En mal d'unité, l'OTAN de moins en moins populaire en France

En mal d'unité, l'OTAN de moins en moins populaire en France© OLIVIER DOULIERY / AFP Source: AFP
Manifestation contre l'OTAN à Washington, le 30 mars 2019.

A quelques mois du plus important déploiement de troupes américaines en Europe en 25 ans, et notamment près de la frontière avec la Russie, un sondage fait le point sur la confiance, extrêmement variable, des citoyens européens en l'OTAN.

La confiance des Français envers l'OTAN s'est érodée ces dernières années. C'est l'une des leçons à tirer d'un nouveau sondage mené par le Pew Research Center, institut basé à Washington, sur l'image dont bénéficie l’OTAN dans l’opinion publique de ses pays membres. Rendue publique le 10 février, cette enquête a été réalisée à l’été 2019 auprès de 21 000 personnes issues de 19 pays, dont 16 Etats membres de l'Alliance.

D'après les résultats, seuls 49% des Français interrogés en 2019 ont une opinion favorable de l'organisation atlantiste (contre 38% qui se disent défavorables). Selon la même source, le pourcentage d'opinions favorables en 2007 était de 71%. Si des variations s'observent selon les années, la tendance est globalement à une chute des opinions favorables en ce qui concerne la France. Aussi, les résultats pour l'année 2019 placent la France parmi les pays membres sondés les plus sceptiques vis-à-vis de cette institution militaire. Sur la moyenne des citoyens des 16 Etats membres interrogés, 53% sont favorables à l'OTAN.

Confiance à géométrie variable

Avec 82% d'opinions favorables (contre 8% d'opinions défavorables), les Polonais sont les plus positifs vis-à-vis de l'OTAN.

A l'inverse, les Turcs sont pour leur part les citoyens manifestant le plus de défiance, pour un pays membre, envers l'organisation avec seulement 21% d'opinions favorables (contre 55% d'opinions défavorables). Derrière eux on retrouve les Grecs, qui, malgré une hausse des opinons favorables ces dernières années, plébiscitent l'OTAN à 37% (pour 51% d'opinions défavorables). 

Parmi les pays sondés particulièrement réfractaires à l'OTAN, la Russie – non membre – est en tête du classement avec seulement 16% de Russes qui en ont une opinion positive en 2019 (contre 60% qui en ont une opinion défavorable).

Enfin, la popularité de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord reste relativement stable chez les citoyens de son plus gros contributeur, les Etats-Unis. Malgré un président, Donald Trump, qui souffle le chaud et le froid sur le sujet, 52% des Américains interrogés ont une opinion favorable de l'Alliance (contre 26% qui y sont défavorables). Cela marque une chute par rapport à 2018 (64% d'opinions favorables) mais le pourcentage est proche de celui observé il y a 12 ans, qui était de 53%.

Auteur: RT France

L'article 5 du traité fondateur de l'OTAN prévoit qu'une «attaque contre un allié est considérée comme une attaque contre tous les alliés». En clair, il s'agit d'un pacte militaire instaurant la solidarité armée entre pays membres face à une menace (qui était, à la création de l'Alliance en 1949, celle de l'Union soviétique).

Pourtant selon l'étude, seuls cinq Etats-membres (Pays-Bas, Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Lituanie) sur les 16 sondés ont une opinion publique se sentant, dans sa majorité, liée aux obligations de cet article. En moyenne, seuls 38% des citoyens des pays-membres sondés estiment que leur armée nationale devrait intervenir pour venir en aide à un pays voisin avec lequel la Russie serait rentrée en guerre. 53% des Français sondés estiment ainsi que l'armée française ne devrait pas intervenir dans telle situation.

En moyenne, 60% des citoyens des pays-membres de l’Alliance atlantique pensent que les Etats-Unis défendraient militairement un pays de l’OTAN en cas d'agression russe. Seuls 29% en moyenne pensent que Washington ne viendrait pas au secours de son allié, quand les autres ne se prononcent pas. En France, 57% des citoyens sondés le pensent et 37% ne le pensent pas.

Defender Europe : l'OTAN une alliance vraiment défensive ?

Cette enquête est publiée à quelques mois de Defender Europe, les plus grandes manœuvres de l’OTAN en Europe de ces dernières années, et le plus important déploiement de troupes américaines sur le Vieux continent depuis 25 ans. L'exercice militaire est prévu en mai et juin 2020. Quelque 37 000 soldats de 18 pays doivent être associés à cet exercice militaire qui doit avoir lieu essentiellement en Allemagne, en Pologne et dans les Etats baltes, situés aux portes de la Russie. 

La Russie n'est absolument pas la force militaire dominante en Europe. C'est l'OTAN

20 000 soldats américains supplémentaires doivent se joindre aux 9 000 environ déjà présents sur le sol européen dans le cadre de ce déploiement pour démontrer «la puissance militaire des Etats-Unis», selon les termes employés en décembre par le général américain Christopher Cavoli, lors d'une présentation de l'événement.

De son côté, la Russie voit d'un mauvais œil ce déploiement, qui doit s'étendre jusqu'à ses frontières, et qu'elle considère comme une préparation de l'Alliance dominée par Washington à une prétendue menace russe.

«Nous posons la question : "Vous défendre contre qui ?" Ils disent qu'il ne s'agit pas de la Russie, mais d'un autre ennemi dont le potentiel militaire est comparable à celui de l'OTAN», a remarqué le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au quotidien russe Rossiskaïa Gazeta

Déplorant qu'«un groupe petit mais très agressif de pays» souhaitent «intensifier les phobies historiques concernant la Russie», le diplomate s'est borné à rappeler un fait : «La Russie n'est absolument pas la force militaire dominante en Europe. C'est l'OTAN.» 

Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg assure de son côté, tant bien que mal, que Defender Europe «n'est dirigé contre aucun pays en particulier et doit démontrer la capacité à déployer rapidement des forces américaines en Europe pour aider à la protection des alliés de l'OTAN, en cas de nécessité».

«L'OTAN est une alliance défensive et il s'agit d'une exercice défensif. Nous ne cherchons pas la confrontation avec la Russie mais la réalité est que de récentes activités de ce pays ont réduit la stabilité et la sécurité [dans la région]», a-t-il ajouté.

«La Russie a le droit de se sentir en sécurité à l'intérieur de ses frontières, de même que les Etats membres [de l'OTAN]», a poursuivi l'homme fort de l'organisation atlantiste, ajoutant que la Russie comme les Etats membres de l'OSCE avaient été informés de l'exercice par Washington, suivant les règles en la matière.

Lire aussi : Une menace pour la Russie : Poutine dénonce l'expansion continue de l'OTAN

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