Introduction des «salles de shoot» : appel à l’addiction ou mesure de santé publique ?

Les instruments pour la consommation de droguesSource: Reuters
Les instruments pour la consommation de drogues

L’introduction des «salles de shoot», prévue par un projet de loi santé déjà adopté en première lecture, divise l’opinion publique. RT France a interrogé deux experts en la matière sur les bénéfices et les risques de ce programme.

Certains estiment que c’est une importante avancée, d’autres dénoncent ces centres qui «ne feront qu’encourager les consommateurs»… L’adaptation de l’expérience étrangère de la «salle de shoot» reste une mesure controversée qui n’est pas au goût de tous. Mais pour Laurent Karila, addictologue et porte-parole de l’association «SOS Addictions», les «salles de consommation à moindre risque», comme il préfère les appeler, sont surtout un moyen d’aider les gens qui sont sévèrement dépendants.

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«Je crois que c’est extrêmement important pour cette population, qu’on voit très peu à l’hôpital voire quasiment jamais, qui pourra désormais avoir un accès aux premiers soins. Ça sert comme une première passerelle vers les soins finalement», souligne l’addictologue. De plus, des conditions de consommation plus décentes vont contribuer à la réduction des risques, «surtout du risque de VIH et d’hépatite C», continue l’expert.

En citant le rapport de l’Inserm en France, Laurent Karila rappelle que les salles de shoot ont été introduites avec succès dans de nombreux pays comme le Canada et l’Allemagne, un argument de plus pour les partisans du projet en France.

Malgré tout cette mesure connait aussi des détracteurs. Il est vrai que les opposants les plus fervents à cette nouvelle initiative sont les habitants des quartiers concernés, qui craignent notamment que ces centres attirent beaucoup de drogués et que les dealers gravitent autour. Cependant, toujours selon Laurent Karila, les salles «réduisent le bruit ambiant [et la probabilité de] scènes de consommation anarchiques dans la rue», contribuant ainsi à l’apaisement de l’atmosphère dans le quartier.

Mais tout le monde n’est pas d’accord avec cette analyse. Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la Drogue, estime au contraire que les salles de shoot sont un encouragement à la consommation.  «Si vous voulez soigner un toxicomane, il faut surtout tout faire pour qu’il ne consomme pas», note l’activiste, rappelant que ces centres ne pourront pas changer complètement la vie des toxicomanes : «Les salles de shoot ne seront pas ouvertes 24h sur 24 : elles vont fonctionner de 9h à 17- 18h. Le reste du temps, le toxicomane continue à se shooter, dans la rue ou dans les parkings, ce qui veux dire qu’absolument rien ne va changer».

Dans son livre «Salles de shoot : ce qu’ils refusent de vous dire», Serge Lebigot a fait une synthèse de diverses études qui démontrent l’inefficacité de ces dispositifs. En guise d’exemple, il cite la première salle de shoot légale qui a été ouverte en France en 1994 à Montpelier : même si cette salle a été proclamée «réservée aux adultes», un enfant de 16 ans qui y a été admis a fait une overdose. «La salle de shoot a été fermée après, mais les responsables n’ont pas été condamnés, ce que je trouve particulièrement scandaleux», s’exclame le militant.

Serge Lebigot rappelle que la salle sera placée à proximité d’un hôpital, ce qui débouchera selon lui sur d’inévitables agressions des patients par des toxicomanes en quête d’argent pour s’acheter de la drogue. De plus, hors de la portée des policiers, ils pourront consommer et s’adonner au trafic de drogue en même temps.

Même si les points de vue des deux commentateurs divergent radicalement sur les réponses à apporter à l’addiction des adultes, ils sont parfaitement d’accord sur les moyens de prévention de toxicomanie chez les jeunes.

Selon Laurent Karila, il faut organiser «des campagnes de prévention massive avec des messages très ciblés qui doivent être répétés comme des vaccins», ce dont s’occupe justement son association, mais aussi d’aider les personnes en souffrance.

 «Le plus important dans la lutte contre la drogue, c’est faire de la prévention, ce qu’on ne fait absolument pas en France. La prévention dans les écoles, dans les entreprises, à tous les niveaux», déclare Serge Lebigot, ajoutant que l’idéologie française actuelle de «tout libéraliser» a des conséquences néfastes.

Mais finalement, qu’on choisisse d’informer ou d’interdire, de soigner ou de «sécuriser la consommation», comme l’a formulé l’addictologue, «il y a un vaste programme à mettre en place, c’est un vaste chantier, et il faudrait qu’il y ait des assises nationales sur les addictions».

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