«Il faut revoir les accords de Schengen» estime le maire de Menton

Le Député-Maire (Les Républicains) de Menton : Jean-Claude Guibal.© Twitter
Le Député-Maire (Les Républicains) de Menton : Jean-Claude Guibal.

Le député-maire de Menton, le Républicain Jean-Claude Guibal, s'est exprimé pour RT sur la question des migrants qui revêt une acuité majeure pour cette ville sise à la frontière italienne, à un jet de pierres de Vingtimille.

Compte tenu de sa proximité avec la ville italienne de Vingtimille, la ville de Menton est l'un des points de passage des migrants venus de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan, du Soudan et d'autres pays ravagés par les guerres et les persécutions et qui cherchent à rejoindre le Nord de l'Europe. Le maire de Menton, Jean-Claude Guibal, est donc en première ligne pour faire face à l'afflux ininterrompu de migrants constaté dans le Sud de l'Europe depuis plusieurs mois.

«Il doit y avoir une politique migratoire en Europe»

Pour le Républicain, c'est à l'Europe qu'il revient de protéger les frontières extérieures de l'Union européenne (UE), avant les Etats-membres : «les migrants pénètrent en Europe, et plus précisément dans l'espace Schengen, de manière irrégulière», affirme-t-il, estimant que le continent doit se doter d'une politique commune et efficace pour faire face à ce problème. «L'Europe est composée de pays civilisés. Il doit y avoir une politique migratoire qui s'applique».

La faille, pour le député-maire, réside dans une protection inadpatée des frontières de l'espace Schengen, autrement-dit, des frontières extérieures de l'UE. Selon lui, la manière dont on concevait l'espace lors de sa création n'est plus adaptée à la situation actuelle. «Tout ceci relève de l'application des accords de Schengen qui datent de 1990», explique-t-il avant d'ajouter : «Ils ont été conçus pour permettre la libre circulation des ressortissants européens à l'intérieur de cet espace. Ils n'ont pas été conçus pour assurer la protection des frontières extérieures de l'Europe ou pour faire face à des situations de flux migratoires puissants, comme celle que l'on connaît actuellement».

Pour faire face à une situation inimaginable en 1990, le maire estime qu'il faut remettre en question les bases mêmes de l'espace Schengen : «Schengen est à repenser en fonction de ces nouvelles circonstances, de ces nouveaux phénomènes». Pourtant, pas question de rétablir les frontières entre les pays d'Europe car pour Jean-Claude Guibal, la liberté de circulation des Européens n'est pas négociable.

«En vertu des accords de Schengen de 1990, ce sont les pays dont les frontières nationales coïncident avec les frontières extérieures de l'Europe qui sont chargés d'assurer la protection de ces frontières. C'est totalement déraisonnable. La Grèce a 42 000 kilomètres de côtes et l'Italie 6 000, et ces pays sont tous les deux à proximité de nations sources d'importants mouvements migratoires, à cause de la guerre, de la famine ou d'un dictateur», souligne-t-il, ajoutant que «la Grèce et l'Italie ne peuvent pas à elles-seules contrôler un littoral aussi important».

A ses yeux, le changement doit consister en un filtrage efficace de l'extérieur vers l'intérieur de l'espace Schengen. «A partir du moment où elle a défini un périmètre à l'intérieur duquel on peut circuler librement […] l'Europe doit se donner les moyens de protéger, de contrôler le passage de ses frontières extérieures», précise Jean-Claude Guibal.

Le Républicain milite donc pour une politique plus interventionniste de l'UE : «l'Europe doit se donner des moyens. Aujourd'hui, l'agence Frontex, l'agence européenne chargée de s'occuper des frontières […] fait de la surveillance mais n’intervient pas». Pour faire face aux flux, le député-maire de Menton veut s'attaquer à la source du problème : «clairement, si on veut empêcher les trafiquants et les passeurs érythréens d'embarquer des populations sur des navires qui coulent sous le poids des migrants [...] il faudrait pouvoir détruire ces embarcations».

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«C'est injuste, mais c'est la responsabilité de l'Italie»

Le maire de Menton rappelle en outre que, conformément aux accords de Schengen, c'est au pays dans lequel arrivent les réfugiés de les prendre en charge, et que ce pays se met en faute s'il laisse des immigré pénétrer dans un autre Etat de l'UE, la France, en l'occurrence. Mais dans le même temps, il reconnaît pleinement que le problème dépasse les capacités de la péninsule. «Je considère que c'est une charge exorbitante qui est demandée à l'Italie, que c'est injuste à son égard, comme c'est injuste à l'égard de la Grèce. Donc, il faut revoir les accords de Schengen», argumente Jean-Claude Guibal.

Changer les règles, c'est l'appel que lance le Républicain, car il estime que celles qui doivent être appliquées aujourd'hui sont obsolètes et inapplicables. «Les accords de Schengen sont mal foutus. Ils mettent des obligations à la charge de pays qui n'en ont pas les moyens. Quand on reçoit 100 000, 140 000 migrants par an, comme c'est le cas en l'Italie, et qu'il faut s'assurer que chacun d'entre-eux dispose d'un dossier lui permettant de rentrer en Europe et de demander un régime d'asile, c'est impossible», tonne l'élu.

Pour justifier sa position tranchée concernant l'Italie, Jean-Claude Guibal invoque des arguments juridiques : «les problèmes d'immigration sont des problèmes d’Etats. Ce sont les Etats, l'Europe et l'ONU qui sont compétents. Les communes n'ont aucune compétence» en la matière.

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«L'intervention en Libye a déstabilisé le pays»

Le conflit en Libye, qui s'est achevé avec la mort du colonel Mouammar Kadhafi, après une intervention militaire occidentale, a créé une situation chaotique dans laquelle le pays se débat toujours. Selon le maire de Menton, il y a un lien direct entre la situation actuelle de ce pays du Maghreb et la forte présence de ressortissants libyens parmi les migrants.

«Bien évidemment, l'intervention qui a eu lieu en Libye contre le colonel Kadhafi n'a pas été suivie de ce qu'il fallait faire en de telles circonstances, c'est-à-dire, après avoir fait la guerre, s'assurer d'avoir organisé la paix», affirme-t-il, expliquant que cela a mis les citoyens libyens à portée de la menace des djihadistes.

«L'intervention franco-britannique-américaine a déstabilisé ce pays. Sans doute en faisant partir un dictateur, mais pour aboutir à un arsenal à ciel ouvert où viennent se servir tous les djihadistes de Daesh et d'ailleurs», fait encore remarquer Jean-Claude Guibal.

Il souligne encore que les flux de réfugiés libyens sont également dus à la profonde instabilité politique que connaît aujourd'hui le pays. Il y a aujourd'hui «deux gouvernements», rappelle-t-il. «Un à Tobrouk, un à Tripoli, qui sont en concurrence, et l'ONU n'en veut qu'un seul».

Pour le député-maire, les Nations unies ont également une part de responsabilité dans la crise des migrants, notamment en empêchant l'Europe d'intervenir à la source du problème : «[l'organisation] refuse de prendre une résolution autorisant les Européens à intervenir dans les eaux territoriales libyennes pour détruire les bateaux-mères qui emmènent ces pauvres gens se noyer en Méditerranée», explique-t-il, réitérant sa volonté de voir l'UE se doter d'une politique migratoire interventionniste pour protéger ses frontières extérieures.

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