Vote de l’état d’urgence : «il ne faut pas perdre les pédales»

Le Premier ministre français Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazneuve pendant les débats à l'Assemblée Nationale Source: Reuters
Le Premier ministre français Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazneuve pendant les débats à l'Assemblée Nationale

Isabelle Attard, députée du Calvados, fait partie des six élus qui ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence suite aux attentats de Paris le 13 novembre. RT France a demandé à Ia députée les raisons de sa position.

RT France : Pourquoi avez-vous voté contre la prolongation de l’état d’urgence ?

Isabelle Attard : J’ai estimé, au vu de tous les textes qui existent en France, que ce n’est pas nécessaire. Nous avons déjà tous les outils et toutes les lois, toutes les possibilités de faire exactement la même chose en France et on aurait dû le faire bien avant – il y a des mois, voire des années.

RT France :Pourquoi il y a eu seulement six personnes à avoir voté contre cette loi ?

Isabelle Attard : Nous sommes actuellement dans un état d’esprit en France de surenchère guerrière, c’est à celui qui parle le plus violemment «on va faire la peau à Daesh, on va bombarder tout le monde» – on est dans un discours terriblement angoissant. On rajoute de la peur à la peur, on rajoute un discours guerrier partout et finalement quand on est à l’Assemblée et si on ose émettre une parole différente – «trouvez les vrais causes des attentats, essayons d’assécher les sources du financement de Daesh, plus de coopération internationale, donnons les moyens à la justice de travailler avec des postes supplémentaires», on est vu d’un œil bizarre et très agressif. Je pense que j’ai beaucoup de collègues qui partagent mon point de vue malgré tout et qui ont néanmoins voté pour parce qu’il y a une terrible pression politique et gouvernementale.

RT France :Quels sont les moyens à la disposition du gouvernement pour lutter contre le terrorisme ?

Isabelle Attard : Le fait de pouvoir faire des perquisitions de jour comme de nuit, de faire des assignations à la résidence, de renvoyer les imams salafistes d’où ils viennent, de dissoudre les associations qui portent atteinte à la sécurité des Français – tout ça, c’est déjà possible avec l’aval d’un juge. Et c’est normal de faire valider ce genre de choses par un juge. C’est l’une des privations des libertés, c’est un acte fort, grave. On ne laisse pas un gendarme ou policier décider tout seul d’aller perquisitionner chez n’importe qui. Ce que je combats c’est le fait de décider en 72 heures de se passer d’un juge, laisser faire aux services de renseignement et à la police faire tout sans justification ou explication. Entre le moment de l’annonce au Congrès de Versailles par François Hollande qu’il va y avoir une prolongation de l’état d’urgence et le vote d’aujourd’hui, il n’y a eu que 72 heures. Une loi aussi importante que la modification de l’état d’urgence et sa prolongation en un si court délai alors que François Hollande nous avait promis qu’il ne fallait pas voter dans l’urgence et dans l’émotion. C’est exactement ce qui s’est passé. Et comme cerise sur le gâteau – on va modifier la Constitution également dans l’urgence et dans l’émotion. C’est incroyable. C’est indigne de la personne politique, indigne du parlementaire d’adopter une telle loi de telle façon.

RT France :Que fallait-il faire ?

Isabelle Attard : Quand il y a eu un carnage en Norvège commis par Andreas Breïvik, l’état d’urgence n’a pas été décrété et le Premier ministre norvégien a fait un discours de paix et de raison. S’il y a eu un carnage en France, il ne faut pas perdre les pédales, agiter ses petits bras, taper sur ses biscoteaux  et dire nous sommes une cible, nous allons faire la guerre – c’est la première des choses. Ca frise le ridicule. Ce qu’on aurait dû faire c’est remettre des postes à la justice, dans le renseignement et la police – des moyens humains. Si aujourd’hui on arrive à faire 150 perquisitions par jour – pourquoi hier on ne pouvait pas les faire ? On ne fixait pas comme une priorité aux gendarmes et au renseignement «faites des perquisitions et arrêtez tout le reste» alors qu’on pouvait le faire. On avait tous les moyens mais pas assez de personnes sur le terrain. Je regrette que le gouvernement ne nous ait pas écoutés lorsqu’au moment de l’adoption de la loi renseignement et la loi anti-terroriste on demandait plus de moyens. Je demandais plus de moyens humains pour assurer ces recherches parce que la menace terroriste ne date pas d’hier. Aujourd’hui, l’Etat pourrait faire la même chose sans rajouter la peur sur la peur. 

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