L'Arabie saoudite dans l'œil du cyclone : les révélations de Wikileaks

Le Roi Salman d'Arabie saoudite© Jim Bourg Source: Reuters
Le Roi Salman d'Arabie saoudite

Dans ce qui est en passe de devenir le «Saoudileaks», 60 000 câbles diplomatiques ont été révélés et quelque 500 000 autres câbles doivent suivre. Si l'Arabie saoudite a dénoncé des «faux», cinq points ressortent de l'examen de ces documents.

La diplomatie du carnet de chèque

Il semble que la «générosité» saoudienne n'a pas de limite. Les câbles nous apprennent en effet que le royaume wahabbite a su se créer de nombreux obligés: Ici, l'ancien président de l’Egypte, Mohamed Morsi qui avait demandé des visas pour faire le pèlerinage à La Mecque en famille. Là, un homme politique libanais qui a quémandé du liquide pour payer ses gardes du corps. Ailleurs encore, l’agence de presse de la Guinée qui a demandé 2 000 dollars. Au-delà de l'anecdotique, l'Arabie saoudite était prête également à payer aux Frères Musulmans 10 milliards de dollars pour faire libérer l’ancien président Hosni Moubarak et des siens.

La complaisance «intéressée» des médias

Les médias ne sortent pas grandis des révélations de Wikileaks. Les câbles révèlent que l'Arabie saoudite a pris l'habitude d'intervenir auprès des médias étrangers (Canada, Australie entre autres) ou arabes (Egypte, Liban, mais pas seulement) en souscrivant des centaines voire des milliers d'abonnements, ce qui est censé assurer à Riyad un minimum de tranquillité ou de mansuétude médiatique. Des aides financières, voire la corruption de responsables de médias semblent aussi une pratique habituelle. Ainsi la chaîne de télévision égyptienne ONTV a renoncé à inviter un célèbre opposant saoudien en exil. Un journal égyptien a reçu l'équivalent de 1 200 euros pour publier un article à l’occasion de la fête nationale saoudienne. 

Ce contrôle des journalistes a des conséquences directes sur les informations qui sont publiées sur le royaume. Julian Assange explique par exemple que «l’Arabie saoudite vient de célébrer sa 100ème décapitation de prisonnier pour 2015 mais l’information n’a jamais été rapportée par un média arabe et les médias internationaux ont été silencieux sur ce record». Et le fondateur de Wikileaks de poser la question qui fâche: la réaction aurait-elle été la même si un autre pays avait décapité autant de personnes en une année?


L'obsession iranienne

Les câbles révèlent également l'obsession saoudienne pour l'Iran. Tout est mis en oeuvre par l'Arabie saoudite pour contrer l'influence grandissante dans la région du Moyen-Orient de son meilleur ennemi chiite et perse, ainsi que de ses alliés régionaux que sont le régime syrien et le Hezbollah libanais. Le Liban est particulièrement l'objet de l'attention saoudienne. On apprend ainsi que certains responsables politiques libanais n'hésitent pas à réclamer des aides financières à Riyad en échange de leur loyauté. L'argent saoudien sert donc à contrebalancer l'influence iranienne, surtout avec l'hypothèse de plus en plus probable d'une résolution de la crise nucléaire, ce qui ferait de Téhéran un interlocuteur possible pour les puissances occidentales dans la région. Un cauchemar diplomatique que le royaume wahhabite veut empêcher à tout prix.

L'Arabie saoudite à l’origine de l’annulation d’une visite de Shimon Pérès au Maroc en 2010

Wikileaks apporte également son lot de révélations sur l’annulation de la visite de Shimon Pérès à Marrakech en octobre 2010. L'Arabie saoudite mais également la Libye et la Syrie auraient convaincu le roi Mohammed VI d’interdire la participation de l’ancien président israélien à l’édition 2010 du Forum de l’avenir, une initiative lancée alors par les Etats-Unis. Ces pays voulaient empêcher Shimon Pérès de se lancer dans un réquisitoire contre les Palestiniens depuis un pays arabe. Au moment des faits, le royaume refusait encore toute normalisation des relations avec Israël. 

Un fils d'Oussama Ben Laden réclame le certificat de décès de son père

Toujours selon les câbles, Abdallah ben Laden, un des fils d'Oussama ben Laden, avait réclamé aux Etats-Unis un certificat de décès de son père tué en 2011 au Pakistan. L'échange entre l'héritier Ben Laden et l'administration américaine est toute en affabilité administrative et se conclut par le très courtois: «J'espère que ces documents du gouvernement américain vous seront utiles ainsi qu'à votre famille».

En savoir plus: WikiLeaks sur l’Arabie saoudite: «une dictature mal assurée et secrète»

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