Oman : quand les Etats-Unis censurent un rapport sur les droits de l’Homme pour protéger leur allié

John Kerry serait intervenu pour empêcher la publication d'un rapport de son administration accablant l'Oman sur le trafic d'êtres humains© Maxim Zmeyev Source: Reuters
John Kerry serait intervenu pour empêcher la publication d'un rapport de son administration accablant l'Oman sur le trafic d'êtres humains

Si des alliés américains au Moyen-Orient, comme l’Arabe saoudite, Israël ou Oman, sont régulièrement accusés de violer les droits de l’Homme, la Maison Blanche semble prête à fermer les yeux pour les protéger de toute critique.

C’est en toute discrétion que la haute hiérarchie du Département d’Etat américain s’est arrangée pour annuler un rapport de sa propre administration, qui accablait sévèrement le sultanat en matière de travail forcé et de trafic d’êtres humains.

Dans le texte, dont la rédaction date d’avril 2015, les diplomates et les experts de l’Office de lutte contre la traite des êtres humains (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons) s’étaient mis d’accord. En raison de l’aggravation de la situation dans le pays, le statut de l’Oman passerait du «Niveau 2» au «Niveau 2 à surveiller», qui concerne les cas où le nombre de victimes de formes sérieuses de trafic des êtres humains est «très important ou augmente de manière considérable», selon le Département d’Etat.

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Cette dégradation du statut du pays avait provoqué des protestations de la part du sultanat. Mais si d’habitude les hauts-fonctionnaires du Département d’Etat ne contredisent pas les conclusions de leurs propres experts, dans ce cas, la hiérarchie n’a pas hésité à intervenir.

John Kerry aurait politisé le rapport

En juin, alors que le document complet de près de 400 pages (concernant l’ensemble des pays du monde) allait être rendu public, des hauts conseillers du Secrétaire d’Etat John Kerry ont mis la publication en attente, comme le rapportent à l’agence de presse allemande Reuters deux officiels du département, sous couvert d’anonymat.

Et lors de la publication finale du rapport Trafficking In Persons, le 27 juillet, la note d’Oman n’avait pas été dégradée, mais était restée au «Niveau 2», contre l’avis des experts mandatés par le département américain. D’autres pays, tels que la Chine, Cuba, ou encore l’Ouzbékistan, ont en revanche un niveau plus élevé (c’est-à-dire une dégradation de la situation) que celui qui avait été recommandé par les rédacteurs originels du rapport, chargés de mener l’enquête sur la question de la traite des êtres humains.

Pour certains critiques, il s’agit clairement d’une politisation d’un rapport qui se présente comme une analyse. «Ces dernières révélations sont une nouvelle preuve que le but du rapport de cette année est plutôt l’opportunisme politique que de faire la lumière sur les pires trafiquants d’êtres humains», accuse ainsi le sénateur démocrate Bob Menendez. Quant au rôle joué par le Secrétaire d’Etat John Kerry dans cette affaire, une source diplomatique a confié à Reuters que celui-ci «protège Oman en ce qui concerne cette question» de la traite des êtres humains.

Le sultanat d'Oman rencontre des critiques de la part de groupes de défense des droits de l’Homme à propos de son bilan en matière de traite des êtres humains. Ceux-ci l’accusent d’engager des recruteurs sans scrupules, de confiscation de passeports par les employeurs, et de violences physiques.

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