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«Nous irons à la guerre dans la mer de Chine» : les sombres prédictions du conseiller de Trump

Alors que les relations entre Pékin et Washington se trouvent tendues depuis l'élection de Donald Trump, une citation de Steve Bannon – l'éminence grise du président –, évoquant un conflit futur entre les deux nations, a refait surface.

«Nous irons à la guerre dans la mer de Chine méridionale d'ici cinq à dix ans. [...] Il n’y a aucun doute là-dessus», lançait en mars 2016 le chef du média conservateur américain Breitbart News, Steve Bannon, durant une émission radiophonique qu'il animait. Une déclaration choc qu'ont déterrée début février 2017 plusieurs médias anglophones, tels que The Independent. «[Les Chinois] prennent les bancs de sable et construisent des quasi-porte-avions fixes, sur lesquels ils placent des missiles [...]. Ils viennent […] juste en face des Etats-Unis», avait poursuivi Steve Bannon.

Ces analyses de politique étrangère ont pris une tout autre dimension depuis que le militant conservateur a été nommé «stratège en chef de la Maison-Blanche», dans la foulée de l'élection de Donald Trump. Signe de l'importance que le nouveau président accorde à son éminence grise, Steve Bannon a même été promu, dimanche 29 janvier, membre permanent du Conseil de sécurité nationale – une organisation administrative conseillant le chef d'Etat en matière de politique étrangère et de sécurité.

Une ascension à laquelle l'engagement pro-Trump de Breitbart News, durant la campagne présidentielle (une exception notable dans le paysage médiatique américain), n'est sans doute pas étranger.

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Montée des tensions entre Pékin et Washington

Si Steve Bannon semblait témoigner de vives inquiétudes vis-à-vis de la Chine au printemps 2016, les relations Washington-Pékin se sont effectivement refroidies depuis l'élection de Donald Trump à la présidence américaine. Le locataire de la Maison-Blanche a notamment froissé les autorités du géant asiatique, en menaçant de remettre en cause le principe de Chine unique et d'instaurer des taxes douanières sur les produits chinois.

«Je ne sais pas pourquoi nous devons être liés à une politique d'une Chine unique, à moins que nous passions un accord avec la Chine pour obtenir d'autres choses, y compris sur le commerce», avait par exemple estimé le nouveau chef d'Etat américain, mi-décembre, sur la chaîne Fox News. Le président américain reproche à Pékin de ne pas coopérer avec Washington sur sa politique de taux de change, mais aussi sur la question des armements nucléaires ou sur les tensions en mer de Chine méridionale.

Les Etats-Unis et la Chine résolus à défendre leurs intérêts en mer de Chine méridionale

Le risque d'escalade en mer de Chine méridionale inquiète, alors que la Pékin et Washington se montrent résolus à défendre bec et ongles leurs positions. Lundi 23 janvier, le tout nouveau porte-parole de la présidence américaine, Sean Spicer, avait ainsi assuré que les Etats-Unis «protégeraient leurs intérêts» dans la région. Deux semaines plus tôt, le futur secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson s'était montré plus spécifique, menaçant de signifier à la Chine que les travaux de remblaiement qu'elle entreprendrait sur les îles qu'elle occupe, afin de les agrandir, devaient cesser. La presse publique chinoise avait aussitôt dénoncé une idée «insensée» capable provoquer un «affrontement militaire».

En réaction à ce haussement de ton américain, le 24 janvier, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait également fait savoir que son pays était résolu à sauvegarder «ses droits et ses intérêts» dans la région. «La souveraineté de la Chine sur les îles de mer de Chine méridionale et leurs eaux adjacentes est indiscutable», avait martelé le haut responsable chinois.

Joignant la parole à l'acte, Pékin a pris la décision, le 1er février, de déployer un second porte-avion dans la mer sous haute tension, d'après des informations rapportées par la presse chinoise.

Au cours de ses deux mandats, l'ex-président des Etats-Unis Barack Obama avait fait du redéploiement des forces militaires américaines en Asie de l'est l'une des priorités de sa politique étrangère, dans l'optique de contre-balancer la puissance chinoise en expansion dans la région. Washington entendait en outre rassurer ses alliés, tels que la Corée du Sud et le Japon, qui revendiquent des îles contrôlées par Pékin en mer de Chine méridionale.

Les manœuvres de la Marine américaine dans ces eaux, ainsi que le renforcement de la présence militaire américaine sur les côtes septentrionales d'Australie au cours de ces dernières années, avaient été régulièrement dénoncés par Pékin.

Le contrôle de la mer de Chine méridionale représente un enjeu commercial de taille pour les différentes puissances qui cherchent à y étendre leur influence : près d'un tiers du pétrole vendu mondialement, en effet, transite par cette voie commerciale majeure.

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