Un collectif de journalistes épingle des eurodéputés sur l'utilisation de leurs indemnités

Un collectif de journalistes épingle des eurodéputés sur l'utilisation de leurs indemnités© Gérard Cercles Source: AFP
Photo d'illustration

Une enquête réalisée par des journalistes à travers l'Union européenne a dévoilé les pratiques de certains eurodéputés. Ces derniers bénéficient de frais de mandat impressionnants, et qui ne sont pas contrôlés par le Parlement européen.

Un collectif de journalistes européens, le MEP Project, a mené une investigation inédite sur la manière dont les eurodéputés utilisaient les allocations versées par le Parlement européen pour couvrir leurs frais de mandat. 

Ces indemnités incluent par exemple le financement de la location d’un bureau dans le pays d’origine d'un eurodéputé, les parlementaires européens étant tenus de passer au moins quatre semaines par an dans leurs circonscriptions.

Le montant total de ces allocations s'élève à environ 39 millions d'euros chaque année. Chaque député européen reçoit ainsi une indemnité annuelle de 52 000 euros de frais de mandat – qui s'ajoute à son salaire ainsi qu'à d'autres allocations –, sans qu'aucun justificatif ne lui soit jamais demandé concernant son utilisation. 

Des pratiques certes légales, mais peu transparentes

Sur 748 eurodéputés, seulement 134 ont répondu aux demandes d'informations formulées par le MEP Project. Les journalistes ont cependant expliqué avoir également analysé des documents du Parlement, des registres fonciers et d'autres sources. Publiée sur Investigative Reporting Denmark (IRD), l'enquête a révélé des pratiques étonnantes, mais non illégales, de la part de certains députés.

Ainsi, au moins 41 eurodéputés payent un loyer à leurs formations politiques nationales ou se reversent à eux-même le montant du loyer. En outre, dans 249 cas, soit les parlementaires ont déclaré qu'ils n'avaient pas de bureaux, soit ils ont refusé de révéler les adresses de leurs locaux, soit il n'a pas été possible de localiser ces bureaux.

Cité par l'IRD, Marjory van den Broeke, porte-parole du Parlement européen, a confirmé que ces pratiques n'étaient pas illégales, et, surtout, que, le Parlement européen n'était pas en capacité de vérifier le respect des conditions encadrant ces dépenses. 

«La location d’un bureau fait partie des dépenses couvertes par les indemnité de frais généraux. Il s’agit d’un montant forfaitaire qui, par principe, n’est pas contrôlé par le Parlement européen», a-t-elle déclaré, précisant  que les députés européens n'avaient pas à fournir de factures. «L’administration du Parlement européen n’a aucune information sur les bureaux loués par les député» a-t-elle ajouté. 

Une situation qui n'a pas manqué de provoquer l'indignation du responsable des politiques européennes de l'ONG Transparency International, Wouter Wolfs. 

«Je n’imagine pas les députés européens accorder 39 millions d’euros par an aux Etats membres dans le cadre d’une politique de cohésion sans demander un reçu. Il existe un certain niveau d’hypocrisie de la part de l’administration financière du Parlement [européen] que nous trouvons ahurissant», a-t-il souligné.

Pour mémoire, les journaliste du collectif MEP Project avaient déposé une plainte en 2015 auprès de la Cour de justice européenne pour obtenir des informations liées aux indemnités des eurodéputés.

Lire aussi : L'UE s'offre un musée sur l'«intégration européenne» pour 55 millions d'euros

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.