Rachid Nekkaz : «la France utilise la faiblesse du président algérien pour s’approprier son gaz»

Un homme politique algérien Rachid NekkazSource: Reuters
Un homme politique algérien Rachid Nekkaz

D’après le président du parti algérien «Mouvement pour la jeunesse et le changement», la visite de François Hollande en Algérie confirme que la France veut continuer à profiter impunément de ses ressources naturelles.

RT France : Comment interprétez-vous la visite de François Hollande en Algérie ?

Rachid Nekkaz (R. N.) : Je crois que la visite du président Hollande est une visite pour s’assurer que les contrats de gaz et de pétrole qui ont été signés avec l’Algérie vont être respectés alors que l’état de santé du président algérien est extrêmement préoccupant. S’il rend visite au président algérien, qui ne s’est plus adressé au peuple algérien et qui est invisible sur la scène politique nationale et internationale depuis deux ans, cela signifie que la France essaie de profiter de la faiblesse du président algérien et de l’absence de légitimité de son gouvernement pour continuer d’obtenir davantage de contrats à son avantage. Il faut savoir, par exemple, que 65% du gaz naturel du désert algérien à Adrar qui se trouve à 1400 km au sud d’Alger appartient à la France, c’est-à-dire que la France a accès à 68,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel jusqu’en 2043.

RT France : Pourquoi avez-vous protesté contre cette visite ?

R. N. : Etant donné l’état de santé plus que préoccupant du président algérien, je crois que la France exerce ce qu’on appelle un «terrorisme économique» à l’endroit du gouvernement algérien et que cela est inacceptable. Quand on voit que Total, un groupe français, exerce des pressions sur le gouvernement algérien pour exploiter des gaz de schiste, alors que l’exploitation de ces gaz est interdite en France, on comprend bien que la France essaie d’utiliser l’Algérie pour avoir à très bon prix à la fois du gaz et du pétrole. Encore un dernier chiffre : la France, par le biais du groupe EDF, avait fait pression sur le gouvernement algérien en utilisant sa filiale italienne Edison et a obtenu 30% de rabais sur le prix du gaz algérien en 2013. C’est la raison pour laquelle on a décidé au sein du parti politique que je préside, le «Mouvement pour la jeunesse et le changement», d’organiser à la fois un meeting avant-hier sur les Champs-Elysées contre la visite du président Hollande et hier en Algérie, dans la grande poste qui se trouve à Alger. Je crois que l’attitude de la France, qui est de profiter de la maladie du président algérien Abdelaziz Bouteflika, n’est pas une illustration du respect des droits de l’homme et du respect de la non-ingérence dans les affaires économiques de l’Algérie.

RT France : Certains médias français parlent de «lune de miel» pour qualifier les relations actuelles entre la France et l’Algérie. Partagez-vous cet avis ?

R. N. : La France est extrêmement contente d’avoir en Algérie un gouvernement qui est très faible et qui perd chaque jour un peu de sa légitimité. Je trouve cela inadmissible et inacceptable, et le peuple algérien ne l’accepte pas. Le peuple algérien refuse que la France exerce des pressions sur l’Algérie. Ces contrats qui sont favorables à la France et aux multinationales étrangères font perdre chaque année 15 milliards de dollars à l’Algérie. C’est énorme ! Il s’agit de l’équivalent du budget militaire algérien. C’est pourquoi notre parti demande à renégocier tous les contrats avec les multinationales françaises et étrangères de façon à imposer une nouvelle clé de participation, c’est-à-dire 75% pour l’Algérie et 25% pour les partenaires étrangers.

Nekkaz demande le soutien moral de l'Armée pour récupérer les 15 milliards de $ par an de pertes dues aux contrats gaz...

Posted by ‎رشيد نكاز Rachid Nekkaz‎ on 3 Июнь 2015 г.

Je crois que la solution serait de créer un partenariat entre l’Algérie et la Russie pour mettre en place une organisation de pays producteurs de gaz naturel pour mieux contrôler le marché du gaz, notamment à destination de l’Europe, et pouvoir ainsi garantir un niveau de prix qui soit satisfaisant à la fois pour développer les économies des pays producteurs de gaz et en même temps pour empêcher la baisse vertigineuse des prix car, vous le savez, ils sont indexés sur celui du pétrole. Moi, je demande, au sein du parti politique que je préside, la mise en place d’un «OPEP» du gaz avec notamment pour leaders la Russie et l’Algérie.

RT France : Cette visite, est-ce qu’elle peut vraiment changer quelque chose dans les relations franco-algériennes ?

R. N. : Je crois que cette visite va augmenter le désamour du peuple algérien à l’égard du président français parce que les Algériens savent que la France est en train de profiter de la maladie du président Bouteflika pour à nouveau augmenter sa puissance économique. Le président Hollande a fait aussi une déclaration qui a été très mal perçue en déclarant : «le président Bouteflika va bien». Le peuple algérien sait très bien que son président va extrêmement mal. La société algérienne a qualifié cette déclaration de retour du colonialisme français sur l’Algérie qui ne peut pas admettre cette ingérence du président français dans ses affaires intérieures. Le peuple algérien n’accepte pas que le président français lui donne des nouvelles concernant leur président, alors que les Algériens savent qu’il ne décide de plus rien depuis deux ans et que c’est la France qui possède un pouvoir économique sur Algérie.

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