L’alliance Ukraine-Europe de plus en plus critiquée

Les analystes parlent d'un sentiment eurosceptique grandissant aux Pays-Bas. © Capture d'écran du site www.arte.tv
Les analystes parlent d'un sentiment eurosceptique grandissant aux Pays-Bas.

Alors que l’accord d’association entre Kiev et Bruxelles devrait rentrer en fonction au 1er janvier 2016, des voix s’élèvent pour le dénoncer. Et ce, dans les deux camps.

C’est le rêve de Petro Porochenko. Le milliardaire, président de l’Ukraine, a toujours oeuvré au rapprochement entre Kiev et de l’Europe. Déjà, en 2010, alors qu’il officie en tant que ministre du Commerce et du Développement, il déclare «travailler au rapprochement de l’Ukraine et de l’UE.»

Lors de la campagne qui l’a porté à la présidence, il a promis au peuple ukrainien des lendemains qui chantent. L’accord, qui rapprochera économiquement et politiquement son pays et l’Occident devrait apporter prospérité et confiance dans l’avenir. Selon lui...

Mais là ou le bat blesse, c’est que dans les deux camps, on commence à critiquer sévèrement le texte. Si le volet sur les tarifs douaniers est déjà appliqué de manière unilatérale par Bruxelles (suite à une décision prise aux lendemains de l’Euro Maïdan), la mise en place effective de l’accord au premier janvier 2016 ne sera, en l’état actuel, que temporaire. En effet, sa ratification permanente dépend de l’accord des différents parlements européens. Et pour l’instant, tous ne l’ont pas donné.

Des craintes pour les affaires

Certains acteurs économiques se plaignent d’un climat peu attrayant pour le business. Une administration peu compétente et en proie à la corruption par exemple. Pire, le système juridique. Dominique Menu, reponsable du bureau de représentation de la BNP à Kiev, se montre inquiet à ce sujet : «Il est parfois impossible de faire valoir ses droits et vous pouvez même être condamné pour diffamation, quand vous attaquez un partenaire qui n’a pas respecté ses engagements contractuels.»

Autre point d’achoppement, la situation économique exsangue. L’Ukraine a déjà dû faire appel au FMI à plusieurs reprises pour ne pas se retrouver en défaut de paiement. Au mois d’août dernier, malgré l’accord sur la restructuration de sa dette, l’agence de notation Fitch a assimilé ce dernier à un défaut de paiement.

Kiev doit notamment plusieurs milliards d’euros à Moscou. Récemment, Vladimir Poutine a proposé au FMI de prêter quelques trois milliards de dollars à l’Ukraine pour qu’elle puisse enfin solder les comptes.

En dehors d’un climat peu propice aux affaires, la situation interne est préoccupante. Toujours en proie à un conflit avec les Républiques séparatistes de l’Est, les mouvements ultra-nationalistes se font entendre toujours plus fort. Pas plus tard qu’hier, environ 2 000 membres du parti Svoboda et de la milice Pravy Sektor ont manifesté à Kiev. Ils fêtaient le 73ème anniversaire de la création de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne de Stepan Bandera, complice des nazis durant la seconde guerre mondiale.

Alliés des pro-européens, désormais au pouvoir, au début du conflit, il semble que les relations entre Kiev et ses ex partenaires se tendent fortement depuis des mois. En juillet dernier, des membres de Pravy Sektor ont été impliqués dans une fusillade avec la police déclenchant l’ire du gouvernement.

Du côté de l’Ouest aussi

En Europe, les critiques dont l'Union européenne est régulièrement la cible jouent également un rôle. Et l'accord Ukraine-UE se retrouve donc dans le viseur des eurosceptiques néerlandais. Ils appellent leurs compatriotes aux urnes pour leur demander leur avis. 

Depuis le 1er juillet, une loi prévoit l’organisation de référendum dans le cas où 300 000 citoyens en signent la demande. Cela tombe bien, ils ont été 427 939 à le vouloir. «Un référendum sera organisé dans les six mois» a prévenu le Conseil électoral mercredi.

Trois groupes à l’origine

Les citoyens demandeurs ont été coordonnés par trois groupes eurosceptiques. C’est Jan Roos, animateur du blog «GeenStijl» («pas de style», en néerlandais) qui a géré cette campagne. Son site internet, qualifié de provocateur et populiste par ses adversaires politiques, se défend de toute europhobie et affirme vouloir offrir «la possibilité de voter pour ou contre une plus grande expansion européenne».

Les analystes voient dans l’événement la montée d’un sentiment eurosceptique dans ce pays qui demeure la cinquième économie de la zone euro.

Rudy Andeweg, professeur de sciences politiques à l'université de Leiden, va dans le même sens : «La campagne pour le référendum contenait plusieurs messages, dont certains très eurosceptiques».

Un référendum non contraignant

Pour qu’il soit valide, le référendum doit attirer plus de 30% des votants. Mais de toute façon, il ne devrait rien changer. Sa nature n’étant pas contraignante pour le gouvernement et le Parlement.

Mais au-delà du caractère législatif, c’est le message qui compte. Les électeurs qui ne portent pas l'Union européenne dans leurs coeurs devraient se mobiliser en masse et ainsi envoyer un signal fort au gouvernement. 

L’allié de Marine Le Pen au Parlement européen, Geert Wilders, devrait mobiliser les élécteurs de son parti pour la liberté (PVV). L’homme politique connaît actuellement un regain de popularité après ses propos contre les réfugiés.

Petro Porochenko ne peut donc pas crier victoire. Si le chemin vers la ratification définitive de l'accord semble bien dégager, il reste quelques embuches. 

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