L'Algérie part-elle en croisade contre la pornographie ?

REUTERS/Eric Gaillard Source: Reuters
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De récentes déclarations d'une ministre algérienne, laissant penser que les autorités du pays envisagent de bloquer l'accès aux sites pornographiques, font craindre à certains médias une censure plus vaste d'internet par les autorités.

Imane-Houda Feraoun, ministre de la Poste et des Technologies de l'Information et des Télécommunications, a suscité de vives craintes en Algérie en déclarant, jeudi 22 septembre, qu'elle regrettait que son département ne dispose pas des moyens législatifs lui permettant de bloquer les accès aux sites pornographiques ou aux sites appelant au racisme ou à la violence, a rapporté l'agence de presse officielle algérienne APS. La membre du gouvernement algérien, par conséquent, a demandé à l'Assemblée populaire nationale (l'APN, la chambre basse du Parlement) de réfléchir à une loi sur ce sujet.

L’extension du contrôle pourrait s’avérer une atteinte à la liberté de naviguer sur le net

Les propos ont suscité l'émoi d'un certain nombre de médias, qui voient dans un tel projet une atteinte aux libertés individuelles et, plus globalement, une manière pour les autorités d'accroître leur contrôle sur le web algérien. «Certains parlent de restriction à la liberté des citoyens et d'autres craignent qu'une telle loi ne profite au gouvernement qui pourrait ainsi s'en prendre à ces sites qu'il estime hostiles en prétextant qu'ils diffusent du contenu contraire aux bonnes mœurs, violent ou discriminatoire», a résumé le média en ligne le360afrique.com, dimanche 25 septembre. Le même jour, le rédacteur en chef du site algerie-focus.com a participé à un débat sur le sujet : «Que cache le projet de censure des sites pornographiques en Algérie ?» Le quotidien algérien Liberté, enfin, a écrit le samedi 24 septembre que «l’extension du contrôle [prévu par ce projet] pourrait s’avérer une atteinte à la liberté de naviguer sur le net».

Sur Twitter, l'interdiction du porno fait rire jaune

Un certain nombre d'utilisateurs de Twitter se sont également émus de la perspective d'un blocage des sites pornographiques – le site parodique El Manchar, équivalent algérien du Gorafi français, prophétisant même l'éclatement «d'émeutes [...] sur tout le territoire» si une telle loi venait à être votée...

En juin déjà, le gouvernement n'avait pas hésité à bloquer l'accès aux réseaux sociaux

Ce n'est pas la première fois qu'une opération de censure du web en Algérie provoque de vives oppositions : en juin dernier, les autorités avaient décidé de bloquer l'accès aux réseaux sociaux durant six jours, afin d'éviter les fraudes durant les épreuves du baccalauréat.

Face à la levée de boucliers due à cette décision, Iman Houda Feraoun avait alors affirmé que le gouvernement avait «toute latitude de prendre des mesures conservatoires [...] quand l'intérêt public l'exige».

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