Yves de Kerdrel est directeur de la publication de Valeurs Actuelles et directeur des publications du groupe Valmonde. Editorialiste au Figaro, chroniqueur à I-Télé et à Radio-Classique.

La guerre des crèches en dit long sur la perte de nos repères

Le marché de Noël de Strasbourg Source: Reuters
Le marché de Noël de Strasbourg

Les crèches relèvent autant de la tradition que de la croyance, du culturel que du cultuel, estime le directeur de la publication Valeurs Actuelles Yves de Kerdrel.

Tout est parti d’un mémorandum rédigé par l'Association des maires de France (AMF), que préside l’ancien Ministre François Baroin, sénateur-maire de Troyes et publié cinq jours après les attentats du 13 novembre. Ce texte destiné à tous les maires de France explique que «la présence de crèches de Noël dans l'enceinte des mairies n'est pas compatible avec la laïcité». Ce n’est pas par hasard si cette association a pris une telle initiative. Mais tout simplement parce que depuis quelques années, et notamment l’an passé, de nombreuses mairies ont installé des crèches dans leur hall d’entrée ainsi que des sapins de Noël. Ce qui a conduit à des contestations en justices par des associations laïcardes.

Comme l’aurait dit Montesquieu il y a la loi et l’esprit de la loi. La loi en France sur ce sujet remonte à 1905 et fait de notre pays un état laïc avec une séparation complète de l’église et de l’Etat. Mais laïcité ne veut pas dire négation ou interdiction. La laïcité c’est d’abord et avant tout le respect de chaque croyance et la cohabitation intelligente des différentes religions. C’est ce fragile équilibre qui existe donc en France depuis un peu plus d’un siècle. Et depuis 1905 il y a toujours eu des crèches dans les lieux publics, d’abord parce qu’elles n’offensent en aucune manière ceux qui ne croient pas à la nativité. Ensuite et surtout parce que les crèches relèvent autant de la tradition que de la croyance, du culturel que du cultuel. Comme la splendeur d’une Cathédrale, la majesté d’un Versailles ou la simplicité d’une abbaye cistercienne, elles sont un morceau de notre civilisation judéo-chrétienne. Et vouloir les ranger au magasin des accessoires par «peur» de provoquer une population musulmane est un acte de soumission idiot. 

Voilà pourquoi en dépit de la circulaire de l’Association des Maires de France, il n’y a jamais eu autant de crèches, cette année, exposées dans des lieux publics. Et c’est une bonne chose qu’une majorité de Français tiennent à ces traditions millénaires qui valent mieux que le Père Noël où l’obsession consumériste des fêtes. Le plus absurde dans cette bataille entre tenants d’une laïcité intelligente et laïcards furieux qui attaquent en justice la moindre crèche, est le sort réservé aux sapins de Noël. Cette tradition est présente partout y compris dans la cour de l’Elysée, les ministères, le Parlement voire les tribunaux. Ce qui est parfait. Et personne ne s’en étonne. Pourtant il n’y a pas plus religieux que le sapin de Noël qui nous vient des écritures saintes et symbolise «l’arbre de vie» qui demeure toujours vert quand tous les autres arbres ont perdu leurs feuilles. C’est dire si cette bataille sur les crèches est une absurdité typiquement française organisée par des citoyens qui ignorent tout de leur histoire, de leurs traditions et de leur culture, mais ne voient aucun inconvénient à ce que les musulmans imposent les leurs par la force.

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