Latifa Bennari : les pédophiles ont besoin d’aide mais n’en trouvent pas

L’association nationale de prévention et d’information concernant la pédophilie l’Ange Bleu
L’association nationale de prévention et d’information concernant la pédophilie l’Ange Bleu

Latifa Bennari, présidente de l’association nationale de prévention et d’information concernant la pédophilie l’Ange Bleu, estime que le gouvernement français ne prête attention qu’aux victimes parce que c’est «politiquement correct».

Avec l’Ange blue, Latifa Bennari pratique depuis 13 ans une méthode qui a pour but d’aider les pédophiles à gérer leurs problèmes. Contrairement à ce que pense l’opinion publique, un pédophile «n’est pas forcément quelqu’un qui est passé à l’acte». Elle définit la pédophilie comme «une attirance sexuelle ou émotionnelle ou amoureuse envers des enfants de moins de 13 ans mais cela ne constitue ni un délit ni un acte».

Il demeure que les médias popularisent l’idée que tous les pédophiles sont des délinquants. Mais «souvent pendant des années, ils restent abstinents», a-t-elle fait remarquer. Et ce sont justement à ceux qui ne sont jamais passés à l’acte que Latifa Bennari et l’Ange bleu apportent leur aide et leur soutien.

Latifa Bennari, qui est une ancienne victime de pédophile, tâche de sauver ces gens qui se trouvent dans une situation délicate car la majorité d’entre eux ne savent pas où ils peuvent s’adresser pour trouver de l’aide ou un soutien. Elle constate que les pédophiles sont bien souvent «solitaires car même s’ils sont mariés, même s’ils ont des amis, ils ne peuvent pas avouer ce qu’ils ressentent. Et ce n’est pas un choix», explique Latifa Bennari.

«Il faut savoir que beaucoup, beaucoup de pédophiles souffrent de cette attirance et cherchent de l’aide mais n’en trouvent pas», déplore la présidente de l’Ange Bleu. «Tous les pédophiles qui sont passés à l’acte m’ont dit que s’ils avaient pu être écoutés, ils ne seraient jamais passés à l’acte», révèle la fondatrice de l’Ange bleu. Pour elle, c’est pour cette raison que le gouvernement doit attirer l’attention sur ce problème de nos sociétés modernes, mais on ne l’entend pas. A ses yeux, «il faut chercher à poursuivre et à punir les producteurs de vidéos et de sites internet à caractère pédophile pour enrayer la maltraitance sexuelle».

C’est pour cette raison qu’en 2011, elle a déposé une plainte pour téléchargement de matériaux avec actes sexuels explicites sur des enfants mais «à ce jour, aucune nouvelle de la justice française par rapport à cette plainte», déplore l’intéressée qui explique cette situation par le fait que «les autorités françaises se focalisent sur la récidive. Mais pour qu’il y ait récidive, il faut qu’il y ait un crime».

De son côté, le gouvernement français se cache derrière le «politiquement correct». Selon les propos de Latifa Bennari, elle sent une certaine duplicité de l’Etat. D’un côté, elle est reçue chaque année ou presque dans les cabinets des ministres mais ce n’est pas pour autant que les choses changent. Ni les médias, ni le gouvernement n’apportent de l’aide à d’autres personnes qu’aux victimes.

«L’Etat connaît mon action depuis la création. Je dirais presque chaque année je suis reçue au cabinet des ministres et à chaque fois c’est la même chose. J’ai un énorme paquet de soutiens écrits. J’ai rencontré plusieurs chefs de cabinets de ministères, des députés. Il y en a quelques-uns qui approuvent publiquement ce que je fais mais les autres se cachent derrière le politiquement correct. C’est-à-dire, dans l’intimité, dans un bureau, on va me dire c’est très bien ce que vous faîtes. Continuez votre travail, c’est vraiment la vraie prévention. Mais lorsque je rentre chez moi, il n’y a que mon mari ou bien quelques donateurs spontanés qui m’aident à sortir la tête de l’eau», a-t-elle déclaré.  

Bien évidemment, l’aide bénévole nécessite un minimum de fonds. Des fonds que les autorités rechignent à lui verser.

«Vous voyez je travaille chez moi, je n’ai même pas les moyens d’engager une secrétaire ou de former d’autres bénévoles parce que cela nécessite énormément de temps et d’investissement pour former les gens à une écoute spécifique. Il ne suffit pas d’écouter, il faut aussi apporter des solutions, des réponses, gérer les urgences, gérer les émotions, gérer les tentatives de suicide», regrette-t-elle.

Le gouvernement axe son discours sur ce que les victimes veulent entendre, alors qu’il faudrait agir en amont, c’est-à-dire, éviter que quiconque devienne victime.

«C’est tellement constructif et c’est tellement intelligent de chercher d’autres pistes, de réfléchir à un meilleure solution, de prendre une mesure différente et alternative pour éviter qu’un pédophile ne passe à l’acte. Mais ils ne le font pas. Il n’y a pas vraiment de volonté pour prévenir un passage à l’acte, le premier passage à l’acte. On a toujours focalisé la prévention sur la récidive», déplore Latifa Bennari.

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