L’article de Sunday Times est «le pire du journalisme» pour Glenn Greenwald

Edward Snowden ne sort jamais vraiment de l'actualité depuis ses révélations. Source: Reuters
Edward Snowden ne sort jamais vraiment de l'actualité depuis ses révélations.

Dans le Sunday Times du 14 juin, on apprend que la Grande-Bretagne aurait été contrainte d’évacuer des espions de certains pays à cause des révélations d’Edward Snowden. Le journaliste Glenn Greenwald a fortement critiqué cet article.

Héros pour certains, traître pour beaucoup d’autres, l’ancien analyste de la CIA ne cesse de faire parler de lui. Dernier rebondissement en date, les révélations du Sunday Times. Des huiles du gouvernement et des services secrets auraient confié au journal que des agents britanniques avaient dû être retirés de pays hostiles. Pour quelle raison ? La Russie et la Chine auraient décrypté plus d’un million de fichiers en possession d’Edward Snowden.

Le Sunday Times a écrit que le MI6 (les services secrets britanniques) avait dû suspendre les opérations de ses agents à cause de la livraison d’informations par Edward Snowden à des pays hostiles tels que la Russie ou la Chine. Selon l’hebdomadaire, Moscou et Pékin ont eu connaissance des méthodes du MI6 dans ces documents qui ont fuité. Le Sunday Times cite une source provenant directement du 10, Downing Street, la résidence du Premier ministre David Cameron. «La Russie et la Chine ont ces informations. Cela signifie que des agents ont dû être retirés et le fait que nos modes opératoires sont connus a fait cesser notre collecte d'informations essentielles», aurait-elle déclarée. Cette source a quand même ajouté «qu’il n’y avait pas de preuve que quelqu’un avait été mis à mal».

L’hebdomadaire britannique va plus loin. Il cite également une «source des renseignements britanniques» qui serait inquiète à l’idée que la Russie et la Chine aient accès aux matériaux de Snowden et puissent les étudier «pendant des années, recherchant des indices pour identifier des cibles potentielles».

Selon la source, «Snowden a causé des dommages incalculables», et le MI6 et d’autres agences étrangères de renseignement ont dû évacuer leurs agents pour qu’ils ne soient pas identifiés et tués.

Un article très critiqué

Le papier du Sunday Times, qui se voulait être de la dynamite, a finalement explosé en plein vol. Depuis sa parution, il est la cible de nombreuses critiques. Certains observateurs y voient une tentative de faire passer Edward Snowden pour un traître qui a fourni des documents secrets à des puissances étrangères.

C’est le cas de Glenn Greenwald, le journaliste ayant publié les révélations d’Edward Snowden dans le journal britannique. Pour lui, l’article est «truffé de mensonges» et représente «ce que le journalisme peut faire de pire». Dans le journal britannique Intercept, il analyse le papier du Sunday Times et estime que ses conclusions sont tout simplement fausses. «Snowden a dit que quand il était parti de Hong Kong, il n’avait pris aucun documents avec lui, qu’il les avait donnés aux journalistes avec qu’il travaillait et puis qu’il avait détruit sa copie. Comment la Russie aurait-elle pu obtenir les documents de Snowden, comme l’affirme l’article…si physiquement, il ne les avait pas ?», a écrit Glenn Greenwald.

Pour lui, l’article du Sunday Times est une volonté de prouver que le lanceur d’alerte aurait «du sang sur les mains» sur la base de citations «de responsables britanniques anonymes». C’est pratique, parce que personne ne peut être tenu responsable si ces affirmations s’avèrent fausses, explique le journaliste.

Un article monté de toutes pièces ?

Mais cet article comporterait d’autres incohérences. En effet, des journalistes ont démenti l’affirmation du Sunday Times sur le soi-disant retrait d’agents sur des opérations en cours à l’étranger. C’est le cas de Ryan Gallagher, qui a analysé toutes les archives d’Edward Snowden pendant un an, et qui affirme n’avoir jamais constaté que des noms d’agents étaient mentionnés. «J’ai examiné les documents de Snowden et je n’ai jamais vu des noms d’agents actifs du MI6. Et je n’ai jamais vu un million de documents dans les archives de Snowden, c’est pourquoi je ne sais pas d’où vient ce chiffre».

Le militant des droits de l’homme et ancien ambassadeur britannique Craig Murrayest même allé plus loin. Il a écrit un article où il donne plusieurs raisons pour lesquelles il s’agit d’une fausse information. Par exemple, le journal britannique qualifie les officiers du MI6 d’agents. De plus, les agents de MI6 ne risquent pas d’être tués par les Russes ou les Chinois, estime Craig Murray. Au cours des 50 dernières années, aucun officier du MI6 n’a été tué par la Russie ni par la Chine. «C’est une histoire anti-Snowden, même le Sunday Times admet qu’il n’y a pas de preuve que quelqu’un a été mis à mal», écrit l’ancien ambassadeur britannique.

Une fois qu’une fausse nouvelle est diffusée, il est presque impossible de la démentir. Un média peut l’accompagner d’un commentaire anonyme pour lui donner plus de poids et ne pas être coupable, si elle s’avère fausse. La nouvelle est publiée dans la presse, diffusée sur les ondes de la télévision et de la radio. Dès qu’elle est hautement médiatisée et que des millions de gens y croient, il est impossible de revenir en arrière.

Ainsi, la nouvelle de l’exécution d’un oncle du président de la Corée du Nord, Kim Jong-un, qui aurait été dévoré par des chiens a fait le tour du monde alors qu’elle a été publiée pour la première fois par un humoriste dans un journal chinois. Reste que des médias importants l’ont reprise et que même des experts ont analysé et décrypté l’information.

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