Le programme d'enlèvement de la CIA, l'ex-espionne qui accuse

Sabrina De Sousa (capture vidéo You tube)
Sabrina De Sousa (capture vidéo You tube)

Une Américaine arrêtée à Lisbonne, un enlèvement d'un terroriste présumé à Milan, la CIA et Al Qaïda en prime, voici les ingrédients d'une histoire abracabrantesque. Sauf que tout est réel et touche aussi aux méthodes de la CIA contre le terrorisme.

Sabrina De Sousa, ancien agent de la CIA, a été arrêtée à l'aéroport de Lisbonne sur la base d'un mandat d'arrêt international. Elle avait été condamnée par contumace avec 21 autres membres de l'agence et un colonel de l'Armée de l'air, pour leur implication dans la tentative d'enlever un présumé membre d'Al-Qaïda en Italie en février 2003.

C'était là les premières condamnations d'agents du renseignement américains impliqués dans le très controversé programme de détention et d'interrogatoire de la CIA. Pourtant, Sabrina De Sousa a toujours clamé son innocence.

Le programme dit de restitution

Longtemps, elle a prétendu n'avoir eu tenu aucun rôle dans l'enlèvement par la CIA d'un homme suspecté de liens avec le terrorisme. A l'époque, son poste de couverture était celui de diplomate américaine à Milan. Si elle reconnait avoir bien servi d'interprète à l'équipe de la CIA qui avait planifié l'enlèvement, elle prétend avoir été tenue à l'écart de l'opération. 

Cependant, selon la justice italienne, ce serait elle qui aurait fourni les faux documents nécessaires à l'enlèvement d'Abou Omar ainsi qu'à son transport par l'US Air Force vers l'Egypte pour y être interrogé par la CIA. Son crime? De prétendus recrutements de djihadistes auxquels il aurait pris part.

Abou Omar, un imam vivant à Milan et dont le vrai nom est Hassan Mustafa Osama Nasr avait par la suite été libéré en 2007. Il avait alors raconté ses séances de torture par des Egyptiens lors d'interrogatoires musclés. 

«Bouc Emissaire»

Si elle est extradée vers l'Italie, Sabrina De Sousa sait qu'elle risque 7 ans de prison. En attendant son passeport lui a été confisqué par la justice portugaise.

Depuis son arrestation, elle a donné des nouvelles via son compte tweeter où elle précise être «au Portugal, mais pas en détention». Elle ajoute: «Les officiers supérieurs de la CIA qui ont planifié / autorisés #Milanrendition [devrait] être tenus pour responsable». Cela a été suivi par le hashtag «#scapegoatery» (Ndlr: Bouc émissaire).

Car selon elle, les vrais responsables de l’enlèvement d'Abou Omar continuaient leur vie tranquillement, «présidaient des conseils d'administration et voyagaient». 

Il est vrai qu'en juillet 2013, le chef de la CIA à Milan lors de l'enlèvement, Robert Seldon Lady, avait été arrêté au Panama sur la base d'un mandat d'arrêt international. Le lendemain, il était libéré.

La justice européenne s'en mêle


Armando Spataro, le procureur italien qui l'avait poursuivie et fait condamner en 2009 est désormais en attente d'une décision de la justice portugaise qui devrait se prononcer sur l'extradition de Sabrina De Sousa pour accomplir sa peine. Le procureur avait demandé au ministère italien de la Justice qu'une demande d'extradition auprès des Etats-Unis soit émise contre Sabrina de Sousa, ce que les autorités italiennes avaient refusé. Cependant, après sa condamnation par contumace, un mandat de l'Union européenne avait été émis.

Au Portugal, Sabrina De Sousa a demandé l'aide d'Ana Gomes, membre du Parlement européen qui avait enquêté sur le programme d'enlèvement de la CIA, notamment sur ceux qui auraient eu lieu sur le sol portugais. La parlementaires'était également intéressée à la complicité du Portugal dans le dit programme.

L'ancienne espionne espère aussi obtenir de l'aide de la justice allemande. En effet, Abou Omar avait été transporté sur la base aérienne allemande de Rammstein avant d'être transporté en Egypte. Le Centre européen pour les droits constitutionnels a ainsi envoyé une plainte à un procureur fédéral en Allemagne appelant à une enquête sur son enlèvement et celui d'autres personnes. La plainte vise les anciens fonctionnaires de l'administration Bush et leurs rôles dans des actes de tortures notamment.

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