SIPRI : le monde s'éloigne de l'objectif du désarmement nucléaire

SIPRI : le monde s'éloigne de l'objectif du désarmement nucléaire Source: Gettyimages.ru
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La promesse d'un monde moins nucléaire paraît de moins en moins d'actualité. Si les stocks mondiaux baissent encore légèrement, les États dotés de l'arme atomique préparent déjà une autre réalité : moins de désarmement, davantage de déploiements et des arsenaux plus présents dans les calculs militaires.

Le recul progressif des arsenaux nucléaires, engagé après la guerre froide, pourrait bientôt toucher à sa fin. Dans son Yearbook 2026, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, plus connu sous le nom de SIPRI, estime que les États dotés de l'arme nucléaire s'éloignent de plus en plus de leurs engagements en matière de désarmement. Selon ses analystes, une nouvelle logique semble s'installer : celle d'arsenaux moins nombreux en apparence, mais plus disponibles, plus modernes et plus directement intégrés aux stratégies militaires.

Au mois de janvier 2026, le SIPRI recensait 12 187 ogives nucléaires dans le monde. Ce chiffre reste légèrement inférieur à celui de janvier 2025, avec 54 ogives de moins. Mais cette baisse globale ne suffit pas à rassurer les experts. Une partie importante de ces armes demeurent en effet intégrées aux stocks militaires : 9 745 ogives sont soit déjà déployées, soit conservées dans des conditions permettant une mise en service rapide.

La situation est d'autant plus sensible qu'entre 2 100 et 2 200 ogives placées sur des missiles balistiques se trouvaient en état d'alerte opérationnelle élevée. Autrement dit, pouvant être utilisées dans des délais très courts. L'essentiel de ces capacités appartient toujours à la Russie et aux États-Unis, qui restent les deux principales puissances nucléaires mondiales. La France et le Royaume-Uni disposent également d'une part plus limitée de ces armes en alerte. Le SIPRI estime en outre que la Chine et l'Inde ont commencé, elles aussi, à placer certaines ogives sur des missiles balistiques.

L'arme nucléaire n'est plus seulement présentée comme un héritage stratégique de la guerre froide. Elle retrouve une place centrale dans les doctrines de sécurité de plusieurs États. Le directeur du SIPRI, Karim Haggag, souligne que des responsables influents, y compris parmi les dirigeants mondiaux, défendent de plus en plus l'idée selon laquelle l'arme nucléaire constituerait une protection indispensable contre une attaque extérieure.

Pourtant, cette logique comporterait, selon lui, un danger majeur. Plus les stratégies nationales reposent sur l'arme nucléaire, plus le risque d'escalade augmente. Les progrès technologiques dans le domaine militaire, l'affaiblissement des mécanismes de contrôle des armements et la montée des tensions géopolitiques rendent cet équilibre plus instable encore. Les crises entre puissances nucléaires, comme l'escalade entre l'Inde et le Pakistan au printemps 2025, montrent que la dissuasion ne supprime pas nécessairement le risque de confrontation.

Pendant plusieurs décennies, la diminution du nombre total d'ogives reposait surtout sur le démantèlement progressif d'anciennes armes en Russie et aux États-Unis. Tant que ces destructions avançaient plus vite que les nouveaux déploiements, les stocks mondiaux continuaient de baisser. Selon le SIPRI, cette dynamique pourrait désormais s'inverser. Le démantèlement ralentit, tandis que le déploiement de nouvelles capacités s'accélère.

Le monde compte aujourd'hui neuf puissances nucléaires. Cinq d'entre elles — la Russie, les États-Unis, la Chine, la France et le Royaume-Uni — sont reconnues officiellement par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 1968. L'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, qui ont mené des essais après la signature de ce traité, sont considérés comme des puissances nucléaires non reconnues par celui-ci. Israël occupe une position particulière, faute de données établies sur d'éventuels essais.

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