Economie

Investissements, dossier du Sahara occidental... Alger courtise le géant américain

L'ambassadeur d’Algérie à Washington a fait savoir, dans une interview que son pays était soucieux de développer ses liens économiques avec les Etats-Unis, mais aussi sa coopération sur des sujets politiques comme le Sahara occidental.

«Ce que nous demandons aux Etats-Unis est d'assurer que [...] les entreprises américaines profitent des opportunités que leur offre l'Algérie» affirme l'ambassadeur d’Algérie à Washington, Madjid Bouguerra, dans une interview publiée par le site américain spécialisé sur le Moyen-Orient, Al-Monitor le 8 août. «Les portes leur sont ouvertes dans de nombreux secteurs» a insisté le diplomate.

Selon le haut responsable algérien, son pays entretenait il y a quelques années encore des relations économiques solides avec les Etats-Unis, lorsque ceux-ci importaient de grandes quantités de gaz et de pétrole algériens. Malheureusement, regrette l'ambassadeur, «cela n'est plus le cas depuis l'année dernière». Les échanges commerciaux entre les deux pays, en effet, ont chuté de 24 milliards de dollars en 2012 à 7 milliards en 2015. Une évolution qui s'expliquerait, en grande partie, par l'autonomie croissante des Etats-Unis en matière énergétique, due notamment à leur exploitation du gaz de schiste.

Lire aussi : Un ambassadeur algérien critique la France pour ses tentatives de déstabilisation en Afrique

Les Etats-Unis, à ce jour, constituent en effet un partenaire économique secondaire de l'Algérie : en 2015, la plus grande part des échanges extérieurs du pays étaient réalisés avec la Chine (14,4% des échanges) et la France (10,9%).

Bien qu'ayant perdu son statut de premier partenaire commercial de l'Algérie, Paris continue d'investir massivement dans son ancienne colonie –dans les infrastructures manufacturières (14,6 milliards d'euros en 2014), l'immobilier (6,3 milliards), la gestion des eaux et des déchets (5,7 milliards), l'automobile (5,4 milliards) et la construction (5,4 milliards).

Alger et Rabat se disputent le soutien américain sur le Sahara occidental

Alger, toutefois, ne perçoit pas seulement l'Amérique comme une source d'opportunités économiques, mais également comme un soutien potentiel sur certains sujets internationaux délicats sur lesquels elle peine à faire entendre sa voix. En particulier, le gouvernement algérien souhaiterait bénéficier d'un allié de taille dans le différend qui l'oppose au Maroc au sujet du Sahara occidental – un territoire sous contrôle quasi-total des autorités marocaines, dont l'indépendance est défendue par l'Algérie.

Or, Rabat a pris une longueur d'avance sur Alger dans la course au lobbying auprès de la puissance américaine : d'après Al-Monitor, le royaume chérifien a investi en 2015 près de dix fois plus de ressources financières que la République algérienne dans des services de lobbying sur le dossier sahraoui.

Des dépenses qui, semble-t-il, ont été efficaces : jusqu'à présent, le Maroc est parvenu à convaincre les dirigeants américains qu'aucune alternative à une autonomie partielle du Sahara occidental au sein de l'Etat marocain n'était envisageable.

Lire aussi : Alger invite Paris à revoir sa position sur le Sahara occidental

L'Afrique, terre de conquête économique pour l'Amérique

Zone d'influence traditionnelle de la France, le Maghreb, et plus globalement l'Afrique, représentent pour les Etats-Unis un terrain d'opportunités économiques encore largement inexploité. Alors que les Chinois s'évertuent depuis plusieurs années déjà à tirer leur épingle du jeu dans ce continent à fort potentiel de croissance, les Etats-Unis ont annoncé en 2014 la mise en place d'investissements publics et privés à hauteur de 33 milliards de dollars, dans des secteurs clés comme l'énergie, l'hôtellerie, la banque, la construction ou encore les technologies de l'information.

Signe de l'importance qu'accorde Washington à sa conquête des marchés africains, le président Barack Obama a réalisé en juillet 2015 une semaine de visites diplomatiques sur le continent, en se rendant notamment dans le pays d'origine de son père, le Kenya - une première pour un chef d'Etat américain en fonction.

Lire aussi : Afrique : la Chine va pratiquer une économie de comptoir