Ukraine de l'est : la trêve est généralement respectée

Des chars brûlés près de Debaltsevo Source: RIA NOVOSTI
Des chars brûlés près de Debaltsevo

Le cessez-le-feu est entré en vigueur aujourd'hui dans l’est de l’Ukraine. Les combats ont cessé sur quasiment toute la ligne de front mais pas partout, les deux parties continuent à jouer au jeu des reproches.

La ville de Donetsk a passé sa première nuit sans coups de feu depuis plusieurs mois.

Le porte-parole de l’Etat-major ukrainien Vladislav Seleznev a confirmé la cessation des tirs d’artillerie à trois heures du matin, heure locale.

«Les positionnements des forces sont stables», a dit le chef de la police de Donetsk Vyacheslav Abroskin.

Selon le représentant de la république de Donetsk Edouard Basourine, les forces d'auto-défense se sont permis de filmer les batteries de l’ennemi, le tout sans arrière-pensée et en application de déclarations faites par le commandement des forces du Donbass. 

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré que le cessez-le-feu en Ukraine est «généralement respecté».

«On peut dire globalement que le cessez-le-feu est respecté, même s'il y a eu, ici ou là, un certain nombre d'atteintes», a déclaré Fabius. 

Une mauvaise paix est mieux que la meilleure des guerres – on peut appliquer cette notion à la situation dans les républiques autoproclamées de l’est de l'Ukraine. Si l'on en croit les témoignages des observateurs, un calme étrange, presque extraordinaire a brusquement envahi la ligne de front. 

Le silence et la béatitude, cependant, n'ont pas triomphé à Debaltsevo où, d'après les insurgés, les troupes de Kiev ont laissé échapper quelques tirs de mortier et d’artillerie sur les miliciens qui gardent le périmètre de la «cuvette» dans laquelle près 5 000 soldats malchanceux ont été pris au piège, les soldats essayent de briser l'encerclement mais leurs munitions s'épuisent.

Traquenard à Debaltsevo 

Les troupes gouvernementales coincées dans le village de Debaltsevo auraient pilonné les hammeaux de Yenakievo et de Gorlovka ainsi que le territoire de l'aéroport de Donetsk qui a été repris par les milices après des mois de combats acharnés. Mais les habitants de Donetsk, au moins, ont eu droit au répit. 

Le chef de la République autoproclamée populaire de Donetsk Aleksandr Zakhartchenko a tenu à préciser à la veille de la trêve que la «cuvette» de Debaltsevo se trouvait en territoire insurgé, ce qui signifie que les dispositions de l'accord de Minsk du 12 février 2014 relatives à la séparation des belligérants ne s’appliquent pas aux militaires ukrainiens encerclés.

Il a aussi pris acte de la «trahison» du bataillon par Kiev qui, en niant l'encerclement à Minsk, aurait de fait refusé de rechercher une solution à cette situation: «Je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’il n'y a pas un mot sur Debaltsevo dans les accords signés à Minsk. Cela signifie que l'Ukraine a tout simplement trahi ses 5 000 soldats pris au piège là-bas».

Kiev, selon lui, ne négocie toujours pas avec la république autoproclamée de Donetsk à ce sujet.

Les troupes ukrainiennes encerclées se sont vues proposer de déposer les armes et se rendre, mais peu ont accepté vu que des détachements de nationalistes ukrainiens gardent les positions arrière du bataillon pour empêcher sa retraite.

La nouvelle de l'ouverture de l'encerclement après l’entrée en vigueur de cessez-le-feu a été démentie explicitement par Zakhartchenko qui exclut expressément une telle possibilité.

«Toute tentative des forces armées ukrainiennes de débloquer Debaltsevo sera considérée comme une violation des accords de Minsk, une telle tentative sera réprimée et ses auteurs seront éliminés», a prévenu Zakhartchenko.

Les autorités de Kiev continuent de nier l’existence même du «traquenard de Debaltsevo». Néanmoins, le président ukrainien Petro Porochenko a dit à un groupe de généraux ukrainiens que le processus de paix est menacé d’échec à cause de la situation à Debaltsevo.

«Je vous ai prévenus», a-t-il souligné.

Le président ukrainien s'adresse aux généraux à Kiev le 14 fevrier 2014. © Valentyn Ogirenko Source: Reuters
Le président ukrainien s'adresse aux généraux à Kiev le 14 fevrier 2014.

Alors, le cessez-le-feu, on y croit ou pas?

Entretemps, TV5 Monde a parlé d’une «terrible catastrophe humanitaire dans le Donbass». Les autochtones, manifestement, ne font confiance à personne et ne pensent pas que la paix avec Kiev est tangible.

«Ils ont déclaré le cessez-le-feu plusieurs fois et ne l'ont jamais respecté», a dit une habitante aux journalistes français.

Tout est clair du côté de Dmitri Yaroch, leader du «Secteur droit», qui a déclaré que son mouvement aussi radical qu'hyperactif ne reconnaît pas les accords de Minsk et se réserve le droit de «poursuivre des combats de haute intensité» en conformité avec les plans opérationnels de l'organisation.

Après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à 2h00 GMT, Yaroch a fait la déclaration suivante sur le site officiel de la Garde nationale : «Deux de nos bataillons des mieux armés et équipés continuent leur offensive près de Debaltsevo et accomplissent de nombreuses avancées militaires».

Quelques heures plus tard, le message a été supprimé du site web.

Capture d'écran du site vv.gov.ua Source: RT
Capture d'écran du site vv.gov.ua

Les forces d’autodéfense ont annoncé qu’elles souhaitent contrôler tout le territoire de la région de Donetsk, pas juste la partie qu’elles contrôlent actuellement.

Aleksandr Zakhartchenko considère le reste de la région comme un territoire «temporairement occupé» en voie de libération militaire et politique. La voie politique est davantage du goût de Zakhartchenko parce qu’elle permettrait d'épargner des vies humaines, mais «si la diplomatie ne réussit pas, nous avons déjà fait connaître notre capacité à résoudre les problèmes militairement, et pas une seule fois», a-t-il rappelé.

Aide humanitaire : l'Allemagne emboîte le bas à la Russie

Deux convois humanitaires en provenance de Russie se trouvent actuellement à la frontière russo-ukrainienne en attente d'une permission de passer la douane. Après l’avoir obtenue, les cargos blancs du ministère russe des Situations d’urgence prendront deux routes différentes – celle de Donetsk et celle de Lougansk -pour livrer des médicaments et des produits alimentaires aux habitants des villes assiégées.

Le convoi d'aide humanitaire russe. © Sergueï Pivovarov Source: RIA NOVOSTI
Le convoi d'aide humanitaire russe.

Dans le même temps, 28 tonnes de médicaments sont arrivées à Donetsk depuis l’Allemagne. L'initiative appartient à un groupe de députés du Bundestag qui a organisé la collecte de donations et procédé à l'achat. Ce chargement a été le premier geste humanitaire envers le Donbass de la part d'un pays de l'Union Européenne (UE).

La cargaison est passée par la Russie, Kiev n’ayant pas donné d'autorisation de transit à Berlin. Les quatre cargos allemands ont livré des médicaments aux habitants de Donetsk, Lougansk et Gorlovka.

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