Romain Caillet : «Le courant djihadiste est mieux implanté en Belgique»

Des fleurs et des bougies à proximité des lieux des attentats, place de la République Source: Reuters
Des fleurs et des bougies à proximité des lieux des attentats, place de la République

Chercheur et consultant sur les questions d’islamisme, Romain Caillet a répondu aux questions de RT France au fil du déroulement de l’enquête sur les attentats terroristes perpétrés le 13 novembre à Paris.

RT France : Est-ce que les attentats qui se sont passés à Paris le 13 novembre, vous paraissent particulièrement frappants et représentent-ils des nouveautés par rapport à d’autres attentats de ce type ?

Romain Caillet : C’est la première fois que des djihadistes-kamikazes attaquent équipés de ceintures explosives, au-delà du carnage qui est le plus terrible de l’histoire du terrorisme en France, tous types de logique confondus. Depuis l’anarchisme au XIXème siècle, c’est la première fois qu’il y a un bilan aussi atroce. Donc, effectivement, il y a beaucoup de choses qui sont nouvelles et que les Français ne connaissaient pas.

RT France : Pourquoi est-ce que des attentats d’une telle ampleur et d’une telle atrocité ont pu se passer en France ?

Romain Caillet : Il ne faut pas surestimer les capacités des services de renseignement. Cela aurait pu se passer dans n’importe quelle ville d’Europe Occidentale ou en Russie. Il y a beaucoup de francophones qui connaissent la France qui sont partis en Syrie, des Français... D’ailleurs, si l’on regarde le ratio par rapport à la communauté musulmane en France et celui en Belgique, il y a beaucoup plus de Belges que de Français qui sont partis. Or, dans l’absolu, il y plus de Français, mais proportionnellement, il y a beaucoup de Belges. Donc, des Belges et des Français c’est quand même une population francophone qui est capable de fournir des renseignements à Daesh afin de perpétrer un attentat majeur en France. Mais, cela aurait très bien pu se passer à Londres, un attentat de grande ampleur perpétré par des djihadistes anglais. Et puis, il faut quand même rappeler que cela fait 21 ans qu’il n’y avait pas eu d’attentat majeur en France. Avant les attentats commis par Mohammed Merah et ceux commis simultanément par les frères Kouachi et Coulibaly le 7 janvier, il n’y avait pas eu d’attentat de cette ampleur en France. Madrid avait été frappé : 191 morts. Londres aussi, la Russie a également connu des attentats terribles, donc, il était inévitable que cela arrive.

RT France : Le plan Vigipirate et d’autres mesures de sécurité mises en place par le gouvernement sont-elles efficaces ?

Romain Caillet : Il peut y avoir plus de sécurité avec les mesures draconiennes qui vont être prises, mais cela empiétera certainement sur les libertés publiques. Donc, en temps de guerre ou pendant quelques mois je pense qu’il y aura une unanimité de l’opinion publique pour des mesures extrêmement restrictives, mais sur le long terme, est-ce que l’opinion publique acceptera de rogner ses libertés pour plus de sécurité ? C’est une question. Je ne suis pas sûr que sur le long terme on puisse éternellement avoir des mesures extrêmement draconiennes en termes de sécurité. 

RT France : Selon les données de l’enquête préliminaire, une partie des terroristes, dont l’organisateur, viennent de Belgique. Pourquoi ?

Romain Caillet : Parce que justement, la Belgique est moins en alerte sur les questions de terrorisme. Les services de renseignements belges sont moins compétents que les services de renseignements français et ils surveillent moins, c’est la première chose. Deuxièmement, proportionnellement à la communauté musulmane locale, il y a beaucoup plus de Belges que de Français qui sont partis. Donc le courant djihadiste est mieux implanté en Belgique qu’en France. Ensuite, il y a des éléments qui nous manquent dans l’enquête. On ne connaît pas la composition du commando, on ne connaît pas les différentes nationalités. Il se pourrait qu’il y ait des individus de nationalités dont la diaspora est mieux implantée en Belgique qu’en France.

RT France : La France est membre de la coalition qui lutte contre Daesh en Syrie parmi d’autres pays occidentaux. Pourquoi attaquer la France ?

Romain Caillet : C’est la France qui a été frappée parce que les terroristes ont pu frapper en France. Le prochain attentat aura peut-être lieu en Angleterre ou en Allemagne. Tous les pays de la coalition sont menacés. Et si la France a été frappée, c’est tout simplement par ce qu’il y avait l’opportunité de le faire. Il était possible de monter une opération de cette façon. Mais il y aura probablement un attentat à Londres, en Angleterre, ou en Allemagne dans les années qui viennent mais je ne l’espère pas, bien évidemment. Ce n’est pas une question qui me semble pertinente dans cette affaire.

RT France : Et quelle est-elle alors ?

Romain Caillet : Le plus important pour moi, en tant qu’observateur, c’est de savoir quelle est la composition du commando. Parce que ce n’est pas la même chose si on a une majorité de Français, ou si c’est quelques Français qui ont été encadrés par des djihadistes. Je serais impressionné si cette opération n’avait été menée que par des djihadistes français. Cela voudrait dire que des Français se sont hissés à ce niveau de professionnalisme en matière de terrorisme. Mais, la question est de savoir s’il s’agit en majorité de Français, ou s’il s’agit de Français, qui n’ont peut-être même pas été en Syrie et qui auraient été encadrés par des djihadistes d’autres nationalités beaucoup plus professionnels, qui vivent sur des terres connues comme terres du djihad. Là, on ne sait pas. Ce pourrait être des Syriens, des Iraquiens ou des Caucasiens. Il y a un certain nombre d’éléments qui m’échappent. Et pour moi, le plus important, c’est d’avoir la composition de ce commando de kamikazes. On va vérifier si la menace vient véritablement de l’intérieur, ou si la menace vient en partie de l’intérieur et en partie de l’extérieur. 

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