Au courant des pratiques pédophiles de la police afghane, le Pentagone a continué à la financer

Au courant des pratiques pédophiles de la police afghane, le Pentagone a continué à la financer© Lucas Jackson Source: Reuters
Des enfants saluent des soldats près d'un checkpoint dans la province de Nangarhar, le 19 décembre 2014 (image d'illustration)

Un organisme public américain affirme dans un rapport que le Pentagone a financé les forces de sécurité afghanes tout en sachant qu'elles commettaient de nombreuses violations des droits de l'homme, y compris des agressions sexuelles sur mineurs.

Washington, malgré la multiplication de ses déclarations en faveur de la protection des droits de l'homme dans le monde, se retrouve face à ses contradictions après la déclassification le 23 janvier du rapport Sigar (Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction), un organisme public américain chargé de contrôler l'action des Etats-Unis en Afghanistan.

Ce rapport affirme de manière catégorique que le Pentagone a financé des forces de sécurité et de police afghanes, alors même que des responsables américains étaient au courant que des membres de ces unités étaient impliqués dans de nombreuses violations des droits de l'homme, y compris des agressions sexuelles sur des enfants.

Le rapport fait notamment état du «bacha bazi» (ou «jeu avec les garçons»), une pratique pédophile solidement ancrée, qui consiste à entretenir de jeunes garçons souvent enlevés, maquillés et travestis, pour en faire des danseurs et des esclaves sexuels.

«[Le ministère américain de la Défense et le département d'Etat] ont eu confirmation que des unités des forces de sécurité afghanes avaient commis des infractions flagrantes aux droits de l'homme», relève ainsi le Sigar. A la date du 12 juin 2017, quelque 2 106 responsables américains suivaient 75 cas de violations des droits de l'homme, dont des bavures, la torture de prisonniers et, donc, des agressions sexuelles sur des enfants. Le rapport note en outre que «l'ampleur des agressions sexuelles commises par les forces de sécurité afghanes sur des enfants ne sera peut être jamais connue».

En dépit de ces informations, douze unités des forces de sécurité afghanes ont continué de recevoir des financements américains grâce à une «clause dérogatoire». Ce faisant, le Pentagone a enfreint à plusieurs reprises la règle américaine dite des «Leahy Laws» selon laquelle il est impossible de soutenir des forces de sécurité étrangères s'il existe des informations crédibles sur des violations des droits de l'homme de leur part.

Le Pentagone n'a pas nié les faits établis par l'organisme public à l'origine du rapport, estimant simplement que celui-ci ne semblait pas avoir tenu compte des «défis auxquels les forces américaines ont été confrontées dans la mise en place et le soutien des forces de sécurité afghanes».

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