Maire de Calais : l'Europe ne comprend rien de ce qui se passe sur le terrain

Natacha Bouchart, maire de Calais, capture d'écran d'une vidéo de RT
Natacha Bouchart, maire de Calais, capture d'écran d'une vidéo de RT

Un migrant érythréen a péri lors d’un accident, trois sont partis pour le Royaume-Uni dans le coffre d’un bus écolier – le chaos à Calais se poursuit. Son maire a parlé à RT des mesures pour lutter contre la crise et a fustigé les actions de l’UE.

RT France : Vous avez critiqué le gouvernement de la Grande-Bretagne pour ne pas avoir donné d’argent pour résoudre la crise des migrants. Mais Londres n’a-t-il pas des obligations comme Etat-membre de l’Union européenne pour fournir de l’aide ?

Natacha Bouchart : Alors, oui, ils ont des obligations mais qu’ils ne sont en tous les cas pas en train d’honorer. On pourra peut-être nous dire qu’ils vont participer autour de 15 millions d’euros sur une période de trois ans. Il n’empêche que cet argent ne va pas aider en fait la collectivité. Il participe à accentuer les renforts au niveau de la frontière. L’aide que nous demandons, c’est une aide économique pour le préjudice causé par le dispositif qui est pris par le gouvernement britannique.

RT France : Selon vous, quel est le signal que la position de la Grande-Bretagne renvoie au reste de l’Union européenne ?

Natacha Bouchart : Un mauvais élève. Un mauvais élève c’est quelque chose en tous les cas que je retiens, et puis aussi profiteur. Profiteur par rapport à l’Union européenne, c’est-à-dire qu’on prend ce qui nous arrange et on néglige et on méprise ce que nous ne voulons pas.

RT France : Est-ce que les autres Etats-membres de l’Union européenne aident la France et le Calais à résoudre la crise des migrants ?

Natacha Bouchart : L’Europe en général n’est pas disposée et est très en arrière de toute cette problématique migratoire aujourd’hui. C’est une très grande hypocrisie, elle n’a pas pris suffisamment en compte ce qui arrive aujourd’hui alors que cela fait bien des mois que les élus comme moi dans ma collectivité mais aussi dans les collectivités de mes autre collègues maires dans les autre pays d’Europe ont envoyé des messages très forts en alertant, en demandant des réunions, des sommets, pour que nous, élus, qui vivons ça au quotidien, nous puissions être invités pour participer, expliquer. Parce qu’au niveau européen on ne comprend rien de ce qui ce passe sur les territoires et l’Europe se désengage totalement, nous n’avons plus aucune compensation financière pour l’image et le développement économique des territoires.

RT France : Quelles sont les mesures que les autorités françaises – y compris vous-même – prennent pour que ces migrants soient placés dans une bonne situation et pas dans un bidonville ?

Natacha Bouchart : Depuis janvier j’avais proposé la mise à disposition d’un centre d’accueil de jour, qui a été accepté par le ministre de l’Intérieur qui en assume le fonctionnement. D’un autre côté, un lieu est prévu pour que les migrants puissent y venir sans avoir cette crainte d’être expulsé. Depuis janvier ce dispositif fonctionne, on voit donc de fait dans le centre-ville de de Calais que les migrants sont beaucoup moins présents et on a aussi pu apporter une réponse humanitaire à l’accueil de jour. Bien évidemment, aujourd’hui la problématique c’est l’accueil de nuit, et je pense que le gouvernement de monsieur Cameron devrait ouvrir un centre de réfugiés sur son territoire.

RT France : Les autorités françaises vont bientôt fournir au bidonville des migrants à Calais de l’électricité et de l’eau courante, les migrants vont bien entendu l’apprécier. Mais ne pensez-vous pas que cela va tout simplement entraîner un appel d’air, un appel positif ?

Natacha Bouchart : L’appel d’air il est là, je pense que c’est un fantasme. On voit bien que les mouvements migratoires qui passent par l’Italie, on sait très bien qu’ils vont arriver ici. Donc, ce n’est pas un appel d’air, je dirais que c’est un geste humanitaire que nous entendons faire tout en ayant à côté la plus grande fermeté. Et dans cette grande fermeté il est important effectivement qu’il y ait des forces de l’ordre, qu’il y ait des règlementations, qu’un maximum des migrants demande l’asile parce que c’est comme ça qu’ils seront le mieux protégés, et pour terminer je rappelle que monsieur Cameron devrait ouvrir un centre de réfugiés pour contrôler lui-même la partie de migrants qu’il accepte ou pas.

RT France : Il y a des craintes croissantes que des criminels et probablement même des terroristes peuvent se mêler à la foule de migrants à Calais. Quelles mesures sont prises pour vérifier l’histoire et les intentions de tous ces gens ?

Natacha Bouchart : Après les événements il y a encore quelques minutes que nous venons de vivre, je dois dire qu’il y a une angoisse permanente dans l’ensemble du pays, mais on voit bien que ce sont malheureusement des cas isolés, des mini-bombes qui sont placées un peu partout en France ou ailleurs. Le risque zéro n’existe pas et j’espère en tous les cas que les services de renseignement sont encore plus vigilants sur le territoire de Calais bien évidemment de par de la multiplication des différentes nationalités qui sont présentes.

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