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Ankara exaspéré par la présence de diplomates européens au procès de journalistes d'opposition

Le pouvoir turc, ulcéré par la présence de diplomates européens au procès pour espionnage de deux journalistes d'opposition, a creusé lundi le fossé avec plusieurs alliés occidentaux en les accusant d'«interférence» dans ce dossier.

Selon une source diplomatique turque, Ankara a protesté lundi auprès de plusieurs pays après les commentaires publiés sur les réseaux sociaux par des diplomates présents vendredi à Istanbul au procès du rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, Can Dündar et de son chef de bureau à Ankara, Erdem Gül.

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#libertéd'expression

Ces farouches opposants au régime islamo-conservateur turc ont déjà passé trois mois en détention préventive et risquent désormais la prison à vie. «Le malaise ressenti a été transmis aux missions des pays concernés dont des représentants diplomatiques et consulaires» ont «procédé à des partages sur les réseaux sociaux d'une manière jugée contraire au principe d'impartialité» et de nature à «interférer dans un processus judiciaire» en cours, a précisé cette source.

Le ministre de la Justice Bekir Bozdag a également jugé «inacceptable» le comportement des diplomates, selon les médias turcs. Des représentants de plusieurs pays de l'Union européenne, dont la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, ont assisté à la première audience du procès des journalistes.

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Et le consul britannique, Leigh Turner, a mis en ligne plusieurs photos sur Twitter, montrant les diplomates étrangers au tribunal ou affichant un selfie avec Can Dundär, tout sourire. Ses tweets étaient ponctués du mot-dièse «libertéd'expression».

Des camions des services de renseignement turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie

Très critiques du pouvoir turc, Can Dündar et Erdem Gül sont jugés pour avoir accusé le gouvernement de livraisons d'armes par des camions des services de renseignement turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie en janvier 2014.

Leur enquête, agrémentée de photos et d'une vidéo, avait provoqué la fureur du président Erdogan, qui avait promis de les faire «payer le prix fort» et de ne pas les «lâcher comme ça».

Vendredi, le tribunal pénal d'Istanbul a accepté les constitutions de partie civile du président Erdogan et du MIT. Il a décidé aussi, conformément aux requêtes du procureur, de poursuivre ses débats à huis clos pour des raisons de «sécurité nationale», suscitant la colère du public venu soutenir les deux accusés.

Les accusations contre les journalistes, par la justice et le régime turc, ont suscité un tollé dans l'opposition turque, les ONG de défense des libertés et de nombreuses capitales étrangères, qui dénoncent depuis des années la dérive autoritaire d'Erdogan, au pouvoir depuis 2002.

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