Sénégal : des dizaines d'interpellations après des émeutes contre le couvre-feu dû au coronavirus

- Avec AFP

Sénégal : des dizaines d'interpellations après des émeutes contre le couvre-feu dû au coronavirus© Annegret Hilse Source: Reuters
Le président sénégalais Macky Sall.

La police sénégalaise a interpellé environ 70 manifestants qui protestaient contre le couvre-feu instauré dans le pays pour endiguer le Covid-19. Le pays compte près de 4 000 contaminations et 45 décès dus à l'épidémie.

La police sénégalaise a interpellé, le 3 juin, plus de 70 personnes après de violentes manifestations dans plusieurs villes du pays pour réclamer la fin du couvre-feu a appris l'AFP de source proche du dossier. Le couvre-feu ayant été instauré en mars pour endiguer la progression du coronavirus. Les manifestations ont démarré le 2 juin et se sont prolongées dans la nuit. En l'état actuel des choses, le pays compte près de 4 000 contaminations et 45 décès dus au coronavirus. Reste que les restrictions imposées par l'état d'urgence sanitaire sont de plus en plus contestées.

Dans la ville de Touba, siège de la puissante confrérie des Mourides, à 200 kilomètres à l'est de Dakar, le bilan est de «trois véhicules d'intervention de la police et une ambulance brûlés, le centre de traitement des malades du Covid-19 attaqué, les vitres de la compagnie nationale d'électricité, Senelec, caillassées», a indiqué à l'AFP un haut responsable sénégalais s'exprimant anonymement. 

Le nombre d'interpellés s'élève à 74

Les manifestations ont également touché Mbacké, voisine de Touba, où des jeunes ont érigé des barricades et brûlé des pneus, ainsi que Diourbel (centre) et Tamba (est). «Le nombre d'interpellés s'élève à 74, à savoir 29 à Touba, 38 à Mbacké, 2 à Diourbel et 5 à Tamba», a déclaré le 3 juin en fin de journée une source proche du dossier ayant également requis l'anonymat. A Mbacké, des protestataires s'en sont pris au siège local de la radio RFM, appartenant au groupe de presse privé du chanteur et ancien ministre Youssou Ndour. Les locaux ont subi «des dégâts matériels importants», a indiqué une association regroupant des  journalistes, le Cadre de Concertation des Correspondants de presse du département de Mbackè (3CM). L'association a appelé, dans un communiqué, «les autorités à assurer la sécurité des médias en période d'émeutes». «Les responsables de ce saccage devront être traqués et traduits en justice», a abondé le Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse au Sénégal (Cdeps, patronat), dans un communiqué distinct.

La rentrée scolaire reportée

Dans un geste rarissime, le khalife général de la confrérie des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, est intervenu à la télévision au milieu de la nuit du 2 au 3 juin pour demander l'arrêt des manifestations à Touba, deuxième agglomération du pays avec plus d'un million d'habitants. «Retournez chez vous. Nous allons voir demain la source des problèmes et comment les régler. Je pense qu'on n'a jamais vu ça à Touba», a déclaré le plus haut responsable de la confrérie, dont les décisions ont quasiment force de loi pour ses millions de fidèles. Instauré le 23 mars par le président Macky Sall, l'état d'urgence est jusqu'ici assorti d'un couvre-feu de 21h à 5h et d'une interdiction de circuler entre les régions. Il a été prolongé jusqu'à fin juin, même si le chef de l'Etat avait annoncé, le 11 mai, un assouplissement des mesures, comme la réouverture des marchés, des commerces et des lieux de culte.

De nombreuses voix s'élèvent pour réclamer une levée plus complète des restrictions. Elles invoquent le prix à payer pour les défavorisés dans un pays où environ 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque mondiale, et où beaucoup vivent au jour le jour d'activités informelles. Mais la pandémie continue de progresser. La rentrée scolaire, prévue le 2 juin, a été reportée à la dernière minute à une «date ultérieure», après que 10 enseignants ont été déclarés contaminés dans la région de Casamance, dans le sud du pays. 

Une décision est attendue dans les prochains jours sur le maintien ou non des mesures décrétées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire.

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