Kirghizstan : un nouveau Premier ministre nommé dans un contexte de violente contestation

- Avec AFP

Kirghizstan : un nouveau Premier ministre nommé dans un contexte de violente contestation© TWITTER/GRAFECRISTO Source: Reuters
Le parlement kirghize occupé par des manifestants le 6 octobre.

Le pouvoir kirghiz est ébranlé par un violent mouvement de contestation qui a d'ores et déjà provoqué la démission du Premier ministre et l'annulation du résultat d'élections législatives contestées.

Un nouveau Premier ministre a été nommé dans la confusion le 6 octobre au Kirghizstan après une nuit de violences post-électorales dans la capitale, Bichkek, les troubles menaçant de s'étendre au reste de ce pays d'Asie centrale.

Sadyr Japarov, politicien nationaliste libéré de prison dans la nuit par les manifestants et détracteur du président Sooronbaï Jeenbekov, a été nommé par le Parlement lors d'une réunion extraordinaire qui s'est tenue dans un hôtel de Bichkek, le bâtiment abritant l'assemblée étant occupé par les protestataires. Son prédécesseur Koubatbek Boronov, soutien du président en place, avait démissionné précédemment. 

A travers le pays, plusieurs mines d'or ou de charbon, sources de revenus cruciales pour cette ex-république soviétique assez pauvre en ressources naturelles, ont été attaquées par des bandes armées.

Emeutes sur fond de contestation électorale

Contestés par les manifestants ayant envahi dans la nuit le siège du gouvernement après des affrontements avec la police qui ont fait un mort et 686 blessés, les résultats du scrutin ont été «invalidés», a annoncé la Commission électorale kirghize.

Menace supplémentaire pour le pouvoir, les protestataires ont libéré de prison Almazbek Atambaïev, ex-président incarcéré depuis un an et ancien allié devenu le principal adversaire du président Jeenbekov.

Le chef de l'Etat actuel est toutefois toujours à Bichkek et a le «contrôle» du pays, a insisté la présidence kirghize.

Moscou et Washington réagissent 

Le Kremlin s'est dit «préoccupé» et a appelé les forces politiques kirghizes à «rester dans la constitutionnalité» pour trouver «rapidement une solution». Sooronbaï Jeenbekov est proche de la Russie, comme l'était son prédécesseur.

«Nous demandons à toutes les parties de s'abstenir de toute violence et de résoudre les différends électoraux par des voies pacifiques», a dit pour sa part un responsable du département d'Etat américain à l'AFP.

Nous demandons à toutes les parties de s'abstenir de toute violence et de résoudre les différends électoraux par des voies pacifiques

Si la situation était plus calme le 6 octobre dans la capitale, les manifestants ont toutefois gardé le contrôle du siège du gouvernement, où des fenêtres ont été brisées et des bureaux saccagés. Des pillages ont également été signalés et de nombreux commerces ont gardé leurs portes closes. Des troubles étaient par ailleurs signalés en province.

Des hommes armés ont notamment attaqué une grande mine d'or qui a dû suspendre ses activités, selon l'entreprise Alliance Altyn. «Nos employés n'ont pas été blessés, Dieu merci ! Nous ne savons pas quand nous pourrons reprendre le travail», a dit à l'AFP Kassyïet Karatcholkova, porte-parole de l'entreprise.

Une société contrôlant une vaste mine de charbon dans la région de Naryn (est) a annoncé dans un communiqué que la mine avait été saisie et leurs bureaux dévalisés par un groupe criminel.

La base militaire russe au Kirghizstan a de son côté dit avoir renforcé sa sécurité.

Deux révolutions en 2005 et 2010 

Ces émeutes rappellent celles de 2005 et 2010 qui s'étaient muées en une révolution émaillée de pillages, chassant le pouvoir en place accusé de corruption et de dérive autoritaire.

Le 6 octobre, une dizaine de partis politiques ont annoncé avoir formé un «conseil de coordination» en vue rétablir la stabilité et «le règne de la loi», accusant le président Jeenbekov de ne pas avoir permis le déroulement d'élections justes.

Les résultats controversés des législatives de l'avant-veille, remportées par deux partis proches du chef de l'Etat, avaient fait descendre des milliers de personnes dans les rues de Bichkek. 

Des affrontements ont éclaté dans la soirée après que les forces antiémeutes ont voulu disperser les protestataires à l'aide de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogène et de canons à eau.

La libération d'Almazbek Atambaïev est intervenue alors qu'il était détenu dans la prison des services de sécurité après sa condamnation en juin à 11 ans de réclusion, au terme d'un procès considéré comme étant une lutte de pouvoir avec Sooronbaï Jeenbekov.

L'ancien président de 64 ans était dans l'attente d'un autre procès pour organisation de troubles massifs et pour un meurtre lié à son interpellation en 2019, qui avait déjà menacé de déstabiliser le pays.

Adil Tourdoukov, un allié de d'Almazbek Atambaïev, a assuré que la libération de l'ancien président s'était faite «sans violences».

Les manifestants réclament la démission de Sooronbaï Jeenbekov et de nouvelles élections. La manifestation, calme à l'origine, avait eu lieu à l'initiative de plusieurs partis politiques qui n'étaient pas parvenus à atteindre les 7% des suffrages nécessaires pour entrer au Parlement.

Avant le vote, des soupçons d'achats considérables de voix pesaient sur ce scrutin. Le chef de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), allée observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que ces «allégations crédibles» suscitaient «une sérieuse inquiétude».

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