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Kiev devra reconnaître des «réalités territoriales déjà établies», prévient Zakharova

Dans une interview non-publiée donnée au média espagnol ABC, la porte-parole de la diplomatie russe a estimé que l'indépendance des républiques du Donbass était une réalité que l'Occident devrait reconnaître pour parvenir à un éventuel accord.

Dans une interview au quotidien espagnol ABC publiée uniquement sur le site du ministère des Affaires étrangères russe le 4 mai, Maria Zakharova est revenue sur les pourparlers avec l'Ukraine – qui se poursuivent à distance – et les difficultés qui pèsent sur les discussions. Selon la porte-parole de la diplomatie russe, une condition-clé à la signature de tout accord résidera dans la reconnaissance, par «Kiev et les autres pays», des «réalités territoriales déjà établies», à savoir le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014, mais aussi l'indépendance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, que Moscou a reconnue quelques jours avant le lancement de son offensive militaire fin février.

D'après la porte-parole, ces Républiques doivent être considérées comme des Etats à part entière. «Nous devons respecter le choix légitime et conscient des peuples et leur droit à l'autodétermination, inscrit dans la Charte des Nations unies», a-t-elle développé.

D'après Maria Zakharova, ces «réalités territoriales» sont «le fruit de la politique des autorités de Kiev elles-mêmes», dans le prolongement de ce qu'elle a qualifié de «coup d'Etat néonazi en 2014», à la suite duquel les républiques de l'est ukrainien avaient fait sécession, refusant de reconnaître les nouvelles autorités de Kiev. Selon la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, en ne respectant pas les accords de Minsk négociés en 2015, puis en bombardant les populations civiles du Donbass, les autorités ukrainiennes n'ont pas laissé d'autre choix à la Russie que de reconnaître l'indépendance des deux républiques populaires autoproclamées le 21 février, puis de lancer une «opération militaire spéciale» pour «dénazifier» et «démilitariser» l'Ukraine le 24 février.

Une interview non-publiée qui équivaut à une «censure», selon Moscou 

Le ministère russe des Affaires étrangères précise que l'interview de Maria Zakharova avait été sollicitée par le quotidien espagnol le 30 mars auprès de l'ambassade russe à Madrid, une demande qui a été acceptée. Or, le 3 mai au soir, la rédaction d'ABC a informé la partie russe que l'interview ne serait pas publiée «dans ce format».

Moscou s'est étonné de cette annonce, dénonçant l'absence d'«explication logique à cela, puisqu'il est évident que le format électronique de publication n'a pas de limites quant au nombre de mots, de caractères ou de caractères imprimés». Le ministère des Affaires étrangères a estimé, dans un communiqué paru le 4 mai, qu'il n'y a «aucun doute qu'il existe un fait de censure non déguisée» dans cette décision du quotidien, pourtant «l'un des journaux les plus influents et les plus anciens d'Espagne», et a décidé de publier cette «interview manquée».

Dans les semaines ayant suivi le début de l'opération militaire russe en Ukraine, Vladimir Poutine avait souligné que les combats s'arrêteraient quand Kiev accepterait les demandes russes concernant la neutralité et la «démilitarisation» de l'Ukraine, ainsi que la reconnaissance de la souveraineté de Moscou sur la péninsule de Crimée, rattachée à la Russie en 2014, et l'indépendance des républiques du Donbass.

Soutenu par les pays occidentaux, Kiev, qui dénonce pour sa part une guerre d'invasion menée par la Russie, n'a pour l'heure pas accédé à ces demandes. Fin mars, le président ukrainien avait affirmé sa volonté de négocier, estimant qu'un échec des négociations serait synonyme de «troisième guerre mondiale». «Il est temps de nous réunir. Il est temps de discuter. Il est temps de restaurer l'intégrité territoriale et la justice pour l'Ukraine», avait-il encore fait valoir. Pour l'heure, aucune solution politique au conflit n'a pourtant été trouvée.