Les héritiers de Goebbels toucheront des royalties sur la publication de son journal

Capture d'écran de amazon.com
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Un tribunal de Munich a tranché. L’éditeur de la biographie de Goebbels devra publier les revenus générés par la vente d’une biographie de Goebbels pour pouvoir déterminer la partie qui doit être versée aux héritiers du ministre nazi.

L’argument qui consistait à qualifier d’«amoral» le versement de droits d’auteurs aux héritiers d’un criminel de guerre n’a pas été retenu par la justice allemande. La maison d’édition Random House Germany (RHG) a été sommée de révéler les montants issus de la vente du livre de Peter Longerich, Goebbels Biographie, publié en Allemagne en 2010.

Même si le montant généré par les citations tirées du journal de Goebbels et utilisées dans ce livre est estimé à 7 000 euros, selon le journal Süddeutsche Zeitung, RHG en fait une question de principe.

«Ce n’est bien sûr pas une question juridique. C’est un problème moral», a noté Rainer Dresen, le directeur juridique de l’éditeur allemand, cité par The Guardian. «On éprouve un étrange sentiment. On traverse des bâtiments, ces bâtiments où… se trouvait Hitler ...sur ce balcon», a ajouté l’intéressé, faisant allusion à une coïncidence : le tribunal munichois est l’endroit où le putsch hitlérien de la Brasserie s’est déroulé en novembre 1923.

Rainer Dresen a également déclaré qu’il avait été choqué par le verdict de la cour, qualifiant ce jour de triste pour l’Allemagne. «Un verdict élégant sans moralité», a-t-il lâché. 

Selon le juge, il était inacceptable de faire une exception même dans une affaire aussi controversée, car elle aurait créé une précédent pour un «nombre infini» de conflits sur les violations du droit d’auteur, rapporte le journal allemande Die Welt. La cour a encore indiqué que les droit d’auteur du journal de Goebbels allaient s’éteindre fin 2015 et, donc, que ce genre de cas délicats ne se reproduiraient plus.

En septembre dernier, un tribunal de district munichois avait demandé à RHG de publier ses gains mais la groupe d’édition avait fait recours devant la haute cour régionale de la capitale bavaroise.

Après un nouvel échec, RHG veut poursuivre son combat et se pourvoira en appel devant la Cour suprême allemande.

Joseph Goebbels a été le ministre de la propagande de l’Allemagne nazie et l’un des architectes de la solution finale, le programme qui prévoyait l’extermination de la population juive dans une Europe alors occupée par les forces de l’Axe. Avec sa femme Magda Goebbels, ils ont empoisonné leurs six enfants avant de se suicider le 1er Mai 1945 lors de l’arrivée des troupes soviétiques à Berlin.

Qui sont ses héritiers?

La plaignante est une avocate âgée de 72 ans, Cordula Schacht, fille de Hjalmar Schacht, le ministre de l’Economie d’Hitler et président de Reichsbank. Elle prétend être la détentrice des droits d’auteur de l’héritage littéraire de Goebbels et représenter les héritiers de Goebbels.

Cordula Schacht était conseiller juridique de François Genoud, un financier suisse et bienfaiteur de la diaspora nazie. Ce dernier était un fervent défenseur du régime nazi, même après sa chute, et prétendait être le détenteur des droits d’auteur du journal de Goebbels.

Ce citoyen suisse a essayé de disculper le régime nazi, qualifiant Hitler «de grand dirigeant» bien après la fin de la Seconde guerre mondiale. Cordula Schacht se présente donc comme l’héritière des droits inhérents à la publication du journal de Goebbels depuis la mort de François Genoud en 1996.

Rainer Dresen a reconnu qu’il avait fait la proposition à Cordula Schacht – confidentiellement et pendant le procès– de lui verser des royalties au cas où cet argent serait donné à des organisations qui honorent la mémoire de l’Holocauste. Une offre que l’avocate aurait rejetée en disant que cet argent devait aller à la famille de Goebbels, aux descendants de ses frères et sœurs.

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