«Vous n'avez rien attribué à la Russie depuis un moment» : Twitter sous pression depuis 2017 ?

Le siège social de Twitter à San Francisco, en Californie (image d'illustration).© David Odisho / GETTY IMAGES NORTH AMERICA Source: AP
Le siège social de Twitter à San Francisco, (Californie) (image d'illustration).
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Un mois après la première salve de révélations des Twitter Files, le journaliste Matt Taibbi publie deux articles dans lesquels il évoque la pression politico-médiatique à laquelle a été confronté le réseau social ces dernières années.

Le journaliste Matt Taibbi a publié le 3 janvier deux nouveaux articles venant s'ajouter à la saga des «Twitter Files» – un ensemble de révélations se basant sur des informations internes rendues publiques par l'entreprise californienne, à la suite de l'arrivée d'Elon Musk à sa tête.

Le premier de ces nouveaux articles comprend des révélations sur l'existence de pressions politiques intenses sur Twitter, à partir de 2017, visant notamment à influencer la stratégie de modération de la plateforme ; le second montre que malgré leurs réticences initiales, de hauts responsables du réseau social ont finalement laissé plusieurs agences gouvernementales, en premier lieu le FBI, multiplier leurs sollicitations auprès de Twitter.

2017 : Twitter face à une pression politico-médiatique inédite ?

Comme en témoigne la révélation de plusieurs échanges internes remontant à fin 2017, Twitter s'est à cette époque retrouvé au cœur d'une campagne politique, dont les acteurs accusaient le réseau social de ne pas suffisamment s'impliquer dans la lutte contre des menaces d'ingérence imputées à la Russie.

Ainsi, dans un e-mail adressé à ses équipes le 29 septembre de la même année, Colin Crowell, ancien haut responsable de l'entreprise, fait état de la pression d'élus démocrates à ce sujet, évoquant notamment l'insistance du sénateur Mark Warner afin que Twitter redouble d'efforts dans sa lutte contre de présumées actions coordonnées par la Russie sur la plateforme. «Warner a un intérêt politique à maintenir [cette accusation] en tête des actualités», déplore notamment Colin Crowell dans son courriel, redoutant que la pression en question ne gagne en ampleur avec le temps.

«Face à l'inquiétude croissante que suscitent ses difficultés en matière de communication, Twitter a créé un "groupe de travail sur la Russie" afin de mener une auto-investigation proactive», note Matt Taibbi, avec à l'appui une capture d'écran d'un e-mail interne daté du 2 octobre 2017.

Comme le relève le journaliste américain, les premières recherches de cette task force au sujet de «la perfidie russe» n'auraient pas été fructueuses. Matt Taibbi révèle en effet plusieurs publications relatives aux investigations de ce groupe de travail, qui ne parvient alors pas à prouver l'existence d'une campagne russe coordonnée. 

Mais le journaliste américain assure que face à une pression grandissante du Congrès, Twitter changera finalement d'avis sur «la petitesse de son problème en Russie». D'ailleurs, Matt Taibbi évoque ce sujet dans de précédentes salves de révélations, notamment dans celle qu'il a mises en ligne à la mi-décembre.

2020 : «Vous n'avez rien attribué à la Russie depuis un moment» 

Dans son deuxième article, le journaliste américain fait état d'inquiétudes en interne au regard de l'interventionnisme non-dissimulé de plusieurs structures auprès du réseau social. En témoigne par exemple un e-mail envoyé à certains de ses collègues en mai 2020 dans lequel le haut responsable de Twitter Yoel Roth commente les interactions entre son entreprise et le Global Engagement Center (GEC), émanation de l'administration américaine qui revendique l'objectif de «contrer les efforts de propagande et de désinformation étatiques et non étatiques étrangers».

«Yoel Roth a vu dans la démarche du GEC une volonté d'utiliser les renseignements fournis par d'autres agences pour "s'insérer" dans le club de modération des contenus qui comprend Twitter, Facebook, le FBI, le DHS [Département de la sécurité intérieure des Etats-Unis] et d'autres», note le journaliste américain, capture d'écran à l'appui.

Dans un autre e-mail remontant à la même période, Yoel Roth fait remarquer à ses collègues l'insistance de certains organismes au sujet des travaux menés par ses équipes en matière d'ingérence étrangère. Ainsi, le haut responsable de Twitter regrette dans son e-mail que des chercheurs du «Media Forensics Hub» (structure fondée en 2020 avec l'aide financière des autorités de Caroline du Sud) reprochent au réseau social de n'avoir «rien attribué à la Russie depuis un moment». Une remarque qui, selon Yoel Roth, révèlerait les véritables motivations de la structure en question qui, depuis sa création, s'efforce de démontrer l'existence d'une supposée ingérence russe dans la vie politique américaine.

Dans ses dernières révélations comme dans les précédentes, Matt Taibbi met en ligne des échanges internes liés à la suppression de certains comptes après certains signalements de l'administration américaine.

Depuis un mois maintenant, la saga des Twitter Files met en lumière les multiples enjeux auxquels Twitter a été confronté ces dernières années. Par exemple, le journaliste Lee Fang a récemment démontré comment le réseau social avait activement participé aux campagnes de l'armée américaine pour «façonner» l'opinion dans différents conflits au Moyen-Orient, dont ceux en Syrie et au Yémen.

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