas collaborer avec l’Iran et à le contraindre au maximum.  Cela se passe depuis longtemps, et ce n’est pas lié uniquement à la situation actuelle. Nous avons besoin d’écouter  à ce que l’Iran demande.

RT France : Revenons aux négociations diplomatiques qui sont en cours. Les autorités américaines et européennes ont averti qu’il n’ y aurait pas de décision prise rapidement. Est-ce que l’on est dans une situation « accord ou pas accord » pour le moment ?

 

Soraya Sepahpour-Ulrich : Absolument. On maintient des objectifs poussés. Il y a eu des pourparlers à Lausanne, où on a abouti aux détails.  Les Etats-Unis ne font pas d’efforts, en formulant des demandes abusives à l’égard de l’Iran dans le but de les contraindre à se retirer des négociations et donc de leur faire porter la faute de l’échec de ces dernières. Les Etats-Unis, comme je l’ai déjà dit ne veulent, en réalité, pas aboutir à un accord sur le nucléaire iranien. Ils espèrent que l’ensemble des autres pays impliqués imposera de nouvelles sanctions. En fait, c’est plus avantageux pour eux d’exercer une telle pression sur l’Iran que la situation intérieure s’y dégraderait au point de provoquer un renversement du gouvernement par sa population. Ils vont donc agir de sorte à ce qu’il soit presqu’impossible pour l’Iran de subsister dans des conditions pareilles. D’autres  manœuvres politiques sont destinés à d’autres partenaires. Je crois, j’espère, que l’Iran en prendra conscience.

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