Après la Grèce, la Slovaquie envisage d'être reliée au gazoduc russo-turc

L'entreprise Gazprom a déjà pu définir le tracé du futur gazoduc Turkish stream© Flickr
L'entreprise Gazprom a déjà pu définir le tracé du futur gazoduc Turkish stream

La Slovaquie craint de subir de lourdes pertes financières si le gaz russe ne passe plus par son territoire. Le pays souhaite désormais être relié au projet de gazoduc Russie-Turquie, le Turkish Stream.

«Si nous cessons d'être un pays de transit de gaz vers l'Europe, notre budget subira de lourdes pertes». Cette déclaration est l’oeuvre du Premier ministre slovaque, Robert Fico. Alors qu’il était en visite à Moscou ce mardi, il a fait part de ses inquiétudes durant une conférence de presse commune avec son homologue, Dimitri Medvedev. Robert Fico a également rencontré le président Vladimir Poutine.

La Slovaquie sert actuellement de pays de transit du gaz russe à destination de l’Europe via l’Ukraine. Mais Moscou a annoncé ne plus vouloir livrer cette source d’énergie en passant par Kiev à partir de 2019. Le chef du gouvernement slovaque a présenté son projet baptisé Eastring. Incluant la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie. Il a été préparé par Eustream, le gérant des infrastuctures gazières slovaques. Le projet serait en lien avec la connexion russo-turque. Autrement dit le Turkish Stream.

South Stream, Turkish Stream et maintenant Eastring

Vous n’y comprenez plus rien ? C’est pourtant simple. Aujourd’hui, la majeure partie du gaz russe qui alimente l’Europe passe par l’Ukraine. Le volume de gaz en provenance de Moscou équivaut à près de 30% de la quantité totale importée par l’Europe. Et près de 50% passe par Kiev. Le Kremlin a décidé de suspendre la livraison de gaz à l’Europe via l’Ukraine dès 2019. Décision prise de longue date après que Kiev a siphonné du gaz à destination de l'Europe en 2006 et 2009.

Le projet South Stream aurait pu être une alternative. Ce gazoduc géant était censé relier la Russie à l’Europe en contournant l’Ukraine. Estimé à 40 milliards de dollars, il devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Le projet était géré par un consortium de quatre entreprises, Gazprom (50%), l’italien ENI (25%), l’allemand Wintershall Holding (15%) et enfin le français EDF (10%).

Mais les travaux, débutés en 2012, n’iront jamais au bout. Vladimir Poutine a décidé d’abandonner le projet à la fin de l’année dernière. Dans le contexte de la crise ukrainienne, l’Union européenne s’était montrée très réticente à l’idée que le projet puisse aller au bout. Bruxelles avait tout d’abord dénoncé les contrats signés par Gazprom en les accusant de violer les règles européennes. Puis Moscou avait accusé en retour l’UE de faire pression sur certains états membres comme la Bulgarie afin qu’ils mettent fin à leur participation dans le projet. Ce que Sofia avait fait en juin dernier. En décembre, le président russe avait déclaré: «Si l'Europe ne veut pas de ce gazoduc, alors il ne sera pas construit».

Pour ne pas perdre le bénéfice des investissements déjà réalisés, la Russie a changé son fusil d’épaule. C’est maintenant un gazoduc reliant la Russie à la Turquie qui est prévu. En février dernier, Gazprom a déclaré avoir défini les grandes lignes du tracé avec le ministre turc de l’énergie, Taner Yldiz. Le projet devrait compenser l’abandon du South Stream dès 2016. Il prévoit la mise en place d’un hub gazier à la frontière greco-turque. Le but de la manoeuvre est de permettre aux pays européens le désirant de s’y rallier.

Vladimir Poutine et le Premier ministre turque Davutoglu le 1er décembre 2014 à Ankara. Source: Reuters
Vladimir Poutine et le Premier ministre turque Davutoglu le 1er décembre 2014 à Ankara.

La Grèce et maintenant la Slovaquie

Bien décidé à tenir tête à Bruxelles, Alexis Tsipras envisage sérieusement une prolongation du Turkish Stream sur le territoire grec. Après avoir évoqué la situation avec Vladimir Poutine à plusieurs reprises, il semble que le projet avance. Le ministre grec de l’Energie, Panagiotis Lafazanis, a indiqué lundi que la question du financement était «réglée». Il a même envisagé la signature d’un accord durant un forum économique prévu du 18 au 20 juin à Saint-Pétersbourg. Le président de l’Institut de l’énergie et des finances russe, Vladimir Feïguine, est optimiste : «L'installation de l'infrastructure de Turkish Stream, que les Grecs qualifient déjà eux-mêmes de Greek, pourrait transformer le pays en État transit clé, ce qui lui offrirait des centaines de millions d'euros de recettes budgétaires.»

Avec leur projet Eastring, les gouvernements bulgare, roumain, hongrois et slovaque pourraient rejoindre la Grèce dans leur volonté de profiter du Turkish Stream. Si Robert Fico a assuré que l’Eastring se ferait avec «la participation et le soutien de l’Union européenne», certains médias se montrent prudents. Plusieurs pays européens, par lesquels le gazoduc pourrait être prolongé, craindraient de se heurter à l’hostilité de Bruxelles.

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