Robert Ménard : quand on ne protège pas les journalistes, c’est qu’il y a des choses à cacher

Robert Ménard, le fondateur de Reporters sans frontières, source : Wikimedia France
Robert Ménard, le fondateur de Reporters sans frontières, source : Wikimedia France

Dans un nouveau manuel de l’armée américaine on constate que les journalistes peuvent être qualifiés de «belligérants non-privilégiés» voire de terroristes. Selon le fondateur de Reporters sans frontières, c’est un mauvais coup porté à l’information.

RT France :Vous avez été journaliste, vous avez créé Reporters sans frontières, que pensez-vous du fait que l’armée américaine qualifie les journalistes de «belligérants non-privilégiés», ce qui donne le droit à ses militaires de tuer les journalistes s’ils en voient la nécessité ?

Robert Ménard : Je ne sais pas s’ils donnent ce droit-là, c’est théorique. Ce que je sais que chaque fois qu’on ne protège pas les journalistes dans les zones de guerre, c’est qu’on a des choses à cacher. C’est ça, la réalité. Chaque fois qu’on est attentatoire au statut privilégié des journalistes qui ne sont pas assimilables aux belligérants, jamais assimilables aux belligérants, c’est un mauvais coup porté à l’information. Je me souviens encore quand on a bombardé la télévision serbe à Belgrade pendant le conflit dans l’ex-Yougoslavie parce qu’on estimait que ce média était partie prenante de la guerre et donc on pouvait le bombarder. Chaque fois qu’il y a une prise de position comme ça, c’est qu’un des belligérants a envie de cacher une partie de la réalité d’un conflit, donc il faut s’y opposer bec et ongles, c’est essentiel. Je me souviens quand j’étais responsable de Reporters sans frontières, d’avoir fait adopter par le Conseil de sécurité une résolution sur la défense des journalistes dans les zones de guerre. Et tout ce qui menace leur protection, on sait que ça va être pour la liberté de l’information.

RT France : L’armée américaine est présente dans de nombreux théâtres d’opérations à travers la planète. Les journalistes pouvant théoriquement servir de cible, doivent-ils apprendre à se protéger de façon différente ?

Robert Ménard : Aujourd’hui je ne suis pas capable de fournir une analyse détaillée de ce que propose les Etats-Unis. Ce que je peux vous dire c’est qu’il faut se battre y compris au Conseil de Sécurité parce que la résolution qui a été votée il y a quelques années protège les journalistes dans les zones de guerre. Il faut faire en sorte pour que cette résolution ne soit pas un texte que personne ne respecte. Mais il faut mettre en place un mécanisme pour faire qu’elle soit respectée par tous les belligérants américains comme ceux qui ne le sont pas.

RT France : Vous parlez du Conseil de Sécurité des Nations Unies ?

RT France : Oui, une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a été votée à mon initiative quand j’étais le patron de Reporters sans frontières pour défendre les journalistes dans les zones de guerre. Le problème c’est que cette résolution n’est pas appliquée puisqu’il n’y a pas de mécanisme pour sanctionner les Etats qui ne la respecteraient pas. Il faut se battre pour mettre en place un mécanisme et j’espère qu’un certain nombre de pays le feront, en particulier les pays qui sont les membres permanents du Conseil de sécurité pour qu’il y un mécanisme qui protège les journalistes dans les zones de guerre. 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Social comments Cackle
Enquêtes spéciales