Quand Obama salue un peu vite les progrès démocratiques en Tunisie

Obama a salué les progrès de la démocratie tunisienne alors que plusieurs ONG s'alarment. Source: Reuters
Obama a salué les progrès de la démocratie tunisienne alors que plusieurs ONG s'alarment.

Alors que le président tunisien a été accueilli à la Maison Blanche par Barack Obama, plusieurs ONG s'inquiètent de la situation dans le pays, notamment de la restriction des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme.

C'est une visite historique. La première d'un président tunisien démocratiquement élu sur le sol américain. Arrivé hier aux États-Unis, Béji Caïd Essebsi s'est entretenu ce jeudi 21 mai avec son homologue, Barack Obama. Une rencontre qui a vu le leader américain se féliciter "des progrès" démocratiques tunisiens. Mais qu'en est-il réellement ?

“ Les autorités ont continué de restreindre la liberté d’expression et d’association.”

Depuis le début de l'année, plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG) tirent la sonnette d'alarme. La nouvelle constitution, mise en place en janvier 2014, avait apporté de l'espoir. Mais dans son rapport 2014/2015, Amnesty International juge que “ les autorités ont continué de restreindre la liberté d’expression et d’association”. Allant même plus loin, l’ONG parlent “d’actes de tortures” sur des détenus et même d’homicides “manifestement illégaux” et “imputable à la police”.

Human Rights Watch (HRW) a récemment relevé le cas d’Abdelmajid Ejday. L’homme a trouvé la mort le 13 mai 2015 au quartier général de la Garde nationale à Sidi Bouzid. Quatre semaines plus tôt, il avait porté plainte pour torture contre des agents de police du même quartier. HRW a demandé l’ouverture d’une enquête exhaustive et impartiale sur les circonstances de sa mort.

Abdelmajid Ejday serait loin d’être un cas isolé à en croire l'Organisation Tunisienne de Lutte Contre la Torture. L’ONG a relevé plusieurs cas similaires. Elle avance les chiffres de trois morts et onze victimes de torture rien que pour le mois d’avril.

La démocratie qui nourrit Daesh

La Tunisie est le premier fournisseur de combattants à l’Etat islamique. Plus de 3 000 de ses ressortissants auraient rejoint les rangs de Daesh. Pour se protéger du terrorisme, le gouvernement souhaite se doter d’une loi sur la sécurité qui fait polémique. En cours d’examen au parlement, la loi sur la « répression des attaques contre les forces armées » pourrait donner la possibilité aux tribunaux d’imposer de longues peines aux individus divulguant des “secrets de sécurité nationales” selon HRW. L’ONG craint des poursuites contre les lanceurs d’alertes ou les journalistes.

En décembre 2014, Yassine Ayari, blogueur tunisien, a été condamné par un tribunal militaire à trois ans de prison pour avoir diffamé des officiers et des cadres de l’armée. Il a finalement été libéré le 16 avril après avoir passé plusieurs mois en prison.

Des atteintes aux libertés civiles qui n’empêcheront pas Barack Obama de déclarer la Tunisie “allié majeur non-membre de l'Otan” comme annoncé après son entretien avec le président tunisien. Un statut qui permettra aux deux pays de renforcer leur coopération militaire.

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