Quand le chef du Pentagone prétend que la Russie n'a «virtuellement rien accompli» en Syrie

Quand le chef du Pentagone prétend que la Russie n'a «virtuellement rien accompli» en Syrie© Saul Loeb
Le logo du département d'Etat américain à la Défense

Selon le responsable américain de la Défense, les agissements de la Russie en Syrie seraient contre-productifs. Ashton Carter a également affirmé que les Américains et leurs alliés portaient seuls le poids de la guerre contre Daesh.

«[Les Russes] n'ont rien fait» en Syrie, a déclaré le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Ashton Carter, dans une interview accordée le 8 janvier à la chaîne de télévision NBC. 

«[Les Russes] sont venus en [Syrie], ils ont dit qu'ils allaient combattre l'Etat islamique, et ils ont dit qu'ils allaient aider à résoudre la guerre civile en Syrie», a indiqué le chef du Pentagone avant d'estimer : «Ils n'ont rien fait de cela. Par conséquent, nous sommes seuls à lutter contre Daesh».

Ashton Carter a par ailleurs livré une autre conclusion surprenante. Selon ses propos, la Russie n'aurait «virtuellement rien accompli» en Syrie et aurait même «certainement» rendu plus difficile la fin de la guerre en ne s'alignant pas sur les positions de Washington, qui souhaite évincer Bachar el-Assad depuis le début de la guerre en Syrie en 2011.

Selon le secrétaire d'Etat à la Défense, les Russes auraient ainsi échoué à «aider Bachar el-Assad à gentiment se mettre à l'écart» ainsi qu'à «introduire l'opposition modérée au sein du gouvernement syrien».

Pourtant, Moscou n'a jamais promis rien de tel et a toujours répété que le peuple syrien déciderait de son avenir sans interventions ou pressions extérieures. L'implication russe en Syrie se concentre ainsi sur la préservation de la souveraineté nationale syrienne, la mise en place de négociations au travers d'un processus de réconciliation nationale avec ceux qui le désirent, et la destruction de l'organisation terroriste Etat islamique ainsi que d'autres groupes djihadistes, comme le Front al-Nosra. 

Lors de son interview, le chef du Pentagone, qui doit quitter ses fonctions le 20 janvier, s'est par ailleurs livré à un exercice d'auto-congratulation en se félicitant des efforts menés par les Etats-Unis pour libérer la ville irakienne de Mossoul, prise et occupée par Daesh depuis 2014. Ashton Carter a notamment indiqué que la campagne militaire américaine se déroulait «selon le plan», ce qui contredit les projections initiales selon lesquelles la deuxième ville d'Irak devait être libérée avant les élections américaines de novembre 2016. 

Les propos du chef du Pentagone confrontés à la réalité syrienne

Ce que le responsable américain n'a pas mentionné, c'est que les Russes ont proposé en vain à plusieurs reprises une coordination des frappes aériennes avec les Etats-Unis contre l'Etat islamique.

Ashton Carter n'a pas non plus cité l'exemple de Palmyre, reconquise à l'Etat islamique au printemps 2016 par l'armée syrienne appuyée par l'aviation russe. Il ne s'est pas non plus attardé sur les conditions étranges qui ont vu plusieurs milliers de combattants de Daesh reprendre Palmyre en décembre 2016 au terme d'un raid effectué sans encombre et sans être bombardés par l'aviation américaine. 

De plus, et selon des propos tenus le 4 janvier par Igor Konachenkov, le porte-parole du Ministère russe de la Défense, les bombardements effectués par la coalition internationale sous leadership américain ont épargné les champs pétroliers capturés par Daesh et qui procurent des ressources considérables à l'organisation terroriste. 

Igor Konachenkov a en outre indiqué le 4 janvier que «la coalition internationale, dirigée par Washington, a méthodiquement détruit l'infrastructure syrienne, depuis 2012, afin d'affaiblir son gouvernement légitime et ce, en dépit des conséquences sur la population civile».

Les frappes aériennes américaines en Syrie, illégales au regard du droit international, ont également causé «par erreur» la mort de dizaines de soldats de l'armée syrienne. Sur le terrain, Washington a également échoué à opérer une séparation entre les prétendus rebelles «modérés» et les combattants djihadistes.  

Le secrétaire d'Etat américain à la Défense a par ailleurs oublié ou décidé de ne pas tenir compte des propos tenus le 22 décembre par le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. Ce dernier a notamment indiqué que les frappes aériennes russes ont permis, depuis le début de l'intervention russe, l'élimination de 35 000 combattants djihadistes et la destruction de 725 camps d'entraînements et de 400 ateliers et usines de fabrication d'armes et de munitions.

De même, Ashton Carter a omis de rappeler qu'un des principaux résultats de l'action russe a été l'obtention d'un accord Russie-Iran-Turquie sur un cessez-le-feu en Syrie et la préparation de négociations entre Damas et l'opposition syrienne fin janvier à Astana, la capitale du Kazakhstan. 

La Russie intervient militairement en Syrie aux côtés du gouvernement syrien et à l'invitation de ce dernier depuis septembre 2015. L'aviation russe a joué un rôle essentiel d'appui aux forces gouvernementales syriennes dans la libération d'Alep et de pans entiers du territoire syrien jusque-là occupés par des groupes rebelles. 

Lire aussi : Thierry Mariani à Alep : «Sans l'armée russe, la Syrie serait tombée dans les mains des terroristes»

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