Le Washington Post contre la grâce de Snowden malgré un prix Pulitzer décerné grâce à ses fuites

Des journalistes du Washington Post lors de la remise du Prix Pulitzer Source: Reuters
Des journalistes du Washington Post lors de la remise du Prix Pulitzer

Pour le Washington Post, le lanceur d’alerte Edward Snowden ne doit pas obtenir la grâce présidentielle de Barack Obama, bien que le journal américain ait remporté le Prix Pulitzer pour sa couverture des fuites de la NSA, envoyées par Snowden.

Quelques jours après la demande de grâce formulée par Edward Snowden à Barack Obama, dans laquelle il a expliqué avoir aidé les Etats-Unis à devenir meilleurs, le Washington Post a imaginé quelle réponse le président devait lui fournir. Cela devrait être «non», estime le quotidien américain, à qui ainsi qu’au Guardian le lanceur d’alerte avait transmis des données sur la surveillance américaine en juin 2013. Grâce à ces fuites publiées par ces médias, les deux journaux se sont vus décerner le Prix Pulitzer.

Le média reconnaît que les révélations du lanceur d’alerte ont permis de sensibiliser les Américains à la surveillance de masse exercée par l'Agence nationale de la sécurité (NSA), ce qui a provoqué des réformes législatives concernant la surveillance de masse.

En concédant qu’Edward Snowden pouvait avoir de nobles intentions, le Washington Post estime que ce dernier a franchi les bornes en révélant des informations sur le programme de la NSA de surveillance sur internet PRISM, qui était «clairement légal et pas clairement menaçant pour la vie privée».

«Pire, bien pire, il a aussi révélé les détails d'opérations de surveillance internationale de défense : coopération avec les services de pays scandinaves contre la Russie ; espionnage de la femme d’un associé d’Oussama ben Laden et certaines cyber-opérations offensives en Chine», indique le journal, en ajoutant que les révélations auraient causé «des dommages énormes» à la sécurité nationale.

Snowden est un traître et un criminel pour les législateurs américains

Immédiatement après la demande de grâce d’Edward Snowden, le comité permanent de la Chambre des représentants sur le renseignement a envoyé une lettre au président américain, dans laquelle l’ancien agent de la NSA est qualifié de «traître» et de «criminel». Le document affirme que Snowden a «causé plus de dommages à la sécurité nationale qu'aucun autre individu dans [l'] histoire [des Etats-Unis]» et demande au président de faire tout son possible pour qu’Edward Snowden passe toute sa vie en exil.

Lire aussi : Edward Snowden, lanceur d’alerte ou criminel ? Les législateurs américains veulent son exil à vie

Son asile en Russie «nuit à la crédibilité d’Edward Snowden»

Le Washington Post a aussi appelé Edward Snowden à rentrer aux Etats-Unis depuis la Russie, où il a reçu l’asile. L’ancien agent de la NSA «a nui à sa propre crédibilité… en ayant accepté l’asile de la Russie de Vladimir Poutine».

«Acte de trahison journalistique»

Le journaliste Glenn Greenwald qui a aidé à publier les fuites de Snowden dans le journal The Guardian, a fortement condamné la volte-face du Washington Post en la qualifiant d’«acte de trahison journalistique». «Ce faisant, le Washington Post a réalisé un geste infamant dans l’histoire des médias américains : le premier journal qui se prononce clairement pour la poursuite criminelle de sa propre source, avec qui le journal a remporté et accepté avec plaisir un Prix Pulitzer dans la catégorie "service public"», a-t- il écrit sur le site The Intercept.

Glenn Greenwald a aussi rappelé que ce n’était pas Edward Snowden, «mais les rédacteurs en chef du Washington Post qui ont décidé rendre public ces programmes».

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