Sud-Liban : villages chrétiens isolés, évacuations bloquées et pression humanitaire persistante
© Getty ImagesCinq ambulances transportant 12 patients n’ont pas pu évacuer les villages vers Beyrouth. Un convoi humanitaire et alimentaire destiné à Rmeich et Aïn Ebel a également été bloqué. Les habitants dénoncent l’isolement croissant des localités chrétiennes du Sud-Liban.
Alors que l'occupation israélienne s'étend désormais sur plus de 6 % du territoire libanais dans les zones frontalières concernées, la situation humanitaire continue de se dégrader dans plusieurs villages chrétiens du district de Bint Jbeil. Entre bombardements, appels à l’évacuation et restrictions de circulation, les habitants de Rmeich, Aïn Ebel et des localités voisines décrivent un sentiment croissant d’isolement.
Le 5 juin en début de soirée, cinq ambulances de la Croix-Rouge libanaise ont dû rebrousser chemin après une nouvelle tentative d’évacuation médicale vers Beyrouth. Parties de Rmeich et de Aïn Ebel, elles transportaient douze patients, dont plusieurs cas jugés critiques. Il s’agissait de la troisième tentative infructueuse après un précédent échec survenu la veille.
Des villages contraints à l'isolement
Selon le Dr Maroun El-Alam, médecin exerçant dans les dispensaires de Rmeich et de Aïn Ebel, plusieurs malades nécessitaient une prise en charge urgente : une patiente atteinte d’une forme sévère de paludisme avec complications, une autre souffrant d’une septicémie avancée liée au diabète, un enfant blessé à la tête après une chute, ainsi que des patients atteints de pathologies cardiovasculaires et oncologiques.
Le convoi aurait quitté les villages vers midi avant de rester immobilisé pendant plusieurs heures. Les ambulances seraient finalement revenues vers 19h30 sans avoir pu franchir le point de passage autorisé. D’après les témoignages recueillis sur place par L'Orient-Le Jour, les équipes attendaient l’ouverture de la route avec l’appui annoncé de la Finul, mais celle-ci n’aurait jamais eu lieu. Une patiente raconte être restée plus de six heures dans le véhicule sans parvenir à rejoindre son centre médical.
La route aurait été fermée au niveau de Haddatha par des obstacles physiques empêchant toute circulation.
Parallèlement, un second convoi transportant près de 200 civils et des marchandises destinées aux commerces de Rmeich et Aïn Ebel n’a pas davantage atteint sa destination malgré une autorisation préalable délivrée via le mécanisme de coordination. Des responsables municipaux indiquent que des habitants avaient préparé leur retour et organisé l’approvisionnement alimentaire.
Selon des témoignages locaux, le convoi aurait traversé une zone particulièrement exposée avant d’être visé par une bombe sonore et contraint d’interrompre son trajet.
Dans ces villages majoritairement chrétiens du Sud-Liban, l’accumulation des blocages, des déplacements empêchés et de l’accès limité aux soins renforce le sentiment d’abandon exprimé par une partie de la population.