Palmyre : chronique d'une chute annoncée

L'ancienne cité de Palmyre© Omar Sanadiki Source: Reuters
L'ancienne cité de Palmyre

A plusieurs reprises, les organisations internationales et les autorités locales ont appelé la communauté internationale à sauvegarder le trésor de l’UNESCO... sans succès. RT France revient sur les jours qui ont précédé la prise de ce joyau.

Le 14 mai

Les autorités syriennes ont averti que les combattants de Daesh ne se trouvaient plus qu’à un kilomètre de la cité antique de Palmyre et qu’ils pourraient lancer une offensive sur le site archéologique classé au Patrimoine mondial de l'Unesco...

... alors que dans le même temps, aux alentours de la ville, les terroristes décapitaient au moins 26 personnes soupçonnées d’avoir coopéré avec le régime syrien.

«Palmyre représente un trésor irremplaçable pour le peuple syrien et pour le monde entier. J'en appelle à toutes les parties en conflit pour protéger Palmyre et à tout mettre en œuvre pour empêcher sa destruction», s'est insurgée la directrice générale de l'UNESCO Irina Bokova pour inciter la communauté internationale sauvegarder et préserver les ruines archéologiques de Palmyre.


Capture d'écran du site de l'UNESCO
Capture d'écran du site de l'UNESCO

Le directeur des antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim a, lui aussi, tenté de faire entendre sa voix pour mobiliser la communauté internationale. «Si Daesh pénètre dans Palmyre, cela entraînera sa destruction. Et si l’ancienne cité tombe, cela sera une catastrophe internationale. Cela sera une répétition de la barbarie et de la sauvagerie que nous vues à Nimroud, Hatra et Mossoul», a déploré le directeur.

Malgré ces appels à l'aide, les comptes Twitter des dirigeants des Etats membres de la coalition contre l’Etat islamique sont restés muets.

Le capture d'écran du compte de Twitter de la Maison Blanche
Le capture d'écran du compte de Twitter de la Maison Blanche

Le 15 mai

Les militaires syriens sont parvenus à repousser une offensive des terroristes à deux kilomètres des environs de la ville de Palmyre. L'aviation syrienne a même opéré une dizaine de frappes aériennes contre les positions de Daesh.

Le gouverneur de la province de Homs, Talal al-Barazi, a apaisé la communauté locale et internationale en affirmant que «la ville de Tadmor, sa partie historique et ses alentours, sont sous le contrôle de l’armée syrienne, il n’y a aucun terroriste là-bas. Pour l’instant, les magasins sont ouverts, la vie a repris son cours normal».

Capture d'écran du site de Press TV
Capture d'écran du site de Press TV

Le 16 mai

Le lendemain, les djihadistes de l’Etat islamique ont pris le contrôle de la partie du nord de Palmyre après d'intenses combats.

Alors que de son côté Maamoun Abdulkarim, le directeur des antiquités et des musées de Syrie, tente un dernier sursaut. «Que fait la communauté internationale ? Elle attend qu’il soit trop tard comme ça s’est déjà passé dans le nord de l’Irak», s’est-il indigné, sans susciter davantage de réactions.

Dans le même temps, l’Elysée, par exemple, fait la sourde oreille comme s'il n'entendait pas les appels répétés à lutter contre Daesh.

Capture d'écran du compte de Twitter de l'Elysée
Capture d'écran du compte de Twitter de l'Elysée

Le 17 mai

Les combats se poursuivent et l'armée syrienne reprend partiellement la main. Les terroristes sont repoussés de Palmyre, mais maintiennent toutefois leur contrôle sur un ville située un peu plus au Nord.

Les médias internationaux relaient les informations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres pour parler du bilan des combats : 295 victimes, dont 123 militaires, 57 civils et seulement 112 combattants de Daesh.

Le 18 mai

Nouvelle offensive des djihadistes qui s'emparent cette fois des champs gaziers d'Arak et d'Al-Hél, respectivement à 25 km et 40 km au nord-est de Palmyre. Cette infrastructure gazière est très importante pour les islamistes qui l'utiliseront pour pouvoir alimenter en électricité les régions qu’ils contrôlent.

En parallèle, les terroristes ont aussi lancé une attaque d’artillerie contre les quartiers habités de la ville. Attaque que les militaires syriens parviennent à repousser. Cinq personnes sont tuées, dont des enfants.

Les autorités locales affirment cependant que les sites historiques sont épargnés.

Le 20 mai

Après des combats acharnés, les terroristes de l’Etat islamique s’emparent d’un tiers de la ville de Palmyre. Le chef des antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim appelle l’armée syrienne et la communauté internationale à sauver les objets classés par l’UNESCO. Des centaines de statues sont alors transportées dans des endroits sûrs et les civils sont évacués. Cependant, Maamoun Abdulkarim est très inquiet pour «le musée et les grands monuments qui ne peuvent être pas transportés».

En parallèle, l’UNESCO organise des manifestations pour soutenir Palmyre, mais aucune mesure concrète n’est prise.

Le 21 mai

Après les efforts acharnés déployés par une armée syrienne quelque peu esseulée, la cité de Palmyre tombe finalement aux mains des djihadistes. Les militaires syriens sont, eux, contraints de quitter la ville. La réaction des médias est immédiate. Des titres criants fleurissent.

En réaction, Irina Bokova, la directrice générale de l'UNESCO s’alarme. La responsable se désole de la prise de contrôle de «la Venise du sable» par les islamistes intégristes. «Je lance encore un appel à toutes les parties prenantes au conflit pour arrêter les combats autour du site de Palmyre. C’est un site qui, non seulement est d’une beauté extraordinaire, mais qui contient aussi des valeurs culturelles et architecturales exceptionnelles», implore Irina Bokova.

Les dirigeants des trois pays les plus actifs dans la lutte contre Daesh, à savoir la France…

Le capture d'écran du compte de Twitter de François Hollande
Le capture d'écran du compte de Twitter de François Hollande

le Royaume-Uni….

Le capture d'écran du compte de Twitter  de David Cameron
Le capture d'écran du compte de Twitter de David Cameron

...ne commentent pas la chute de la ville classée au patrimoine de l’UNESCO.

Quant au département d’Etat américain, il se borne à condamner les violences qui dévastent le Sudan du Sud.

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