Les salafistes font pression contre la libéralisation de la vente d’alcool en Algérie

Abdelmalek Sellal © Charles Platiau Source: Reuters
Abdelmalek Sellal

Les menaces des salafistes contre le commerce d’alcool créent des tensions gouvernementales en Algérie, révélant le poids des revendications islamistes dans l’un des derniers pays d’Afrique du Nord qui n’a pas fait son «printemps arabe».

Mi-avril, le Premier ministre Abdelmalek Sellal désavouait le ministre du Commerce Amara Benyounes en gelant une circulaire libéralisant le commerce en gros des boissons alcoolisées et ce, «pour apporter de la sérénité et de l’apaisement». Ce texte annulait une circulaire illégale d’un de ses prédécesseurs islamistes, instaurant la nécessité d’obtenir une autorisation préalable pour la vente d’alcool en gros.

Ces tensions au sein du gouvernement algérien proviennent de la menace que brandissent les militants salafistes. L’imam Chemseddine a notamment accusé le ministre de mener «une guerre contre Dieu» et a déclaré : «Nous voulons des lois conformes à la charia et non aux règlements de l’Organisation Mondiale du Commerce».

Le quotidien algérien El Watan a déploré lundi «la faiblesse du pouvoir actuel face au courant islamiste» et dénoncé «les pressions politico-religieuses exercées ces dernières années sur les autorités», «si fortes qu’elles ont souvent contraint ministres et walis à transgresser la légalité en promulguant (…) des lois incohérentes et contradictoires».

Alors que l’Algérie produit annuellement 700 000 hectolitres de vin et 1,6 million d’hectolitres de bière, selon l’Association des producteurs algériens de boisson, et que les importations d’alcool ont augmenté de 40% en deux ans, des centaines de bars ont fermé et les Algériens doivent boire en cachette par peur des islamistes.

Ce poids des islamistes, dits «modérés», témoigne d’une situation délicate pour un gouvernement encore majoritairement laïc, l’un des seuls épargnés par les «printemps arabes» de 2011 qui ont placé les islamistes aux avant-postes dans la région. L’Algérie garde un souvenir douloureux d’une «décennie noire» de guerre civile et de terrorisme dans les années 1990 qui a fait plus de 100 000 morts entre l’armée et les groupes islamistes.   

En raison de l’interdit religieux et du tabou social, intégré par les autorités, qui entourent la boisson d’alcool, sa consommation se fait discrètement et son commerce est fortement règlementé. Selon l’Organisation Mondiale de la Sante, la Tunisie est le premier pays consommateur d’alcool du Maghreb avec une moyenne annuelle de 1,5 litre par personne. L’Algérie, plus grand marché pour les boissons alcoolisées compte tenu de sa taille, est cependant en deuxième position, suivie par le Maroc.

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